Le danger imminent : qui protège la commission d’enquête et ses membres si la main de la corruption s’immisce dans son travail ?
« La création d’une commission d’enquête indépendante, composée de personnalités de renom et d’experts internationaux, pour examiner la catastrophe des deux centrales électriques constitue une étape procédurale d’une importance capitale. Cependant, dans un environnement où les intérêts se chevauchent et où les réseaux d’influence et de financement prédominent, la question devient… »

D'après les sources officielles, la création d’une commission d’enquête indépendante, réunissant des personnalités respectées et des experts internationaux pour examiner la catastrophe des deux centrales électriques, constitue une mesure procédurale d’une importance capitale. Mais, dans un environnement où les intérêts se croisent et où les réseaux d’influence et d’argent se déploient, la question technique se transforme en une question existentielle qui touche au cœur de la confiance dans les institutions de l’État: lorsqu’un membre de la commission se retrouve face à un système de corruption disposant d’outils d’intimidation et de séduction, qui garantit sa sécurité professionnelle et personnelle à l’avenir? Le danger qui plane se résume simplement à la coalition du pouvoir, de l’argent, du prestige, de la politique, des nominations, etc., qui risque de le toucher au moins par une question accessoire de l’enquête!
Le problème ne réside pas seulement dans le manque de compétence au sein de la commission, mais dans la nature même de l’adversaire. Lorsque les parties impliquées (que ce soit dans l’acquisition d’équipements défectueux, leur évaluation, leur réception, leur installation, leur maintenance, etc.) sont liées à des centres de pouvoir qui possèdent: la richesse et l’argent capables d’acheter des faveurs et de former des groupes de pression médiatiques et politiques; le prestige étendu qui relie commerçants, entrepreneurs, députés et élus au sein d’une alliance organique défendant leurs intérêts avec férocité, même lorsque ceux‑ci vont à l’encontre de l’éthique, de la loi, de la morale et de la logique; l’influence administrative large capable d’entraver le déroulement de l’enquête de quelque manière que ce soit, ou de retenir les documents et informations sensibles des membres de la commission. Face à ce trio, le membre de la commission se retrouve dans une situation de déséquilibre, où la recherche de la vérité devient une aventure périlleuse.
Le dilemme pour le « fonctionnaire public » est immense et le prix de l’intégrité est encore plus élevé. Ainsi, on ne peut pas blâmer le fonctionnaire ou l’expert local s’il ressent de la peur, car nombre de membres de ce type de commissions ont longtemps lutté pour accéder à leurs postes administratifs et assurer un avenir à eux‑mêmes et à leurs familles. L’absence de protection juridique et institutionnelle réelle les place devant deux options toutes deux amères: 1.
**La confrontation**: qui signifie souvent l’exclusion professionnelle, la marginalisation sociale, voire des persécutions malveillantes de la part des puissants, condamnant le membre qui a osé s’opposer au courant. 2. **La conciliation**: en suivant « la tendance dominante » et en cherchant une issue sûre qui préserve les apparences sans froisser les centres de pouvoir.
Dans de tels cas, la sortie classique consiste souvent à invoquer la « force majeure » ou les « conditions naturelles et climatiques » pour en rejeter l’entière responsabilité – un bouclier qui innocentise les corrompus et protège les enquêteurs de la vengeance. ### Le rôle des cabinets étrangers: légitimation du droit ou légitimation du faux? Faire appel aux cabinets suisses et allemands suppose leur conférer une immunité technique et une transparence au rapport.
En théorie, ces cabinets craignent pour leur réputation internationale. Mais la main de la corruption possède ses propres méthodes, parmi lesquelles: - **Orientation des entrées**: si les données et documents de terrain remis aux experts sont déjà « filtrés » et préparés, les résultats seront forcément orientés vers un but précis, c’est‑à‑dire « erronés de fait ». - **Ingénierie du rapport final**: on peut exercer des pressions pour formuler le rapport avec des termes techniques souples autorisant de multiples interprétations, poussant les experts étrangers à signer un projet qui met en avant les « conditions exceptionnelles » comme cause principale de la catastrophe.
