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Des vacances ou une nouvelle saison de mise en scène ?

Par Ahmed Mohamed Hamada — Écrivain et analyste politique En Mauritanie, les vacances viennent parfois avec leur propre mise en scène. Ces jours-ci, à la faveur de l’appel lancé par le président de la...

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D'après les sources officielles, la Mauritanie n’a pas découvert aujourd’hui le prestige social Dans la société traditionnelle, la réputation se construisait déjà autour de la générosité, de l’hospitalité, du savoir, des relations, de la noblesse familiale et de la capacité à rassembler les hommes. La modernité n’a pas supprimé ces critères: elle leur a simplement ajouté de nouveaux symboles. La voiture, la maison, le voyage, les vêtements de marque, la fonction publique, la cérémonie fastueuse et désormais le nombre de vues sur les réseaux sociaux sont venus compléter l’ancien répertoire du prestige.

Les codes ont changé, mais la recherche de reconnaissance demeure. C’est pourquoi parler systématiquement de « complexe d’infériorité » serait également réducteur. Certains cherchent peut-être à afficher une réussite récente pour convaincre ceux qui les ont connus autrefois.

Mais beaucoup d’autres accueillent simplement un proche par affection, organisent un grand mariage par joie ou dépensent généreusement parce qu’ils considèrent la générosité comme une valeur fondamentale.La réalité est donc plus nuancée. Elle se situe à la rencontre de plusieurs phénomènes: besoin de reconnaissance, poids du regard collectif, évolution économique, nouvelles habitudes de consommation et influence croissante des réseaux sociaux. Derrière tout cela se cache peut-être une question plus importante: qu’est-ce que réussir en Mauritanie aujourd’hui?

Est-ce avoir de l’argent? Occuper un poste important? Conduire une belle voiture?

Construire une grande maison? Organiser un mariage impressionnant? Être accueilli par un long cortège lorsqu’on revient dans son village?

Ou bien la réussite devrait-elle aussi se mesurer à la compétence, à l’intégrité, au savoir, à la qualité du travail accompli et aux services rendus à la collectivité? Le problème est que les premières choses se voient immédiatement. Une voiture se photographie.

Un cortège se filme. Une réception se diffuse en quelques secondes. La compétence, elle, demande du temps.

L’intégrité ne produit pas nécessairement une image spectaculaire. Le véritable travail laisse rarement une trace sur TikTok ou Facebook C’est précisément pourquoi l’appel du président de la République à passer les vacances dans les localités d’origine peut prendre une dimension beaucoup plus intéressante qu’un simple déplacement saisonnier. Il peut être l’occasion de retrouver une relation plus directe avec les citoyens, loin des rapports administratifs, des réunions officielles et des filtres institutionnels.

Le véritable intérêt du retour d’un responsable n’est pas le nombre de voitures qui l’accompagnent. Ce n’est pas non plus le nombre de photographies publiées sur les réseaux sociaux. C’est sa capacité à s’asseoir parmi les siens sans protocole, à parcourir le marché, à écouter un jeune à la recherche d’un emploi, un agriculteur confronté à une difficulté, un enseignant préoccupé par son école ou une famille qui attend simplement un service public.Dans cette perspective, les vacances peuvent devenir un moment de vérité.Un moment où le responsable voit les citoyens tels qu’ils vivent réellement, et non tels qu’ils apparaissent dans les dossiers administratifs.

Un moment où il mesure les attentes, les frustrations et les espoirs de ceux qui l’ont connu avant son entrée dans les cercles du pouvoir. Car une fonction publique est toujours temporaire. Les titres changent, les gouvernements passent, les responsabilités se succèdent.

Les villages, eux, restent. Les familles restent. La mémoire collective reste.

Et surtout, les problèmes des citoyens restent lorsque les cérémonies sont terminées. Il ne s’agit donc ni de condamner les accueils, ni de renoncer à la générosité, ni de demander aux Mauritaniens de cesser de célébrer leurs enfants. Une société a le droit d’être fière de ceux qui réussissent.

Elle a aussi le droit de faire de la fête un moment de communion.Mais la frontière mérite d’être préservée: celle qui sépare la joie de la démonstration, la générosité de la compétition et la reconnaissance de la flatterie.Le problème n’est pas le cortège. C’est lorsqu’il devient une mesure de l’influence. Le problème n’est pas le mariage somptueux C’est lorsqu’il devient une preuve de réussite sociale.

Le problème n’est pas l’accueil chaleureux d’un responsable. C’est lorsqu’il devient une manière de montrer à tous qu’il « compte ».La question n’est donc peut-être pas de savoir pourquoi les Mauritaniens aiment se montrer. Elle est plus profonde: pourquoi avons-nous parfois besoin que notre réussite soit visible pour qu’elle soit reconnue?Nous sommes probablement entre deux époques.

Une société ancienne, où le prestige reposait largement sur la générosité, la réputation, les relations et la capacité à rassembler, rencontre une société nouvelle où l’argent, la fonction, la consommation et l’image occupent une place croissante.Les deux mondes coexistent désormais.Le responsable finira par rentrer de vacances. Les voitures repartiront. Les haut-parleurs se tairont.

Les délégations se disperseront Les photographies finiront par disparaître dans le flot quotidien des publications.Mais dans les villages et les villes, les mêmes attentes resteront: une école qui fonctionne mieux, une route praticable, un centre de santé opérationnel, une opportunité pour un jeune, une administration plus proche et un État qui respecte davantage le citoyen. C’est là que se fera la véritable différence entre un responsable que l’on applaudit et un responsable dont on se souvient. Peut-être que la plus belle conséquence de cette invitation à passer les vacances dans son lieu d’origine serait finalement que le responsable y retourne non pour compter ceux qui sont venus l’accueillir, mais pour mesurer tout ce qui reste à faire.

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