Anfif… la ville qui contrôle le destin de Kidal et un nœud de terrain dans le nord du Mali.
Au son des tirs d’artillerie et des coups de feu, des éléments du Front de libération d’Azawad ont lancé une attaque contre la base militaire de la ville d’Anfif, située à environ 100 kilomètres au nord de Kidal, au Mali. Les armés ont utilisé des armes et des engins qu’ils…

Selon les experts, contrôler Anfif revient à maîtriser « la porte sud de Kidal », le dernier point de concentration avant d’atteindre le bastion des groupes armés au plus nord‑est. Même si sa population ne dépasse pas quelques milliers d’habitants, l’importance d’Anfif ne dépend pas de sa démographie, mais de la topographie difficile de la région, où les routes sont très limitées. Ainsi, tout mouvement militaire dans le nord du Mali transite généralement par cet axe obligatoire.
**Historique** La petite ville a commencé à attirer l’attention en 2012, lorsque les combattants du Mouvement national de libération d’Azawad, en coordination avec al‑Qaïda, ont pris le contrôle de la zone lors d’une offensive massive contre l’armée malienne, qui a abouti à la chute du nord du pays sous l’emprise de ces groupes. Ils ont installé un poste de contrôle à l’entrée de la ville, obligeant chaque entrant ou sortant à payer une taxe imposée par la « République d’Azawad », contre remise d’un reçu tamponné autorisant la circulation dans les territoires sous leur domination. Détenir la ville signifiait contrôler un axe stratégique majeur reliant Kidal à Gao, l’une des principales voies de déplacement et d’approvisionnement du nord du Mali, offrant ainsi à son détenteur la capacité d’influencer les mouvements des forces armées, d’isoler ou de soutenir les zones d’influence dans la région.
Lorsque les tensions entre le Mouvement national de libération d’Azawad et al‑Qaïda se sont accrues, transformant rapidement leur alliance en une lutte pour l’influence et l’imposition de visions de gouvernance, Anfif est devenue un champ de bataille de cette rivalité. En avril 2013, des affrontements violents ont éclaté entre les combattants azawadiens et les éléments du mouvement d’unification et de djihad en Afrique de l’Ouest, après la tentative de six militants de ce dernier de s’infiltrer à Anfif, au nord du Mali. Avec la reprise de l’initiative par l’armée malienne, soutenue par la France dans le cadre des opérations de lutte contre l’expansion des groupes armés, la ville a de nouveau été le théâtre d’un combat en 2015.
Le gouvernement malien a repris le contrôle en août 2015, marquant la première fois qu’une localité de la région de Kidal échappait à la domination des groupes azawadiens du nord. Cette avancée s’est produite après une alliance entre l’armée, le groupe d’autodéfense touareg Imghad et leurs alliés, majoritairement composés de Touaregs. Cependant, cette reconquête n’a pas constitué un tournant stratégique décisif, le processus de paix signé en Algérie maintenant Kidal et ses environs sous l’influence d’une coordination des mouvements azawadiens.
Le 25 mai 2021, l’officier Asimi Guita a renversé le président Bah Ndaw et son Premier ministre, Moustapha B. W., dans un discours politico‑militaire hostiles au régime traditionnel et à la France, tout en accélérant le rapprochement avec la Russie et en rompant les relations avec Paris, réclamant le retrait des troupes françaises du pays. Dans ce contexte, l’armée malienne, en coopération avec son nouvel allié, la Russie, a lancé des opérations pour reprendre les zones échappant à l’autorité du gouvernement central.
Parmi les villes récupérées figure Anfif, après plusieurs semaines d’affrontements continus avec les rebelles azawadiens en 2023, ouvrant la voie à la prise de Kidal. Ces opérations n’étaient que le prélude à la reprise d’une guerre de longue date entre les azawadiens et l’armée malienne, dont les racines remontent à 1963, lorsque les mouvements rebelles du nord réclamaient la sécession du sud. Un nouveau chapitre de ces affrontements a débuté le 25 avril dernier, lorsque les groupes armés ont mené la plus grande attaque militaire des dernières années, s’emparant des villes de Kidal et de Tessalit, avec la participation du Front et du groupe Nasser al‑Islam.
Le contrôle de Kidal représente un gain stratégique crucial pour ces groupes depuis 2012, mais cet avantage reste incomplet tant qu’il ne s’étend pas à la prise d’Anfif, qui constitue un point de bascule opérationnel majeur dans l’équation sur le terrain du nord du Mali.