Économie·

Talents mauritaniens : l'exil est‑il nécessaire pour faire progresser la Mauritanie ?

Le développement économique est l'une des questions centrales qui a occupé et continue d'occuper les esprits des penseurs et des chercheurs en économie à travers les différents pays du monde, car il est étroitement lié à la vie des individus et des groupes qui aspirent à…

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Il ressort que le développement économique est l’une des questions centrales qui ont occupé, et continuent d’occuper, les penseurs et les chercheurs en économie à travers le monde, car il est étroitement lié à la vie des individus et des groupes qui cherchent à améliorer leurs niveaux de vie, leur bien‑être et à vivre dans la dignité. Dans ce contexte, notre société est confrontée à d’importants défis quant aux moyens de réaliser un développement économique réellement dynamique, ce qui suscite un intérêt croissant pour la fourniture des facteurs de production nécessaires à cette vitalité. La disponibilité, tant quantitative que qualitative, de ces facteurs constitue une condition indispensable à la réalisation du développement économique et à la durabilité de la croissance.

Parmi ces « facteurs », le poids du capital humain – indépendamment de son niveau de connaissances et d’expérience – apparaît de plus en plus comme un atout stratégique, une énergie renouvelable, un élément difficile à reproduire ou à remplacer. À l’instar de nombreux pays, la Mauritanie, dès son indépendance, s’est retrouvée face à une réalité économique catastrophique, marquée par l’analphabétisme généralisé, l’ignorance, la faiblesse des infrastructures, la fragilité des conditions sociales et culturelles, ainsi que par le manque de ressources financières et humaines capables de relever le défi. Dès cette perspective, l’État a accordé une attention particulière au développement des ressources humaines, notamment en rendant l’éducation et les soins de santé gratuits, et en déployant des efforts soutenus pour améliorer son système éducatif à travers la planification pédagogique et la mobilisation de budgets estimés pour les différents secteurs, afin d’obtenir des résultats de qualité contribuant au processus de développement.

Le capital humain est une richesse fondamentale qui doit être valorisée, investie et employée de manière optimale; sinon il devient un fardeau pour l’économie nationale et un obstacle à sa croissance. Les expériences des pays qui ont connu des sauts de développement et des percées remarquables dans la renaissance de leurs sociétés montrent que leur essor civil ne s’est pas reposé exclusivement sur le capital matériel, mais que le développement du capital humain et la mise à disposition d’opportunités propices à la créativité, à l’innovation et à la participation active découlent d’une attention accrue portée à l’éducation, pilier essentiel du développement économique et social. Le monde aujourd’hui traverse des conditions économiques, sociales, politiques et sécuritaires très complexes, aggravées par la propagation de la pauvreté, une répartition inégale des revenus et le chômage structurel dans de nombreuses régions.

Ces circonstances coïncident avec l’accélération de la révolution des communications et des transports, facilitant la mobilité internationale des individus en quête de nouvelles opportunités d’emploi et d’une vie sociale meilleure. Le phénomène de fuite des cerveaux mauritaniens vers les pays développés s’inscrit dans un mouvement migratoire historique; les Britanniques furent les premiers à concevoir le terme « brain drain » lorsqu’ils constatèrent l’émigration massive de leurs ingénieurs et médecins vers les États‑Unis. Les facteurs nourrissant ce phénomène sont multiples: outre la stabilité politique et économique des pays de destination, l’environnement scientifique, professionnel, social et psychologique offert aux ressortissants et aux migrants qualifiés joue un rôle crucial, notamment à travers les systèmes de rémunération directe et indirecte, la valorisation des spécialisations et des expériences via l’attribution de postes de direction aux talents les plus compétents.

Cependant, la plupart des composantes de ce cadre institutionnel font défaut dans le contexte national. Parmi les principales lacunes figurent l’absence de priorité absolue accordée à la recherche scientifique, qui bénéficie de budgets colossaux dans les pays avancés, la faible qualité de l’enseignement supérieur comparée aux systèmes mondiaux, la faiblesse du système social à incarner les valeurs de dignité humaine, de respect du travail et du temps, ainsi que le manque de discipline organisationnelle. Certains membres de notre élite, formés à l’étranger, se sont habitués à cet environnement stimulant, mais se heurtent, à leur retour, à la difficulté d’intégrer ces pratiques dans leur pays d’origine, rendant la migration une option contraignante pour réaliser leur épanouissement professionnel.

La centralisation du pouvoir décisionnel, la bureaucratie étouffante et la corruption administrative, à une époque où les compétences scientifiques, techniques et intellectuelles constituent la principale source de compétitivité entre les nations et la clé du dépassement civilisationnel, font de la fuite des cerveaux mauritaniens un obstacle majeur à la réalisation de notre développement global. Bien que cette migration puisse, en apparence théorique, sembler bénéfique pour le développement économique – en supposant qu’elle aboutisse à un retour futur de travailleurs qualifiés, chargés d’expérience et de savoir‑faire, capables de contribuer à la construction d’une économie du savoir et de la technologie – elle demeure une problématique complexe. Les données statistiques montrent que ces retours sont généralement temporaires, se limitant à des visites familiales ou à des séjours annuels.

Ainsi, la fuite des cerveaux constitue l’un des défis les plus dangereux auxquels le pays est confronté, le système économique national étant incapable d’exploiter pleinement ses talents et son intellect créatif en raison de l’émigration vers des pays offrant des conditions d’études et de vie plus adéquates. Cela ne signifie pas que l’investissement dans la créativité et la pensée n’est pas le moteur réel de la croissance, de la prospérité économique et de l’amélioration des indicateurs de développement durable; au contraire, cela confirme que l’être humain est le cœur du développement et de son objectif. Dès lors, on peut affirmer que le chemin du progrès dépend directement du capital humain, tant en quantité qu’en qualité: plus les qualifications de ces ressources s’élèvent dans les différents domaines, plus elles deviennent un moteur du progrès du pays, et inversement.

La migration qualifiée continuera de s’intensifier tant que l’État n’adoptera pas une stratégie claire visant à réduire la perte de ses talents à l’étranger, en commençant par un diagnostic précis des facteurs de répulsion avant d’entamer leur traitement. Cette stratégie devra transformer les points de friction en incitations au retour, ou du moins mettre en place des mesures pour valoriser ces talents même lorsqu’ils sont à l’étranger. Parmi les mesures les plus importantes, selon mon estimation, figurent: - Activer le rôle des individus au service des objectifs de développement national, améliorer l’environnement de travail et offrir des perspectives professionnelles stimulantes qui renforcent la satisfaction au travail et l’attachement à la nation.

- Créer un climat général attractif garantissant la rétention des compétences locales et limitant la tendance matérialiste dominante. - Limiter le recours aux expertises étrangères aux cas de pénurie aiguë de compétences nationales. - Utiliser les transferts financiers des expatriés ainsi que leurs capacités scientifiques et créatives comme l’une des principales sources de financement et de soutien au développement.

- Impliquer les compétences migrantes à distance par le biais d’échanges d’expertise et d’investissements, ce qui nécessite la modernisation du cadre institutionnel et réglementaire de gestion de la migration de main‑d’œuvre qualifiée. - Mettre à jour la base de données concernant le nombre, le profil et la situation à l’étranger des compétences mauritaniennes migrantes. - Accroître la prise de conscience de leur rôle dans le développement et la manière de le mettre en œuvre au service des intérêts communs, en développant des réseaux de communication capables de préserver et d’alimenter les liens avec la patrie, afin de les inciter à contribuer activement à sa renaissance.

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