Sécurité·

Le 11 septembre… un quart de siècle de transformations : de New York à la côte.

Le 11 septembre 2001, le monde s’est réveillé face à des images que personne n’aurait imaginées faire partie de sa mémoire : des avions civils transformés en armes de mort, des tours effondrées au cœur de New York, et de la fumée s’élevant au-dessus de la capitale américaine…

AI
Alakhbar.infoTraduit de l'arabe
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Il ressort que en quelques heures, les États‑Unis sont passés d’un sentiment de puissance et de sécurité à un état de choc, tandis que le monde prenait conscience que la nature des conflits internationaux commençait à changer. Ce jour‑là n’était pas un incident isolé surgissant de nulle part. Il était le résultat de décennies de transformations politiques et sécuritaires, de l’ascension d’Al‑Qaïda dans le cadre de la guerre afghane contre l’Union soviétique, puis de son passage à un projet transfrontalier, profitant des crises de la région et de l’environnement offert par l’Afghanistan sous les Talibans.

Comprendre le contexte ne signifie en aucun cas justifier le crime. Comprendre les circonstances exploitées par les organisations extrémistes, c’est une chose; légitimer la violence contre les civils en est tout autre. On ne peut appréhender le climat politique qui précédait le 11 septembre sans s’arrêter sur la question palestinienne.

La position américaine, aux yeux d’une large partie de l’opinion publique arabe et islamique, était clairement biaisée en faveur d’Israël, que ce soit par le soutien politique et militaire ou par l’usage de l’influence diplomatique des États‑Unis, tandis que Washington semblait incapable ou peu disposé à exercer une pression suffisante sur Israël pour mettre fin à l’occupation, aux colonies et parvenir à une solution garantissant aux Palestiniens leurs droits nationaux. Ce parti pris, conjugué aux scènes de conflit, d’occupation et aux souffrances palestiniennes, a alimenté un sentiment de profonde injustice et de frustration parmi de nombreux jeunes arabes et musulmans. Al‑Qaïda a exploité intensément ce sentiment dans son discours de propagande, présentant la politique américaine envers Israël et la cause palestinienne comme la preuve d’une double morale, cherchant à transformer la colère politique en carburant pour l’extrémisme et la violence.

Ainsi, on peut dire que la politique américaine vis‑à‑vis de la cause palestinienne a été l’un des facteurs qui ont créé un environnement psychologique et politique que Al‑Qaïda a exploité pour attirer certains jeunes, même si ce n’était pas le seul facteur, et cela ne justifie en aucun cas la cible des civils. La compréhension de cet environnement ne serait pas complète sans considérer également le contexte interne du monde arabe. Dans plusieurs pays arabes, les peuples ont souffert pendant des décennies de régimes politiques fermés, de libertés limitées, de participation politique restreinte, de répression de l’opposition, ainsi que de corruption, d’absence d’égalité des chances et de manifestations d’injustice sociale.

Pour plusieurs générations de jeunes, le problème ne résidait pas seulement dans la politique extérieure, mais dans une réalité intérieure où leurs voix ne parvenaient pas aux institutions de l’État, où le changement pacifique semblait limité voire impossible. Dans de tels environnements, la frustration devient un terrain exploitable. Al‑Qaïda s’est présentée à certains jeunes comme une alternative aux régimes qu’elle qualifiait de corrompus et despotiques, liant dans son discours l’injustice interne à ce qu’elle considérait comme une domination extérieure.

Ainsi, sa propagande réunissait deux griefs différents: la colère contre les politiques internationales et la colère contre les situations intérieures. L’autoritarisme n’a pas été la cause directe et unique du terrorisme, mais il a parfois contribué à créer un sol psychologique, social et politique propice à l’extrémisme et au recrutement. C’est un point crucial pour comprendre l’histoire: les organisations extrémistes ne créent pas toujours les injustices dont elles parlent, mais elles savent exploiter les injustices réelles et les transformer en outils de recrutement et de mobilisation.

Par conséquent, lutter contre l’extrémisme ne signifie pas justifier les actes des extrémistes, mais aussi traiter les conditions politiques et sociales que les groupes radicaux peuvent exploiter. De nombreux signaux indiquaient une montée du danger d’Al‑Qaïda avant septembre 2001, mais les institutions américaines n’ont pas réussi à transformer les informations dont elles disposaient en une image claire nécessitant une réponse exceptionnelle. La commission d’enquête américaine a ensuite conclu à des défaillances de conception, de politique, de capacités et de gestion, estimant que l’ampleur et la nature de la menace n’avaient pas été comprises de façon suffisante.