### Le bouclier manquant pour éviter que la commission ne devienne qu’une pièce de théâtre d’absorption de la colère Il existe des conditions indispensables pour assurer une protection réelle aux membres et à leur travail: - **Volonté politique d’acier**: un mandat explicite et strict du sommet de la hiérarchie qui protège la commission de toute ingérence et offre un couvert sécuritaire et fonctionnel à ses membres. - **Transparence radicale**: publier les déroulements de l’enquête (ou leurs résumés périodiques) au public en continu, car le secret est le terreau fertile où la corruption prospère et où les pressions s’exercent. - **Contrôle sociétal**: vigilance de la presse indépendante et des forces de la société civile; cette pression constante augmente le « coût » de la corruption et rend la manipulation des résultats un risque politique majeur.
Sans ces garanties, les commissions restent de simples tombeaux élégants où les vérités sont enterrées, et la corruption demeure le maître réel qui se reproduit à chaque crise. ### Recommandations pratiques pour sécuriser le travail de la commission Partant d’une confiance totale dans la volonté sincère du Président de la République, attaché à rétablir la justice, à instaurer le principe de responsabilité et à combattre la corruption – volonté concrétisée par la création rapide d’une commission de haut niveau – le succès de cette noble initiative nécessite d’encercler son action d’instruments juridiques et institutionnels dissuasifs. Cette volonté présidentielle constitue le « premier bouclier ».
Pour la traduire en réalité protectrice pour les membres contre toute pression ou intimidation de la part des détenteurs d’influence et d’argent, les recommandations suivantes sont proposées: 1. **Protection juridique et fonctionnelle des membres (immunité temporaire)** - Émettre un décret ou une garantie présidentielle accordant aux membres une « immunité fonctionnelle » empêchant leur licenciement, leur mutation abusive ou l’atteinte à leurs avantages pendant une période définie (ex. 3 à 5 ans) après la fin de l’enquête.
- Mettre à disposition une ligne de communication sécurisée et directe permettant aux membres de signaler immédiatement toute tentative de pression, menace ou offre de pot-de-vin, les traitant comme des crimes de « mise en danger de la sécurité économique de l’État ». 2. **Lien direct avec la présidence, contournement de la bureaucratie** - La commission doit relever exclusivement du Président de la République, afin de couper toute tentative d’un responsable exécutif ou administratif d’entraver son travail ou de retenir des documents.
3. **Criminalisation immédiate de l’entrave à la justice et de la dissimulation d’informations** - Délivrer des instructions contraignantes à toutes les administrations (ministères, autorité de régulation des marchés publics, douanes, banques, etc.) pour fournir tous les documents requis à la commission dans un délai court (ex. 48 heures).
- Activer une disposition légale qui considère « la rétention d’informations, la destruction de documents ou la désinformation de la commission » comme une infraction pénale passible d’arrestation immédiate, dépouillant ainsi les grands fournisseurs et entrepreneurs de toute impression d’impunité. 4. **Libérer les cabinets internationaux de toute « filtration » administrative** - Garantir aux cabinets suisses et allemands un contact direct avec le terrain et la présidence, sans intermédiaires locaux susceptibles de manipuler les traductions ou les rapports techniques.
- Obliger ces cabinets à annexer des annexes techniques indépendantes, présentées telles quelles (et, le cas échéant, dans leur langue d’origine) au rapport final, empêchant toute tentative interne d’atténuer le ton ou de justifier les pannes techniques par les « conditions naturelles et climatiques ». 5. **Transparence comme bouclier sociétal** - Publier régulièrement (ex.
tous les quinze jours) des communiqués de presse détaillant les avancées, sans divulguer les secrets sensibles de l’enquête. - Le Président doit s’engager à rendre publiques les conclusions finales du rapport (ou le résumé exécutif indiquant les causes des dysfonctionnements et les responsables, quels qu’ils soient), impliquant ainsi l’ensemble de la société dans la souveraineté du Président à imposer la reddition de comptes et la sanction. **En résumé**, tant que la volonté politique supérieure est présente et explicite, le défi consiste maintenant à la traduire en mesures de protection quotidiennes qui donnent aux membres le courage d’écrire la vérité telle qu’elle est, convaincus que l’épée de la loi et le bouclier des hautes autorités sont plus solides que toute influence financière ou coalition d’intérêts.
*Sheikh Mohamed Al‑Mami Islam* [mail protégé]