la politique meurtrière
« Et je vois ces jours-ci le lancement de la saison touristique à l’intérieur du pays, accompagnée des nuits de folklore et de la culture hassania, et je suis en même temps les appels réclamant une troisième mission, ce qui m’a rappelé l’introduction d’un article que j’avais écrit précédemment… »

Il ressort que je lis ces jours-ci le lancement de la saison touristique à l’intérieur du pays, avec ses soirées de folklore et de culture hassania, et je suis en même temps les appels réclamant une troisième mission. Cela m’a rappelé le début d’un article que j’avais écrit auparavant sur la façon de penser le patrimoine nomade mauritanien. Avant d’entrer dans les détails de la vie sociale et politique de la société mauritanienne, je reviendrai sur la manière dont le nomade mauritanien traite la « pensée profonde », ou ce que l’on appelle le « rumination ».
Je m’appuierai sur le sociologue disparu Mohamed Al-Haddar, qui a inspiré de nombreux penseurs par la profondeur de sa vision de la nature de la vie et de la réflexion dans l’environnement nomade. De là vient sa citation: « Atemashait af shi tamshai, atlaʿ abtit akbar. » Cette phrase reflète l’idée que le nomade ne se précipite pas pour prendre une décision, mais avance lentement et réfléchit.
Elle souligne aussi l’importance de définir clairement l’objectif, de sorte que ce à quoi nous pensons devienne une partie du « passé du futur », une expression symbolique d’une vision à long terme. Après la « rumination » vient la réflexion comme étape naturelle, Mohamed Al‑Haddar la décrivant comme un mouvement continu, comme le montre sa phrase: « Ma ʿaʿlihi al‑madar, al‑jūd marakab sayyid al‑mukhtar andar, wa‑il daru duwar iʿūd al‑dar ʿaʿlihi al‑madar. » Dans cette citation, il compare la réflexion à un cycle perpétuel, qui tourne entre l’idée et la réalité, entre la possibilité et le résultat, jusqu’à ce que l’image devienne claire.
Je me suis rappelé cette idée en suivant les événements d’aujourd’hui, pendant une saison qui devrait être l’occasion de promouvoir la Mauritanie, de faire connaître son patrimoine et de mettre en avant sa diversité et sa beauté. Mais au milieu de cette ambiance, l’appel à une troisième mission est intervenu. Il est légitime que chacun défende la continuité de la ligne politique actuelle, et c’est un droit légitime.
Mais le timing de l’appel, la plateforme depuis laquelle il a été lancé, et la manière dont il a été présenté soulèvent toutes des questions. La politique, pour l’expérimenté, ressemble au tir à l’arc d’un professionnel. L’archer ne se précipite pas.
Il regarde la cible, estime la distance, lit la direction du vent et attend le moment opportun. Le tir est une décision, pas seulement un bruit; une fois tiré, on ne peut pas le reprendre. Le politicien chevronné sait la même chose.
Un mot a son moment et son lieu, une initiative politique a ses calculs. Elle peut atteindre le but visé, ou toucher autre chose qui n’était pas prévu. Ainsi, l’appel à une troisième mission apparaît comme un tir politique qui aurait dû être davantage réfléchi, compte tenu de son timing, de son ampleur et de l’image que ses auteurs souhaitent projeter.
Je rejette l’idée que ce système soit présenté avec une telle naïveté politique. Celui qui veut défendre un projet politique ne suffit pas de hausser la voix, de rivaliser dans les louanges ou de prouver sa loyauté. La politique nécessite une lecture du réel, la connaissance de ce que les gens disent et attendent.
Parler d’une troisième mission alors que nous sommes encore au milieu de la mission actuelle semble prématuré. On aurait pu parler des réalisations, de ce qui a été accompli ou non, et de ce que le citoyen attend. La politique exige de savoir quand et comment dire ce que l’on veut, pas seulement de savoir ce que l’on dit.
Ce qui dérange, c’est que certains discours politiques donnent l’impression que la loyauté est devenue une compétition de compliments et d’applaudissements, et que le responsable qui lève le plus la voix en faveur du régime pourrait être perçu comme plus proche du pouvoir que celui qui exprime une opinion claire ou offre un conseil. Cela montre l’émergence d’une culture politique devant nos yeux: une culture d’hypocrisie politique, plutôt que simplement le débat sur une troisième mission. Alors que nous souhaitons promouvoir la Mauritanie sur le plan touristique et culturel, il aurait fallu que l’événement reste dédié à la culture et au tourisme, et que le patrimoine parle de lui-même.
Le patrimoine que nous célébrons aujourd’hui renferme une façon de voir la vie, de réfléchir et de prendre des décisions. Peut‑être avons‑nous besoin, en pratiquant la politique, d’un peu de cette patience que connaissent les habitants de ces terres. « Rabb huwa taklili moul al‑quwa, wa‑li natlub wa‑liyʿṭini sh huwa.
» L’élan s’est dissipé, la responsabilité a disparu, la politique s’est floutée, et il nous manque un peu de profondeur. En politique, chaque parole n’est pas forcément un gain, chaque initiative n’est pas forcément un service, chaque moment n’est pas forcément approprié. Parfois, le silence politique, lorsqu’il est à sa place, est plus sage que mille cris.