Sécurité·

La presse entre l’honnêteté comme principe et la tromperie comme moyen.

Il y a quelques jours, un extrait largement diffusé a attiré mon attention, dans lequel un journaliste connu pour son courage rare avoue qu’il mentait pour soutenir ce qu’il considérait comme une lutte légitime et qu’il trompait son public avec des informations trompeuses «au service de l’intérêt général». Pourtant, l’idée qu’un journaliste mente…

AI
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Ainsi, la tromperie, selon cette conception, ne se produit pas seulement quand le journaliste ment ou falsifie un fait, mais aussi lorsqu’il s’abstient de divulguer une information essentielle qu’il aurait dû révéler. Dans la dimension de la responsabilité sociale du journalisme, la liberté de la presse n’est pas un droit absolu sans contraintes; elle est accompagnée d’une responsabilité envers la société. Dans ce cadre, les chartes d’honneur professionnelles constituent la base à laquelle les journalistes se réfèrent lorsqu’ils sont confrontés à un dilemme éthique, y compris le dilemme de la tromperie ou de l’art de gérer le mensonge.

Les chartes déontologiques des rédactions, bien que variant d’un organe à l’autre, convergent généralement sur l’avertissement contre la tromperie, qui ne doit être employée que lorsque les autres moyens sont impossibles et que l’intérêt public recherché est suffisamment majeur pour le justifier. Les chercheurs constatent que les journalistes ne perçoivent pas la « tromperie » comme un acte unique et homogène à accepter ou à rejeter en bloc, mais comme une question graduée où les pratiques vont du plus acceptable au plus rejeté. D’un côté, des pratiques telles que le non‑dévoilement de l’identité journalistique lors de la collecte d’informations ou l’usage limité de caméras cachées sont relativement bien acceptées, considérées comme des outils nécessaires pour exposer des faits inaccessibles par les méthodes traditionnelles.

De l’autre côté, des comportements comme la fabrication explicite, l’invention de faits ou l’usurpation totale d’identité sont largement rejetés, car ils portent atteinte directement à la crédibilité journalistique de façon irrémédiable. D’autres auteurs estiment que la tromperie peut être un outil journalistique sous conditions: l’information doit être d’une importance capitale pour l’intérêt public, toutes les voies traditionnelles doivent avoir été épuisées, le journaliste doit révéler ultérieurement sa méthode et ses motivations, le reportage doit être préparé avec un sérieux professionnel complet, et le préjudice évité par la révélation doit être supérieur au préjudice causé par la tromperie elle‑même. Les journalistes n’adoptent pas de norme éthique unique pour toutes les parties impliquées dans la tromperie.

Ils distinguent clairement la tromperie dirigée vers le public de celle dirigée vers les sources. La tromperie à l’encontre du public, c’est‑à‑dire la diffusion d’un contenu inexact ou inventé, suscite une condamnation plus forte, car elle porte atteinte à la relation fondamentale entre le média et son audience, relation fondée sur la confiance. En revanche, la tromperie à l’égard des sources, par exemple lorsqu’un journaliste cache sa véritable identité à une personne interviewée ou observe son comportement, bénéficie d’une plus grande tolérance; beaucoup jugent que ces sources, dans certains contextes, « méritent moins » la vérité complète, surtout lorsqu’elles sont elles‑mêmes l’objet d’une enquête révélant des pratiques illicites ou abusives.

Par exemple, lorsqu’un journaliste attribue à tort une citation à une personnalité publique, il s’agit d’une violation éthique grave qui justifie une responsabilité. En revanche, lorsqu’un journaliste possède une information qui disculperait cette même personnalité mais décide de la taire parce qu’elle ne sert pas le fil narratif de son article, il s’agit d’un choix éditorial qui, bien que moralement discutable, est souvent perçu comme plus acceptable. Dans les deux cas, le résultat pratique est similaire: le public reçoit une perception erronée de la personnalité concernée.

Les experts constatent que la majorité des journalistes qualifieraient le premier cas (citation fabriquée) d’infraction éthique majeure méritant des sanctions, tandis qu’ils seraient plus indulgents envers le second (omission d’une information) en le considérant comme une marge de manœuvre éditoriale, même si les deux entraînent un préjudice comparable pour la personne concernée et pour la confiance du public. La relation journaliste‑public est contractuelle, reposant sur une confiance mutuelle et une continuité. La relation avec une source est souvent ponctuelle et soumise à des intérêts divergents, surtout lorsque la source a un intérêt à dissimuler la vérité ou à déformer les faits.

Ainsi, violer la confiance du public menace le fondement même de la légitimité de la profession, alors que la violation de la confiance d’une source, bien que moralement lourde, n’affecte pas autant la relation entre le média et son audience. En fin de compte, il ne suffit pas que l’étudiant en journalisme apprenne les principes éthiques de façon théorique, isolés de la réalité du terrain. Il doit également être entraîné à résister aux pressions institutionnelles et aux circonstances qui peuvent le pousser à justifier des pratiques qu’il ne reconnaît pas pleinement comme légitimes, surtout dans un monde où les formes de désinformation médiatique explosent grâce aux avancées spectaculaires de l’intelligence artificielle et où la confiance du public dans les médias traditionnels diminue sensiblement.

Plus les journalistes, chercheurs et organisations médiatiques disposeront d’un cadre clair et cohérent pour délimiter la tromperie licite de la tromperie illicite, plus ils pourront préserver le minimum de confiance indispensable à la survie de la presse, tout en maintenant la quête de la vérité sous le signe d’une conscience professionnelle vigilante et responsable, même si le chemin est long et sinueux.

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