C’est alors qu’un nouveau chapitre a commencé. Les États‑Unis ont lancé leur guerre en Afghanistan, renversé le régime des Talibans et frappé les infrastructures d’Al‑Qaïda. Au départ, la guerre semblait être une réponse directe aux attaques et une poursuite des responsables, mais elle s’est progressivement transformée en un conflit long et complexe, incluant la reconstruction de l’État et la lutte contre la rébellion talibane.

Vint ensuite la guerre d’Irak en 2003, ouvrant l’une des pages les plus controversées de la période post‑11 septembre. Washington a engagé la guerre dans un climat politique et sécuritaire façonné par les attaques du 11 septembre, mais ce n’était pas une guerre contre les auteurs des attaques, et les enquêtes américaines n’ont pas prouvé que le régime de Saddam Hussein était responsable des attentats ou qu’il entretenait des liens opérationnels avec Al‑Qaïda. Si les attentats du 11 septembre constituaient un crime terroriste atroce, la manière dont les États‑Unis les ont exploités politiquement et militairement a soulevé d’importantes questions sur les limites de la réponse au terrorisme.

Le choc engendré par les attaques est devenu un prétexte large à ce qui a été appelé « guerre contre le terrorisme », et cette guerre s’est étendue de la traque d’Al‑Qaïda à des opérations militaires et des politiques de sécurité s’étendant à divers pays et régions. Selon les critiques de la politique américaine, le slogan de lutte contre le terrorisme a parfois servi à justifier des pratiques militaires et sécuritaires entraînant de lourdes pertes civiles et des violations qui ont suscité de vifs débats sur les droits humains et le droit international. La guerre d’Irak a été un exemple marquant de cette expansion, contribuant à déstabiliser la région, créant des vides sécuritaires et politiques exploités par la suite par des groupes armés et extrémistes.

C’est ainsi qu’est apparue une douloureuse paradoxe: les États‑Unis ont déclaré la guerre au terrorisme en défense des victimes du 11 septembre, mais certaines conséquences de cette guerre ont engendré de nouvelles victimes, de nouvelles crises et des environnements favorisant la montée de l’extrémisme. Dès lors, il est légitime de poser la question critique: les États‑Unis ont‑ils réellement traité les racines du danger, ou certaines de leurs politiques post‑septembre ont‑elles, indirectement, contribué à reproduire l’environnement qui alimente la violence? Répondre au terrorisme peut être nécessaire, mais lorsqu’il se transforme en guerres ouvertes ou en violations des droits humains, il fournit aux organisations extrémistes de nouveaux matériaux de propagande et de recrutement.

Les répercussions de ce processus ne se sont pas limitées à l’Afghanistan, à l’Irak et au Moyen‑Orient. Avec l’élargissement de la guerre contre le terrorisme, ses effets ont progressivement émergé en Afrique, notamment dans le Sahel, où la fragilité de certains États s’est mêlée à des conflits locaux, à la prolifération des armes et à la faiblesse du contrôle des frontières. Au fil du temps, le Sahel est passé d’une zone marginale dans les calculs sécuritaires internationaux à l’un des principaux théâtres de lutte contre les groupes armés.

Les frontières seules ne suffisent plus à stopper la circulation des idées, des armes et des combattants, tandis que la faiblesse des institutions étatiques dans certaines zones crée un environnement propice à la croissance des organisations extrémistes. Ainsi, l’héritage du 11 septembre, indirectement et sous différentes formes, s’est propagé des montagnes afghanes aux déserts du Sahel. Dans cette vaste région, le terrorisme n’est plus seulement un problème de sécurité transfrontalier, mais le résultat d’une interaction de multiples facteurs: faiblesse de l’État, pauvreté, conflits locaux, trafic, sous‑développement, rivalités régionales et internationales, ainsi que la capacité des organisations extrémistes à exploiter les griefs locaux et à les relier à une idéologie transfrontalière.

Il était donc naturel que la Mauritanie se retrouve au cœur de cette équation. Sa situation géographique, ses longues frontières et sa proximité avec les foyers de tension au Mali en font partie du dispositif sécuritaire du Sahel, rendant sa stabilité intérieure fortement liée à ce qui se passe autour d’elle. Mais la Mauritanie n’a pas abordé ce défi comme une simple extension de la guerre des autres.

Elle a rapidement compris que le danger ne résidait pas seulement dans la capacité des groupes armés à mener des attaques, mais aussi dans leur aptitude à exploiter les vides sécuritaires, sociaux et intellectuels. Ainsi, le pays a renforcé ses capacités militaires et sécuritaires, durci le contrôle des frontières et développé des mécanismes de prévention plutôt que d’attendre que le danger atteigne les villes et les centres de population. Cette expérience mauritanienne peut être comprise dans un cadre plus large.

