Excès de production et fragilité de la distribution : crise électrique à Nouakchott à partir de l’expérience de terrain
Les crises électriques successives qui secouent la capitale Nouakchott ces jours‑ci font ressurgir dans les mémoires des souvenirs marquants que j’ai vécus de près il y a vingt‑et‑un ans. En 2005, à la prise de fonction du défunt colonel Ould Mohamed Fall aux commandes…

D'après les sources officielles, en 2005, à la suite de la prise de pouvoir du colonel décédé Ould Mohamed Fal aux commandes de l’État après le coup d’État contre le président Mouavaya Ould Sid Ahmed Taïy, cette période de transition coïncida avec l’incendie du groupe électrogène n° 3 de la centrale thermique (4 × 7 MW) à Arafat. Avec la défaillance des quatre autres groupes, la capitale entra dans une grave pénurie d’électricité, et nous n’avions d’autre choix que de recourir au plan de « coupure par secteur » pour gérer le déficit, à l’exception permanente du transformateur n° 43, signalé en rouge, qui alimente le palais présidentiel et l’ancien aéroport de Nouakchott. Avec l’entrée en service de la ligne haute tension de Manantali, des groupes supplémentaires furent mobilisés pour renforcer le réseau et combler le manque.
Aujourd’hui, en 2026, la crise a atteint un niveau bien plus critique, dépassant le simple « crise d’éclairage » pour toucher directement la sécurité nationale et la stabilité économique du pays; l’aéroport international de Nouakchott (Am Al‑Tounsi), première vitrine souveraine de la nation, le port vital de Tanit, ainsi que la plupart des zones de l’ouest de Nouakchott, subissent une coupure totale d’électricité. La paralysie de ces infrastructures souveraines et critiques montre l’écart immense avec hier et confirme que ce que nous avons vécu au cours des vingt‑quatre dernières heures constitue une vraie catastrophe, bien plus grave que tout ce que nous avions connu auparavant. J’étais alors membre des équipes de maintenance et des experts allemands, en stage professionnel sous la présidence de l’ingénieur Ahmed El‑Haïba Ould Mohamed à la centrale.
Ce fut une période difficile à tous points de vue professionnel, et l’effondrement actuel révèle clairement la détérioration massive de l’infrastructure électrique du nord et de l’ouest de Nouakchott. L’explosion simultanée des transformateurs haute tension dans les deux centrales, alors même que la ligne électrique « Zouérate – Nouakchott » était en phase d’essai, crée une contradiction flagrante: nous disposons d’un excédent de production, mais la vraie crise réside dans le réseau de distribution: lignes d’alimentation, postes de transformation et transformateurs des centrales, qui oscillent entre médiocrité et décrépitude. L’expertise professionnelle et l’expérience de terrain acquises depuis 2005 nous obligent à constater que la situation actuelle est bien pire qu’elle ne l’était il y a des décennies.
Il n’y a d’autre issue que d’ouvrir une enquête transparente pour tenir responsables ceux qui ont importé et acquis cet équipement de mauvaise qualité, et d’agir immédiatement pour corriger la situation. En tant qu’expert du secteur, je soumets aux autorités publiques les recommandations techniques urgentes suivantes pour éviter une future catastrophe: - Réaliser un audit technique complet: examiner l’état de tous les transformateurs haute tension et postes de transformation de la capitale, évaluer leur durée de vie restante et leur conformité aux normes techniques internationales avant de mettre en service de nouvelles lignes. - Adopter un système de maintenance préventive: passer d’une politique de « réparation après panne » à des programmes de maintenance périodique équipés de techniques de contrôle thermique et de diagnostic précoce des transformateurs et des répartiteurs principaux.
- Repenser les réseaux de distribution et assurer techniquement les installations souveraines: mettre en place des lignes d’alimentation redondantes et des réseaux d’isolation indépendants pour les infrastructures économiques et sécuritaires sensibles, comme l’aéroport Am Al‑Tounsi et les ports, afin d’éviter toute coupure totale en toutes circonstances.