Jamil Mansour et le retour aux débuts… Messages du festival Arafat.
La place du salon, située entre le port et le quartier d’Arrfât, au sud de la capitale Nouakchott, n’était pas étrangère à Mohamed Jamil Mansour, et les habitants de la commune d’Arrfât ne le considéraient pas comme un étranger ; ils le connaissaient comme un maire, un militant et un chef d’opposition aux anciens régimes, mais…

D'après les sources officielles, le second message est que cette scène le connaît; il y a mené les plus durs combats politiques contre le parti qui avait infiltré tous les appareils de l’État, et il peut ainsi affronter les camarades d’hier qui, selon lui, représentent la continuité de leur poids politique. La nostalgie politique l’a ramené à Arfat, où il avait vu ses débuts, et où les Mauritaniens ont découvert un politicien devenu symbole du courant islamiste d’opposition, capable de porter une défaite au parti au pouvoir, entraînant la municipalité à rompre son allégeance au « parti d’État ». C’était il y a vingt‑cinq ans; Arfat a changé et avec elle Jamil Mansour.
Ce qui était impossible est devenu réalité: slogans, images et discours qui louent les réalisations du régime sur les plans social et économique. Le président du parti « Jamaʿ », à travers ce retour via les festivals populaires, veut renouer le lien avec les habitants d’Arfat et affirmer que Jamil ne change pas, mais que c’est le régime qui a changé son approche envers les politiciens, les écoute davantage et prend en compte leurs conseils, ce qui a motivé son soutien. Les trois règles qui ont guidé l’organisation de ce festival populaire sur une place ouverte, inhabituelle pour le parti de Walid dans le paysage politique mauritanien, sont: les partis organisaient habituellement leurs festivals fondateurs dans le palais des conférences ou dans l’ancienne maison de la jeunesse, tandis que le parti « Jamaʿ » a choisi de sortir dans les places publiques et de mobiliser le public comme on le faisait dans les décennies passées.
Quand Walid Mansour a décidé de fonder son parti, ce n’était pas seulement pour ajouter une nouvelle entité à la scène politique, mais pour mettre en œuvre une vision reposant sur ce qu’il appelle les trois piliers de la diversité. Le premier pilier est la diversité nationale sous ses trois dimensions: ethnique, sectorielle et régionale. Le deuxième pilier est la diversité politique, qu’il définit à travers deux critères essentiels.
Le premier critère consiste à refuser l’appartenance à des écoles de pensée fondées sur une idéologie fermée, intolérante et exclusive. Le second critère consiste à placer le commun national au-dessus des particularités intellectuelles ou scolaires. Walid Mansour estime que ces deux critères s’appliquent à lui et aux fondateurs du parti, se plaçant parmi les politiciens dont les idées ont évolué et qui ont révisé leurs conceptions pour les aligner sur les exigences du moment.
Partant de cette approche, le président du parti considère que l’appartenance idéologique basée sur le sectarisme n’est plus compatible avec le contexte politique actuel et n’a pas sa place au sein du parti « Jamaʿ ». Cette position prend tout son sens parce qu’elle émane d’une personnalité politique issue d’une expérience partisane ancrée dans une idéologie précise. Le message de Jamil se fait tard dans la soirée, alors que la nuit s’installe à Nouakchott.
Il se tient alors devant ses partisans lors du festival, s’adressant à eux dans un nouveau langage, affirmant qu’ils « soutiennent le président Mohamed Walid Cheikh Al‑Ghazzawani pour la réalisation des routes, des infrastructures sanitaires et l’aide aux pauvres ». Ce discours porte en lui plusieurs messages, le principal étant la volonté de se positionner à l’intérieur du scénario politique actuel, et non en dehors, en montrant le parti jeune comme un acteur en phase avec les priorités de l’État à ce stade. Il ajoute, d’une voix forte, que le message que tout le monde doit recevoir, sans ambiguïté, est que ce festival annonce la naissance d’un nouveau parti politique, qui arrive avec force sur la scène pour concurrencer.
L’annonce n’est pas formulée comme un défi direct, mais comme une présence calculée, visant à consolider l’existence et à inscrire le nom du parti sur la carte des acteurs politiques. Le message a sans doute atteint les « frères d’hier », qu’il soit crypté ou non; ce qui est certain, c’est que le choix d’organiser le festival sur la même place où le parti « Tawasol » tenait habituellement ses activités, dans la municipalité qui constitue l’un de ses principaux bastions électoraux, n’est pas anodin. C’est un geste symbolique: il traduit un passage clair d’une logique d’identification avec l’expérience passée à une logique de compétition directe, et indique que le nouveau parti ne se contente pas d’annoncer son existence, mais cherche à s’emparer des zones d’influence traditionnelles et à ouvrir un nouveau chapitre dans les équations de la concurrence politique.