Une réalité tragique, du chaos et une absence de contrôle… résumé d’un an et demi d’expérience du transport en Mauritanie.
Les Nouvelles (Nouakchott) – avec le ton de l’expert dont les voyages ont affûté son expérience pendant près d’une décennie et demie, ce qui lui a conféré une connaissance des détails du métier, de ses défis et des coulisses de la souffrance de ses praticiens, le chauffeur Mohamed Al‑Kouri Ould Mohamadi décrit dans une interview…

D'après les sources officielles, **Les Nouvelles (Nouakchott)** – Avec le ton d’un connaisseur dont les voyages ont affûté l’expérience pendant près d’une décennie et demie, le chauffeur Mohamed Kouri Ould Mohamedi décrit, dans une interview accordée à l’Agence des Nouvelles Indépendantes, la situation de ses collègues comme « tragique », en l’attribuant au chaos qui règne dans le transport public et à l’absence de contrôle des autorités compétentes. À chaque aube, le chauffeur Mohamed Kouri Ould Mohamedi reprend sa routine quotidienne dès le petit matin au carrefour routier communément appelé « arrêt de Tougnin ». Il parcourt les rues à la recherche de tout passager près de la station, espérant qu’un voyageur occupe les sièges libres de son véhicule, dont la destination n’est pas encore fixée.
Parfois, l’attente de la pleine capacité des passagers s’allonge, mêlant la chaleur accablante de la capitale aux atmosphères automnales des villes de l’intérieur. L’inquiétude grandit face aux plaintes de certains voyageurs qui se lamentent du retard; le cœur du chauffeur bat alors constamment, espérant compléter le nombre de passagers et éviter la perte de ses clients attendus. Le mécontentement ne disparaît guère des visages des conducteurs, en raison des prix élevés des carburants, notamment du « gazole » le plus utilisé dans le pays, ce qui les contraint à une équation difficile: des négociations ardues et répétées avec chaque passager pour éviter la perte, poussés par les besoins familiaux qui les obligent chaque jour à gagner ce qui suffit à nourrir leurs proches.
**Marginalisation et chaos** Le chauffeur Mohamed Kouri Ould Mohamedi considère, dans son entretien avec l’Agence des Nouvelles Indépendantes, le transport comme marginalisé par l’autorité de régulation, qui n’a pas organisé les conducteurs aux stations de transport routier, selon ses mots. Il se plaint que les « conducteurs non‑documentés », qualifiés de « transporteurs sans papiers », imposent aux citoyens des tarifs à leur convenance, ce qui nuit aux conducteurs qui doivent payer d’importantes sommes pour remplir les exigences du transport. Il souligne qu’un transporteur souhaitant entrer dans le secteur après l’acquisition d’un véhicule personnel devra débourser environ 100 000 ouguiyas anciens pour obtenir les documents officiels.
Pourtant, il se retrouve en concurrence avec ceux qui ne possèdent pas ces documents complets, ce qui les pénalise dans leur métier. Il s’étonne de l’absence de contrôle gouvernemental sur l’identification des véhicules, qui permet de distinguer ceux autorisés à exercer le transport public de ceux qui ne le sont pas; ainsi, tout le monde pratique la profession. **Coûts et souffrances** Mohamed Kouri Ould Mohamedi ajoute que ce contexte s’ajoute à la hausse du prix du gazole, passé de 400 à 600 ouguiyas anciens, les obligeant à attendre longtemps sur le bord de la route en raison du faible nombre de passagers, conséquence de l’augmentation des tarifs des billets de transport.
Il signale les dommages continus causés par les points de contrôle qui leur imposent des taxes qu’il qualifie de « extorsion » à chaque trajet, ainsi que les frais liés au transport de bagages sur leurs véhicules, parfois supérieurs aux recettes générées par les frais de transport. Il attribue la hausse des prix des billets à l’augmentation du prix du « gazole », les contraignant à s’adapter, à faire preuve de tolérance envers les passagers, bien que leurs revenus ne couvrent pas leurs dépenses. Ils cherchent néanmoins à éviter la perte d’opportunités de déplacement, leur unique source de subsistance pour subvenir aux besoins de leurs enfants.
**Propositions et recommandations** Mohamed Kouri Ould Mohamedi propose au gouvernement d’adopter un plan qui permette aux transporteurs de vivre dignement et de recevoir la reconnaissance qui leur revient, d’autant plus que la plupart d’entre eux sont les soutiens de leurs familles et que cette profession représente pour eux la seule source de revenus. Il suggère également la création d’un plan d’organisation des transporteurs de stations, leur offrant une protection contre ce qu’il qualifie d’« extrémistes », tout en critiquant l’absence de sécurité aux stations de transport public, qui en ont pourtant besoin, les voyageurs étant exposés aux vols lorsqu’ils se rassemblent aux stations. Il insiste sur la demande faite aux autorités compétentes d’agir pour réduire les prix en général, notamment ceux des carburants, d’améliorer les conditions de travail des transporteurs, de les placer dans un cadre adéquat, et de trouver une solution définitive à la problématique d’identification des véhicules afin de distinguer clairement ceux autorisés à exercer le transport public de ceux qui ne le sont pas.