La presse nationale et l’incendie des deux stations
J'ai suivi, pendant les cinq derniers jours, les sites d'information et les chaînes nationales, à la recherche d'informations détaillées sur les deux incendies qui ont éclaté dans les postes électriques de Nouakchott‑Nord et de Nouakchott‑Ouest, et en tant que simple citoyen, j’ai…

D'après les sources officielles, j’ai suivi, au cours des cinq derniers jours, les médias et les chaînes nationales, à la recherche d’informations détaillées sur les deux incendies qui ont éclaté dans les postes électriques de Nouakchott‑Nord et de Nouakchott‑Ouest. En tant que simple citoyen, je me pose les questions suivantes: que s’est‑il exactement passé? Quelles en sont les causes?
Qui en est responsable? Je n’ai trouvé aucune réponse à ces interrogations. Les médias et les chaînes nationales se sont contentés de diffuser les communiqués des autorités gouvernementales et de l’entreprise SOML‑K, ainsi que les déclarations émanant de divers interlocuteurs, sans jamais publier, ne serait‑ce que brièvement, un reportage de terrain provenant du site même de l’incident.
Or, le reportage de terrain est la forme la plus simple et la plus fondamentale du journalisme: si le journaliste ne peut pénétrer sur les lieux et ne reçoit aucune coopération de la part des responsables, il peut tout de même filmer de l’extérieur, capturer les bâtiments, les installations, les flammes, les colonnes de fumée, sous plusieurs angles, recueillir les témoignages des personnes présentes – qu’il s’agisse d’ouvriers ou de simples riverains au moment de l’accident – et rédiger un compte‑rendu qui éclaire, au moins de l’extérieur, ce qui s’est produit. C’est le minimum d’effort requis, mais cela n’a pas eu lieu. En l’absence de reportage de terrain, il est impossible d’exiger une enquête journalistique objective, qui approfondirait le sujet, rassemblerait les informations et les preuves, fournirait des données complètes sur les deux postes, leur histoire, leurs capacités détaillées, leurs équipements, les contrats qui les ont créés et approvisionnés, et mettrait en lumière les causes de l’incendie ainsi que la nature et l’étendue des responsabilités.
Une telle enquête n’a pas été réalisée. Cette coupure d’électricité n’est pas un simple incident comme les coupures domestiques qui surviennent de jour comme de nuit; c’est une crise politique et économique capitale, affectant le cœur même du pays. Elle plonge la population dans une obscurité totale, compromet la sécurité des habitants et paralysait plus de quatre‑vingt pour cent de l’activité économique.
C’est une véritable crise nationale, et la presse nationale aurait dû la couvrir à la hauteur de son importance: les journalistes doivent se rendre sur place, publier des nouvelles et des images, chercher les réponses aux questions des citoyens, mettre la pression sur le gouvernement, le contraindre à réagir rapidement, et garder la question ouverte jusqu’à ce que les responsables soient tenus pour compte et que le problème soit résolu de façon définitive. Or, ce qui s’est produit, c’est que les personnalités de l’opposition (les députés Iskoul et Brahm) et les représentants du gouvernement (la visite du président Ghazouani aux deux postes, le retour du Premier ministre Lajayi de ses vacances) ont été plus rapides que la presse à réagir, politisant l’incident comme une crise nationale. Parallèlement, l’absence d’enquête journalistique a laissé la porte ouverte aux activistes des réseaux sociaux, qui se sont livrés à des accusations sans fondement, à des invectives et à des diffamations, alimentant les rancœurs, ouvrant des blessures et embrouillant les faits.
Ce manque de présence journalistique n’est pas limité au feu des deux postes; il s’est également manifesté lors de la conférence de presse du président de la République en juillet dernier. Les questions posées au président n’étaient pas, dans l’ensemble, des questions journalistiques au sens professionnel: par exemple, la question la plus importante, celle sur la corruption et le népotisme, n’était pas étayée par des faits ou des données précises, ce qui la rendait embarrassante, ouvrant la voie à des dossiers jusque‑là cachés, et s’apparentait davantage à une accusation politique. En réponse, le président a pu présenter un exposé détaillé sur la lutte de son gouvernement contre la corruption, les marchés publics et l’exclusion des proches, tout comme les questions sur l’insertion des jeunes ou le gaz.
Cette situation soulève des interrogations quant au rôle de la presse nationale dans la formation d’un opinion publique saine, capable de soutenir les acquis constitutionnels et les libertés politiques, de combattre la corruption, de promouvoir la transparence et le vrai développement. Ce rôle demeure incomplet – voire absent – et la crise ne résulte pas d’un manque de journalistes compétents; le pays regorge de talents. Le problème réside dans l’obtention d’informations fiables, sur lesquelles se fonde une opinion éclairée et une réflexion profonde qui mobilise la société.
Cette crise a plusieurs causes: la facilité et l’habitude de recourir aux discussions de salon et à la culture des rumeurs, le manque d’institutions médiatiques professionnelles et de financements qui soutiennent leurs activités et offrent des outils de travail adéquats, la tradition de l’opacité gouvernementale sur l’information, la peur héritée des politiciens et des responsables. Toutefois, rien de tout cela n’exonère la responsabilité des organes de presse eux‑mêmes et du journaliste individuel, qui doit s’efforcer de fournir l’information, de travailler pour l’obtenir, et, s’il rencontre des obstacles, les dénoncer et identifier les personnes qui s’y opposent. La responsabilité incombe également à l’autorité de régulation des médias, qui doit résoudre ces problèmes, encourager les talents, les former, soutenir les institutions qui aspirent à un travail professionnel, nettoyer le secteur des parasites, refuser les licences professionnelles aux non‑méritants, organiser des séminaires et des rencontres intellectuelles pour sensibiliser à la profession, et enfin, le ministère compétent doit agir, soutenir les vrais professionnels et filtrer les imposteurs.