Politique·

Lorsque le test de l’immunité constitutionnelle commence de l’intérieur du pouvoir.

Le passage du septième anniversaire de l’élection du président Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani a été célébré par la plupart de ses partisans, à un moment où le pays entamait effectivement sa deuxième année de la deuxième et dernière présidence, selon le texte…

AI
Alakhbar.infoTraduit de l'arabe
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D'après les sources officielles, la Constitution mauritanienne protège explicitement le principe de la démocratie tournante et fait de la durée du mandat et de son renouvellement une clause non révisable selon l’article 99. L’argument selon lequel « le peuple est la source du pouvoir et peut, par référendum, décider de ce qu’il veut » nécessite une analyse approfondie. La démocratie constitutionnelle ne se résume pas à la simple majorité numérique, elle repose aussi sur des règles qui protègent l’État et la société contre un autoritarisme électoral et contre la transformation des élections en outil de perpétuation du pouvoir.

Sinon, tout dirigeant détenant la majorité pourrait réécrire les règles du jeu afin d’assurer sa propre survie. Lorsque la stabilité devient dépendante de la présence d’une personne, les justifications avancées pour un éventuel prolongement du mandat actuel – comme la nécessité de finaliser des projets ou de garantir la stabilité du pays dans un contexte géopolitique et sécuritaire difficile – ouvrent une question plus profonde: la stabilité du pays repose‑t‑elle sur le président ou sur la force des institutions? Si l’État ne peut mener à bien ses projets qu’en conservant un président particulier, cela ne constitue pas une force du système politique, mais bien une faiblesse, soutenant l’argument selon lequel le prolongement serait inapproprié, indépendamment de sa légitimité juridique.

Les présidents viennent et partent, les institutions demeurent. Les grands projets nationaux doivent appartenir aux institutions et à la société, pas à des individus. Transformer les réalisations en justification d’un prolongement du pouvoir signifierait que chaque président pourrait dire: « Je n’ai pas encore terminé mon programme prometteur, accordez‑moi plus de temps », transformant ainsi la fin du mandat en simple point de négociation.

Le principe de rotation constitutionnelle perd alors son sens réel. **L’opposition face à un nouveau test** Pour l’opposition mauritanienne, le défi est tout aussi crucial. Elle doit d’abord considérer la question non pas comme une simple occasion de s’opposer au président, mais comme une problématique qui touche à l’avenir même du régime constitutionnel du pays.

Le discours le plus fort de l’opposition ne doit pas se limiter à « Nous sommes contre l’extension pour Ould Ghazouani », mais à « Nous exigeons le respect des règles constitutionnelles qui s’appliquent à Ould Ghazouani comme à tout futur président ». Ainsi, le rejet du troisième mandat ne doit pas dépendre de l’évaluation de la performance du président, ni de la popularité de ce dernier, mais constituer une objection de principe contre la transformation d’une exception en règle. La responsabilité de l’opposition consiste alors à alerter tôt sur le danger de normaliser cette idée, à créer un sentiment d’opinion publique nationale qui s’oppose à toute tentative de contournement, et à mobiliser les moyens politiques, juridiques et institutionnels disponibles pour contrer toute initiative concrète.

La meilleure stratégie actuelle pour contrer le projet du troisième mandat consiste à empêcher les forces favorables de le banaliser avant même qu’elles ne le transforment en véritable projet politique. **Le départ imminent justifie‑t‑il un test de la suprématie constitutionnelle?** Par le passé, le pays a connu des débats vifs autour d’un éventuel troisième mandat lors de la fin du second mandat du président précédent, Ould Abdel Aziz. Revenir sur ce sujet aujourd’hui n’est donc pas une affaire isolée, mais s’inscrit dans la mémoire politique du pays.

Il ne s’agit pas d’effrayer la population sur l’avenir, ni de jouer sur les peurs liées à un voisinage régional turbulent ou à des tensions internes, ni d’accuser le président sans preuves tangibles. Il s’agit simplement de respecter les règles et le texte de la Constitution: les mandats ont une durée, le pouvoir a des limites, et le président qui accède au pouvoir conformément à la Constitution doit en quitter les fonctions selon les mêmes règles. Les politiciens peuvent débattre de la performance du président, évaluer les sept années de son mandat, soutenir ou critiquer ses politiques, et la majorité peut défendre son expérience tandis que l’opposition la critique.

Mais il doit exister une référence supérieure aux luttes partisanes: la Constitution. Si le président veut rassurer le climat politique, le meilleur geste ne sera pas de rester spectateur du débat sur le troisième mandat, mais de déclarer clairement que le plafond constitutionnel sera respecté, qu’il n’y aura aucune initiative ni soutien à son contournement. **Stabilité réelle versus prolongement du pouvoir** Une stabilité véritable ne dépend pas d’un prolongement de ce président ou d’un autre, mais d’institutions fortes capables d’accueillir un nouveau président comme elles ont accueilli le précédent, et de transférer le pouvoir de manière fluide.

Un État qui craint l’après‑président n’a pas suffisamment consolidé son architecture institutionnelle. À l’inverse, une Constitution dont les verrous sont constamment ouverts chaque fois que les intérêts du pouvoir le demandent ne reste plus une Constitution apte à gouverner une nation qui aspire à la liberté et à la stabilité; elle devient un texte que le pouvoir réécrit à chaque fois que ses besoins évoluent. Ainsi, le véritable combat, si les choses en arrivent là, ne sera pas entre ceux qui souhaitent garder Ghazouani au pouvoir et ceux qui s’y opposent, mais autour de la question ultime: **qui gouverne qui?

La Constitution le président, ou le président la Constitution?**

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