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Mal : qui est responsable quand le citoyen meurt et que le meurtrier n’est pas jugé ?

Le collapsus du bâtiment en construction dans le district de Mal, ainsi que les morts et les blessés qu’il a engendrés, n’est plus un incident qui peut passer inaperçu. C’est un nouvel avertissement pour un système complet qui nécessite une révision radicale : les matériaux de construction, les marchés, l’exécution, le contrôle, …

AI
Alakhbar.infoTraduit de l'arabe
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D'après les sources officielles, les milieux concernés circulent également l’information selon laquelle l’autorité saoudienne chargée de la construction du grand hôpital sur l’ancien site de l’aéroport aurait refusé d’utiliser le ciment mauritanien après l’avoir testé, et aurait fait venir du ciment d’Algérie. Si cette information est exacte, elle constitue un sujet qui mérite une réponse convaincante: pourquoi le ciment mauritanien est‑il rejeté dans un projet réalisé sur le sol mauritanien, alors que le citoyen est autorisé à l’utiliser chez lui? Mais le problème de Mal dépasse le ciment et le fer.

Lorsque les installations exposent la corruption du système, regardez les routes, les bâtiments, les ponts et les ouvrages publics: des projets sont inaugurés, puis, quelques mois seulement plus tard, leurs défauts apparaissent, certains atteignant un stade où l’ouvrage devient dangereux pour ses usagers. Observez également les incendies récents qui ont touché les centrales électriques de Nouakchott, accompagnés de larges coupures d’électricité. La répétition des pannes, des incendies et des effondrements impose une question plus large: le problème vient‑il des matériaux?

Des marchés? De l’exécution? De la maintenance?

Du contrôle? Ou d’un système complet qui permet à la défaillance de passer? Un ouvrage qui montre des défauts graves quelques mois après son inauguration soulève inévitablement des interrogations sur la qualité des matériaux, la précision des études, l’intégrité des marchés, l’efficacité de l’exécution et l’indépendance du contrôle.

Qui surveille les médicaments et les aliments ne peut pas être laissé à la construction. S’il existe des fraudes dans les médicaments et les aliments, il ne faut pas s’étonner que la fraude trouve son chemin jusqu’aux matériaux de construction. Celui qui met en danger la santé du citoyen avec un médicament falsifié ou un aliment avarié ne devrait pas non plus compromettre sa sécurité avec du ciment ou du fer non conformes.

Un médicament falsifié peut tuer un patient, un aliment avarié peut empoisonner une famille, et des matériaux de construction falsifiés peuvent faire s’effondrer une maison sur la tête de ses occupants. Le corruption passe alors d’un vol du trésor public à une menace directe pour la vie des citoyens. Dans les pays qui respectent leurs populations, le responsable démissionne.

Il existe une grande différence entre un État où le poste est perçu comme une responsabilité et une fiducie, et un État où le poste devient une protection contre la responsabilité. Dans les pays où la culture de la responsabilité politique est ancrée, le responsable concerné, lorsqu’une catastrophe grave survient, peut présenter sa démission ou assumer la responsabilité politique avant la fin de l’enquête, afin de ne pas donner l’impression d’attendre le résultat de l’enquête pour savoir s’il sera puni ou non. En Mauritanie, c’est l’inverse: le responsable reste en place, une commission d’enquête est constituée, puis, s’il faut imposer une sanction, on recherche le maillon le plus faible et le moins influent de la chaîne pour le présenter comme bouc‑émissaire.

Ainsi, l’affaire se termine par la punition du maillon le plus faible, tandis que le système qui a produit l’erreur demeure intact. C’est précisément ce qui empêche les responsables de craindre les comptes. Un responsable qui sait que le pire qui puisse lui arriver est de passer d’un poste à un autre, ou d’être retiré d’un poste pour revenir à un poste plus élevé, n’a pas les incitations suffisantes pour imposer un contrôle strict.

Le problème n’est pas seulement l’absence de sanction, mais l’absence de la peur légitime de la responsabilité. Monsieur le Président, la responsabilité commence par le bas. Le Président de la République n’est ni ingénieur ni entrepreneur, il n’est pas tenu d’inspecter lui‑même le fer et le ciment.

Mais il est responsable du système étatique qui choisit les responsables, leur confère leurs pouvoirs, les contrôle et les rend compte. C’est là que repose la responsabilité politique majeure du Président. Le peuple l’a élu à deux reprises, lui a accordé sa confiance et son intégrité, dans l’attente d’un État qui protège son argent et la vie de ses enfants.

Mais lorsque des responsables qui ont échoué dans leurs missions sont à nouveau placés en fonction, ou que des doutes entourent la performance de certains, ou qu’un responsable quitte son poste pour en occuper un autre sans être sanctionné, le problème ne se limite plus au seul fonctionnaire. La nomination d’un responsable est une fiducie, son habilitation est une responsabilité, et ne pas le tenir pour responsable constitue une négligence de la fiducie. Il ne suffit pas que le Président soit bienveillant et moral; l’État a besoin de fermeté pour dissuader les corrompus et faire comprendre aux responsables que le poste est une responsabilité et non une impunité.

Il ne suffit pas de tenter de réparer ce qui s’est effondré à l’instant: il faut une révision globale du système de construction et des marchés publics: un examen indépendant des matériaux de construction, une réévaluation des projets où des défauts précoces sont apparus, un audit des marchés et de leurs coûts, la mise en cause de tous les responsables avérés, et la publication des résultats d’enquête au public. Le problème n’est pas qu’une installation s’effondre puis soit reconstruite. Le problème est de la reconstruire de la même manière, avec les mêmes mentalités, et d’attendre qu’elle s’effondre à nouveau.

Monsieur le Président, le moment est venu de prouver que l’État est plus fort que les réseaux d’intérêts, que la loi l’emporte sur le pouvoir, et que la vie du citoyen vaut plus que n’importe quel marché. Les effondrements à Mal, les incendies des centrales électriques et les défauts précoces qui apparaissent dans plusieurs ouvrages ne sont pas de simples accidents isolés à réparer; ce sont des signaux d’alarme pour un système qui a besoin de réformes. La question à laquelle les Mauritaniens attendent une réponse n’est pas: qui constituera la commission d’enquête?

Mais: qui sera tenu pour responsable? Qui démissionnera? Qui empêchera la répétition des échecs?

Qui mettra fin à un système qui sacrifie ses maillons les plus faibles à chaque catastrophe, tandis que les personnes influentes restent à l’écart de toute responsabilité? Le peuple a confié au Président de la République la fiducie de l’État. Cette fiducie ne se complète pas par la bonne volonté; elle exige un bon choix, un bon contrôle et une fermeté dans la reddition de comptes.

Si le Président ne répare pas le système des hommes, du contrôle et des marchés, la Mauritanie continuera à réparer ce qui s’effondre, au lieu d’empêcher l’effondrement. Et cela constitue une catastrophe.

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