Alors que certaines approches internationales se concentraient fortement sur l’intervention militaire, la Mauritanie a tenté de concilier vigilance sécuritaire et renforcement interne, consciente que la protection du pays ne commence pas seulement aux frontières, mais aussi par la capacité de l’État à maintenir la cohésion de la société, à renforcer la présence de ses institutions et à offrir aux citoyens, en particulier aux jeunes, la possibilité de participer à la vie publique. C’est peut‑être la leçon la plus importante à tirer de l’expérience mauritanienne: lutter contre l’extrémisme ne consiste pas seulement à traquer ceux qui portent les armes, mais à empêcher les conditions qui poussent un jeune à croire que la violence est son unique voie de changement. Plus l’État est juste, plus ses institutions sont présentes, et plus les perspectives des jeunes sont larges, moins l’espace de manœuvre des groupes extrémistes se trouve disponible.

De ce point de vue, la Mauritanie se trouve devant une double responsabilité: préserver les gains sécuritaires obtenus et, en même temps, poursuivre la construction d’un État où le citoyen sent que la loi le protège, que sa voix est entendue et que le changement est possible par des moyens pacifiques. Une sécurité dépourvue de stabilité sociale et politique reste fragile, et une stabilité non soutenue par des institutions fortes reste sujette à des secousses. Après près d’un quart de siècle, que reste‑t‑il du 11 septembre?

Il reste d’abord la mémoire des victimes, les familles dont le deuil ne s’est pas limité à ce jour. Il reste New York, qui a reconstruit le site, la mémoire des pompiers, policiers, ambulanciers et de tous ceux qui ont tenté de sauver des vies lors de ce moment exceptionnel. Il reste également un héritage politique et sécuritaire profond: un monde plus strict dans le contrôle des frontières et des aéroports, des services de renseignement plus présents, des sociétés plus sensibles au terrorisme et à l’extrémisme.

Mais subsiste aussi la question de la justice internationale, au cœur de laquelle se trouve la cause palestinienne. Après toutes ces années, les États‑Unis continuent de faire face à leur dilemme au Moyen‑Orient: comment être un allié stratégique d’Israël tout en restant un médiateur de confiance pour les Palestiniens et les Arabes? Le maintien du parti pris américain en faveur d’Israël, sans une pression réelle garantissant les droits des Palestiniens, reste un facteur qui alimente la colère et la frustration que les organisations extrémistes peuvent exploiter, même si ces sentiments ne justifient pas le terrorisme ni ne font de la cause palestinienne la seule cause.

Voilà l’une des leçons encore mal assimilées depuis le 11 septembre: la sécurité durable ne se construit pas uniquement par la force, mais nécessite également de traiter les sources d’injustice et de sentiment d’exclusion, qu’elles découlent de politiques internationales ou de situations internes. Le monde a changé ce matin‑là, mais le terrorisme n’est pas terminé, les guerres n’ont pas éliminé les injustices, et la seule politique militaire n’a pas pu instaurer la stabilité. Après environ vingt‑cinq ans, la question centrale n’est plus tant « Que s’est‑il passé le 11 septembre?

» que « Qu’a‑t‑on appris de ce jour, et que aurait‑on pu faire différemment pour que la colère face à de réelles injustices ne devienne pas du carburant pour l’extrémisme, et que la réponse au terrorisme ne devienne pas à son tour une nouvelle source de conflits? » La Mauritanie, de par sa position et son expérience dans un environnement côtier turbulent, pourrait offrir un modèle différent: un État qui comprend que la lutte contre le terrorisme commence par la sécurité, mais ne s’y termine pas; que la protection des frontières est indispensable, mais que la protection de la société contre le découragement, la marginalisation et l’injustice est tout aussi cruciale. Voilà le souvenir qui mérite de perdurer: le souvenir des victimes, la leçon politique, la responsabilité des États de bâtir un monde à la fois plus sûr et plus juste.

Le 11 septembre n’a pas seulement été le jour où des tours se sont effondrées à New York, mais le jour où une longue chaîne d’événements a commencé à remodeler le monde. Après un quart de siècle, la leçon la plus importante demeure que le terrorisme ne naît pas d’un facteur unique et ne peut être vaincu uniquement par la force, et que la justice, tant à l’intérieur des États qu’au niveau des relations internationales, n’est pas un luxe politique, mais une composante même de la sécurité.

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