Rapport : l’intelligence artificielle devient un outil dans la lutte d’influence médiatique au Mali.
L'intelligence artificielle est entrée progressivement dans la guerre de l'information au Mali, avec une utilisation limitée du groupe Nasserat al‑Islam wal‑Muslimin lié à Al‑Qaïda, contre une utilisation plus régulière des autorités maliennes et de la Russie pour produire du contenu...

Selon les dernières informations, l’intelligence artificielle s’est introduite progressivement dans la guerre de l’information au Mali, avec une utilisation limitée de la part du groupe « Soutien de l’Islam et des Musulmans » lié à Al‑Qaïda, contre une exploitation plus régulière par les autorités maliennes et la Russie pour produire du contenu et influencer l’opinion publique, selon un rapport de l’institut Tembuktu. L’institut indique que le groupe reste en « phase expérimentale limitée » dans l’usage de l’intelligence artificielle, soulignant la détection d’affiches générées par cette technologie pour promouvoir, via ses canaux de propagande, des enregistrements vidéo réels d’attaques survenues le 25 avril. Il ajoute que le groupe pourrait élargir l’usage de l’intelligence artificielle à l’avenir, notamment pour traduire le matériel de propagande et accélérer la production de contenu.
En revanche, le rapport a relevé l’utilisation de comptes informels liés au Front de libération d’Azawad pour l’intelligence artificielle afin de produire du contenu destiné aux réseaux sociaux. Il indique que le personnage du combattant touareg « Azghim », qui diffuse des déclarations fortement opposées aux forces russes de « Africa Corps », n’est pas réel mais généré par l’intelligence artificielle, même si son apparence révèle certains défauts d’image. L’institut estime que l’usage de personnages artificiels peut offrir aux mouvements armés un moyen de présenter une image plus humaine, de cibler des publics spécifiques et d’étendre leur diffusion, ainsi que de soutenir le recrutement sans mettre en danger de vraies personnes.
Quant à la Russie, via « Africa Corps », qui a remplacé le groupe Wagner, et les autorités maliennes, le rapport décrit leur usage de l’intelligence artificielle comme plus « professionnel et méthodologique », l’employant pour créer des vidéos trompeuses, des enregistrements « deep‑fake » et des commentaires sur les réseaux sociaux. Ces matériels s’inscrivent dans des campagnes plus larges visant à soutenir les autorités maliennes et la Russie et à attaquer la France, le groupe économique des États d’Afrique de l’Ouest et les organisations de défense des droits humains, tout en faisant la promotion de prétendues victoires de l’armée malienne sur le groupe « Soutien de l’Islam et des Musulmans » et le Front de libération d’Azawad. L’institut indique que certains de ces contenus ont atteint environ cinq millions de vues, considérant que cet usage intensif de l’intelligence artificielle vise à influencer le flux d’information et à façonner les opinions du public, pouvant détourner l’attention de la réalité de la situation sécuritaire sur le terrain.
Le rapport met en garde contre le risque que l’usage de l’intelligence artificielle passe de la propagande et de l’influence médiatique à des applications opérationnelles, notamment l’aide à la direction de frappes de drones, ce qui pourrait lui conférer le rôle de « multiplicateur de force » dans les conflits au Mali et dans la région du Sahel.