Ce gouvernement doit partir.
Une visite du chef de l’État sur les sites d’incendie et l’annonce d’une enquête ne suffisent pas. Une crise de cette ampleur exige plus que des discours, et les Mauritaniens ne peuvent se contenter de promesses creuses. En attendant l’indemnisation des citoyens et des commerçants…

Alors que les stations électriques de la capitale brûlaient, les porte-parole du parti au pouvoir parcouraient le pays pour promouvoir le bilan de sept ans et préparer un troisième mandat, en violation flagrante de la Constitution. Le dirigeant peut contrôler le discours, mais il ne peut pas contrôler la réalité. La dure réalité du pays contredit le discours d’autosatisfaction, révélant le caractère illusoire de ce qui est présenté comme des réalisations.
Elle met en lumière, avant tout, le gouffre abyssal entre le discours officiel, gonflé d’auto‑louange, et le quotidien vécu par les Mauritaniens, plein de souffrance et de privation. Cette crise n’est malheureusement pas inattendue. Depuis son accession au pouvoir, le président s’est entouré, en grande partie, des mêmes élites qui ont participé à la mauvaise gestion du pays au cours de la dernière décennie, sans parvenir à réaliser le développement promis aux Mauritaniens.
Les mêmes hommes, les mêmes méthodes, les mêmes réseaux produisent les mêmes résultats. On ne peut pas demander à ceux qui ont échoué hier de réussir aujourd’hui. Et il semble que Ghazouani ignore seule cette vérité immuable.
Le problème réside également dans une politique fiscale agressive, et dans un gouvernement qui a fait du recouvrement des recettes et du double prélèvement une doctrine, au point d’en oublier l’exigence de qualité des services publics. Il réclame toujours plus aux citoyens et aux entreprises, sans contrepartie. Il se présente comme un État fort, tout en offrant des services d’un État défaillant.
À quoi sert la multiplication des taxes et des redevances si le gouvernement, en retour, est incapable de garantir les services de base auxquels il doit les populations? Cette crise révèle aussi les limites d’un régime qui mise sur la propagande et la mise en scène de projets sans impact, plutôt que sur les résultats, le suivi, l’évaluation et la vraie qualité des réalisations. L’infrastructure publique ne se mesure pas à la bande‑rouge coupée devant les caméras, mais à sa capacité à fonctionner quand les caméras sont éteintes.
L’échec est également celui de la société nationale d’électricité, la SOMELK. Son incapacité à rétablir le service rapidement montre de graves lacunes en matière d’expertise technique, de compétences, de formation du personnel, d’entretien et d’intervention. Une entreprise chargée d’un service d’une telle importance stratégique doit pouvoir anticiper les risques et disposer des compétences nécessaires pour intervenir immédiatement lorsqu’une infrastructure vitale tombe en panne.
Comment expliquer que la SOMELK ne s’approvisionne pas directement auprès des fabricants, et doive passer par des intermédiaires dépourvus de toute capacité technique? Des équipements stratégiques continuent d’être achetés via des courtiers dont la proximité avec les réseaux du pouvoir semble primer sur l’expertise, la compétence et l’expérience industrielle. La généralisation de la médiation opaque dans les marchés publics est devenue une marque de fabrique de ce gouvernement.
Pire encore, le recours du gouvernement à l’expertise et à l’aide des pays voisins révèle l’ampleur du improvisation qui règne. Lorsqu’un gouvernement doit solliciter une aide extérieure pour faire face à une crise de cette ampleur, cela met en évidence la fragilité de sa capacité technique et institutionnelle autonome, comme si le pays était frappé par un séisme nécessitant une solidarité internationale. Le moindre incident met à l’épreuve l’indépendance de ce gouvernement, sa rapidité de réaction, et sa capacité d’anticipation.
Les Mauritaniens sont découragés et en ont assez de sept ans d’inertie et d’improvisation. Ils n’attendent rien des résultats de l’enquête annoncée, car ils savent qu’elle sera comme toutes les précédentes: des enquêtes complices, enterrées dans les tiroirs. Cette enquête ne sera pas indépendante, et ne pourra pas retracer la chaîne complète: identification des besoins, spécifications, appel d’offres, fournisseur, intermédiaires éventuels, prix, conformité des équipements, contrôle, réception, installation et maintenance.
Elle ne déterminera pas non plus s’il existe une cause commune aux deux incendies, ni si les équipements livrés correspondent réellement à ce qui a été commandé et payé. Depuis longtemps, tout le monde réclame un audit complet et une réforme profonde de la SOMELK, incluant sa gouvernance, ses compétences, ses ressources humaines, sa formation, son entretien, ses procédures d’achat, et sa capacité d’anticipation et d’intervention. Mais la responsabilité de cette grave crise ne peut être imputée uniquement à la SOMELK; le gouvernement est responsable de la politique énergétique, de la gouvernance des institutions publiques, de la qualité des marchés publics, et de la protection des fonds des contribuables.
Un gouvernement qui réclame toujours plus aux citoyens et aux entreprises tout en leur offrant des services défaillants; un gouvernement qui privilégie la communication médiatique aux résultats; un gouvernement qui laisse la médiation opaque proliférer dans les marchés publics; un gouvernement qui permet à une crise de priver six communes de la capitale d’un service essentiel comme l’électricité, au point de devoir solliciter l’aide des pays voisins, est un gouvernement qui fait face à un échec cuisant. Nous demandons donc la démission du gouvernement. La Mauritanie a besoin d’un gouvernement compétent et présent, d’institutions publiques efficaces, de marchés publics transparents, de services publics de qualité, et de responsables tenus pour responsables, et non d’un gouvernement qui vend des chimères.
Ce gouvernement doit partir. Biram Waldah Waldah Aïbid 24 août 2026