Politique·

La fièvre des troisièmes missions… bataille réelle ou diversion politique ?

À mesure que la fin du second mandat du président mauritanien approche, une note familière revient sur le devant de la scène : des voix réclament un troisième mandat, d’autres le mettent en garde, et entre les deux un débat constitutionnel, politique et médiatique grandit progressivement jusqu’à presque se transformer en…

AI
Alakhbar.infoTraduit de l'arabe
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Ainsi, le « troisième mandat » devient un sujet politique très attractif, car il divise facilement le débat en deux camps: partisans et opposants, alors que les enjeux sociaux et de développement nécessitent un débat plus complexe et moins sensationnel. Distraction des élites ou opportunité pour le régime? Sous cet angle, la persistance du débat autour du troisième mandat peut être bénéfique pour le régime même s’il n’en est pas l’auteur.

Les élites opposées et favorables se distraient dans la polémique, les médias trouvent un sujet quotidien, la rue suit un débat politique continu, tandis que le pouvoir, en contrepartie, conserve un espace plus large pour gérer ses dossiers tranquillement et se préparer aux échéances à venir. Le plus important, c’est que cette occupation peut retarder la préparation des forces politiques aux prochaines élections présidentielles. Si tout le monde attend la réponse à la question « Y aura‑t‑il un troisième mandat?

», la question la plus importante peut être repoussée: qui sera le candidat capable de rivaliser s’il n’y a pas de troisième mandat? C’est là qu’une des plus grandes paradoxes politiques se trouve. Le régime, en réalité, pourrait ne pas être intéressé par une modification constitutionnelle, mais il n’a aucun intérêt à clôturer le débat tant que celui‑ci épuise ses adversaires et reporte leur passage à la phase de préparation sérieuse des élections.

Dans ce cas, le mystère même prend une valeur politique. Et si le dossier était tranché? Si le président annonçait, au moment opportun et de façon claire, qu’il ne cherche ni à modifier la Constitution ni à obtenir un troisième mandat, beaucoup de bruit politique tomberait d’un coup.

Les forces politiques seraient alors contraintes de quitter le cadre du « oui ou non du mandat », pour passer à un terrain plus difficile: préparer les candidats, construire des alliances, rédiger des programmes, s’adresser aux électeurs et se préparer réellement aux élections. C’est précisément ce qui peut ne pas convenir à certains acteurs. La bataille du mandat est relativement simple: soit on est pour, soit on est contre.

Proposer un candidat capable de rivaliser, convaincre les électeurs avec un programme alternatif et bâtir un réseau politique et social étendu est une tâche beaucoup plus complexe. Ainsi, la décision du président, s’il la prend, ne sera pas seulement une position constitutionnelle; elle constituera également un véritable test de la sérieux de la classe politique et de sa préparation à la transition démocratique. Le Sénégal: la leçon, pas la recette.

L’expérience sénégalaise mérite d’être rappelée, non pas comme un modèle à transposer à la Mauritanie, mais comme un avertissement sur le danger de transformer les textes constitutionnels en terrain d’interprétation quand il s’agit du maintien du président au pouvoir. En 2012, le président Abdoulaye Wade s’est présenté à un troisième mandat malgré le débat sur la constitutionnalité de sa candidature, estimant que les nouvelles restrictions sur le nombre de mandats ne s’appliquaient pas rétroactivement à son premier mandat. Sa candidature a déclenché des manifestations et une crise politique, avant qu’il ne perde les élections face à Macky Sall.

Ce dernier a, en 2016, révisé la Constitution, parmi les réformes réduisant le mandat présidentiel de sept à cinq ans, et la question du calcul des mandats et du droit de se représenter a continué d’alimenter le débat politique et juridique, jusqu’à ce que Sall tranche la question en 2023 en annonçant qu’il ne se présenterait pas pour un nouveau mandat en 2024. La leçon sénégalaise n’est pas que toute modification constitutionnelle conduit inévitablement à une crise, mais que la clarté des règles de la succession au pouvoir reste préférable à leur laisser‑être à l’interprétation politique. S’il n’y a pas de troisième mandat… quoi après?

Peut‑être est‑ce la question qui devrait davantage préoccuper les Mauritaniens. Si le deuxième mandat se termine conformément aux règles constitutionnelles, le pays entrera dans une nouvelle élection présidentielle. À ce moment‑là, les forces politiques devraient déjà être prêtes.

Il ne s’agit pas d’attendre la dernière minute, ni de se contenter de rassembler les positions opposées au président, ni de miser sur une crise sociale ou une erreur politique du régime. Des élections sérieuses exigent un candidat sérieux, un programme clair, une équipe politique et un discours capable de convaincre les électeurs. Le débat autour du troisième mandat peut alors devenir une occasion manquée pour les forces politiques s’il s’éternise: il leur fournit un sujet prêt à la discussion et les dispense du travail le plus difficile: fabriquer l’alternative.

L’État avant les personnes. En fin de compte, l’avenir de la Mauritanie ne doit pas dépendre uniquement du président. Si les deux mandats ont produit des projets, des politiques et des réformes, la véritable valeur de cette expérience réside dans sa capacité à se poursuivre après le changement de président.

Un État qui a besoin de la présence d’une seule personne pour que ses projets continuent n’est pas un État d’institutions pleinement consolidées. Un État fort est celui où le président peut partir, les institutions perdurent, les projets se maintiennent, les élections se tiennent, et un nouveau président peut bâtir sur ce qui a été fait ou corriger la trajectoire. C’est pourquoi la question politique la plus importante n’est peut‑être pas: « Le président veut‑il un troisième mandat?

» mais: « La Mauritanie, son président, son régime, ses partis, ses élites et sa société, se préparent‑elles aux élections post‑deuxième mandat? » Si le président veut un troisième mandat, la question doit être débattue ouvertement dans le cadre constitutionnel et institutionnel. S’il n’en veut pas, le meilleur scénario est que la décision soit prise clairement, afin que le pays cesse de gaspiller son temps dans une bataille virtuelle et que les forces politiques se tournent vers la préparation d’un véritable échéancier électoral.

Alors seulement la question passera de « Le président restera‑t‑il? » à celle qui devrait être le centre de toute élection démocratique: qui peut convaincre les Mauritaniens d’être le plus apte à diriger la prochaine phase?

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