La table est plus large qu’elle ne paraît : lettre aux modérateurs du dialogue et aux participants.
« Ô vous qui êtes confiés à un moment qui ne se répète pas souvent dans la vie des peuples : vous vous êtes réunis pour que chaque groupe l’emporte sur un autre, et le plus souvent, dans le dialogue, celui qui sort seul est vaincu. Vous vous êtes réunis non pas pour consigner des procès‑verbaux qui seront rangés dans des classeurs, mais pour rassurer… »

D'après les sources officielles, vous ne vous êtes pas rassemblés pour consigner des procès‑verbaux qui seront rangés dans des tiroirs, mais pour rassurer un citoyen, même au bout du pays, que son affaire a été débattée; même absent de la salle, il est présent dans les consciences. La table à laquelle vous êtes assis est plus vaste qu’il n’y paraît: autour d’elle se tiennent des pères qui ont consacré leur vie à la construction de l’État, et des enfants qui ne sont pas encore nés et qui hériteront de ce que vous écrivez. Gardez à l’esprit que céder dans le dialogue n’est pas un signe de faiblesse, mais la forme la plus noble de la force, et que l’obstination peut gagner un tour mais perdre une nation.
À Monsieur Moussa Fal, gardien de la conduite de ce processus: le fardeau qui repose sur vous est aussi lourd que glorieux, et il vous appartient de constater que les parties, malgré leurs divergences, se sont réunies sous votre nom; cette confiance se mesure à ce que vous produisez, et non aux remous qui l’entourent. Aux chefs de pôles et aux symboles de l’action nationale — le docteur Mohamed Ould Maouloud, président de l’Union des Forces du Progrès et du Front de l’Opposition Démocratique, le docteur Hamadi Ould Sidi El Mokhtar, président du parti Tawassoul, le docteur Abdel Salam Ould Harmma, président du parti El Souab et député à l’Assemblée nationale, le docteur Nour al‑Din Ould Mohamedou, le professeur Sidi Ould Kouri, secrétaire général du parti Ennad, ainsi que leurs collègues parmi les dirigeants des pôles, de la majorité et de la société civile: vous êtes aujourd’hui à la place de ceux à qui l’histoire ne réserve qu’une seule ligne, indélébile; choisissez‑en donc une qui bâtisse. À Monsieur Biram al‑Dah Aabid et à ceux qui partagent son souci du parcours: les questions que vous avez portées longtemps ne seront pas résolues de l’extérieur de la salle autant qu’elles le seront de l’intérieur, et le siège vacant n’entendra aucun de ses occupants.
Entrez dans le dialogue avec vos propres exigences intellectuelles, et non avec celles de vos adversaires, et faites de votre présence un test pour tous, plutôt que de laisser votre absence servir d’excuse à quiconque; la patrie a une capacité d’accueil pour vos voix bien plus grande que vous ne le pensez, et elle s’enrichit de celles‑ci. Aux médias et aux intellectuels: vous êtes partenaires de ce processus, pas simples témoins. En ces temps, la parole peut être soit un pont, soit un fossé.
Privilégiez la transmission de ce qui unit plutôt que la capture de ce qui divise, et transformez vos tribunes en espaces d’idées, non en arènes de confrontation; il est bien plus aisé de démolir en un article ce qui a été édifié pendant des années. Nous vivons dans une région où les États tombent comme les feuilles d’automne, et où il est précieux qu’un peuple trouve l’opportunité de dialoguer avec sa propre voix plutôt que d’être dialogué par d’autres. Vous exercez aujourd’hui une grâce dont beaucoup rêvent autour de nous; ne la dilapidez pas dans de petits détails, et ne laissez pas les gains saisonniers masquer votre destin d’écrivain.
Sortez de votre salle avec ce qui rend le Mauritanien plus confiant en son avenir, et moins craintif pour sa patrie. C’est là, et seulement là, le critère du succès. »