Portail de l’ombre : comment le marché noir de l’ouguiya dévore l’économie de la Mauritanie ?
Récemment, la rue mauritanienne a été secouée par un drame tragique : le décès d’un jeune commerçant en Lituanie, au milieu de rumeurs concernant la disparition de ses registres de transactions et d’énormes sommes d’argent s’élevant à 700 millions d’ouguiyas, appartenant à six autres commerçants. Cet incident…

Selon les dernières informations, récemment, le décès tragique d’un jeune commerçant en Lituanie a secoué la rue mauritanienne, au milieu de rumeurs sur la disparition de ses carnets de transactions et de sommes d’argent colossales s’élevant à 700 millions d’ouguiya, appartenant à six autres commerçants. Cet événement n’était pas seulement une tragédie humaine ou une affaire criminelle isolée; il a de nouveau mis en lumière le « trou noir » qui engloutit l’économie mauritanienne: le marché parallèle des changes (marché noir). Le flux d’énormes sommes d’argent hors des canaux officiels pose une question fondamentale: comment ce marché est-il devenu une force dominante qui défie la loi, et qui bénéficie réellement de son existence?
**Les lois strictes… théoriquement sur papier** Le Banque centrale mauritanienne possède un arsenal de réglementations sévères; elle interdit explicitement les transactions en devises étrangères en dehors des banques et établissements de crédit agréés, et fixe un plafond silencieux pour les opérations en espèces dépassant 10 millions d’ouguiya, les classant automatiquement comme « soupçonnées ». Mais, sur le terrain, il suffit de se rendre au « marché point chaud » au cœur de la capitale Nouakchott pour constater que les lois sont dans une vallée et la réalité dans une autre. C’est ici que des millions de dollars et d’euros circulent chaque jour sur la base de la « parole et de la confiance orale » ou consignés dans des carnets de poche secrets, loin des yeux du contrôle financier et bancaire.
**Le système de compensation: le mécanisme de confiance** Le marché noir repose sur un système complexe appelé « compensation ». Dans ce dispositif, le Mauritanien expatrié en Europe ou aux États-Unis remet la devise dure (euro ou dollar) à un intermédiaire à l’étranger; en échange, un autre intermédiaire à Nouakchott remet l’équivalent en ouguiya « cash » à un commerçant ou importateur local. Ce circuit financier fermé signifie que les devises étrangères n’entrent jamais dans le trésor national ni dans les banques officielles, privant l’État de sources de liquidité vitales qui auraient pu financer les importations et soutenir la monnaie nationale.
Le résultat inévitable est une hausse de l’inflation et une augmentation des prix des produits de première nécessité, que le citoyen ordinaire paie de sa dépense quotidienne. **Portes de l’ombre et fuite des fonds des corrompus** Si les lois sont strictes, pourquoi le système les applique-t‑il à la légère? La réponse réside dans la « convergence des intérêts ».
Les corrompus et les détenteurs de fonds suspects savent que le système bancaire officiel laisse toujours une « trace numérique » (Money Trail) qui dévoile l’origine des richesses lorsqu’on demande: « D’où vient cet argent? ». Le marché noir et le système de compensation deviennent alors la porte d’accès sûre et fluide pour le blanchiment des fonds et le transfert des richesses pillées à l’étranger.
Un corrompu peut remettre des centaines de millions en espèces sur le territoire, les récupérer immédiatement en devises dures sur des comptes européens ou du Golfe, sans que son nom n’apparaisse dans aucun dispositif de lutte contre le blanchiment d’argent. Cette alliance tacite entre corruption et spéculation crée un bouclier invisible qui protège le commerce clandestin de devises de l’effondrement. **Exemple de réussite: le modèle saoudien** En comparant cette réalité à des pays qui ont maîtrisé leur paysage financier, comme le Royaume d’Arabie Saoudite, le contraste est saisissant.
L’Arabie Saoudite a éradiqué le marché noir non seulement par la répression sécuritaire, mais aussi grâce à une transformation numérique globale et à la facilitation d’alternatives. Grâce à la liaison électronique de toutes les transferts à une identité numérique, à la réduction des paiements en espèces et à une surveillance stricte, il est devenu impossible de déplacer des fonds d’origine inconnue. Parallèlement, l’État a mis à disposition des applications de transfert instantané officielles, rapides et à prix compétitifs, rendant le recours aux marchés parallèles illogique et trop risqué.
**Conclusion: il n’y a pas d’alternative à la volonté politique** La tragédie en Lituanie et la perte de centaines de millions de droits des commerçants constituent un signal d’alarme retentissant. Réformer le système financier mauritanien ne nécessite pas de nouvelles lois, mais une véritable volonté politique pour appliquer les dispositions existantes, épurer les organes de contrôle, instaurer l’inclusion financière et réduire la dépendance au cash. Tant que les portes de l’ombre resteront ouvertes et protégées, l’économie nationale restera à la merci des spéculateurs et des corrompus.