Économie·

Amboru Baba ne se fait pas tromper… L’histoire du pain boutilimitien âgé d’environ sept décennies.

Les nouvelles (Boutilimit) – Le nom « Baba » a marqué la mémoire des enfants de Boutilimit et le souvenir de ses habitants avec du pain de bois, étant, pendant de longues périodes, un signe particulier de la ville, intitulé : « Amboru Baba ma yitghaba », en référence à Baba Mohamed…

AI
Alakhbar.infoTraduit de l'arabe
Lire sur Alakhbar.info
Photo Alakhbar.info

Il ressort que l’expression locale « Imboru Papa ma yitghaba » (« Le Papa qui ne s’efface pas ») rend hommage à Papa Mohamed Mahmoud El Atrash, dont le métier a porté son nom pendant des générations. C’est sa fille, Abdatt, qui gère aujourd’hui la boulangerie qu’elle a héritée de son père, tentant de poursuivre l’activité initiée il y a plus de sept décennies, tout en maintenant le nom vivant dans une ville où les professions ont changé, les coûts de production ont grimpé et il devient de plus en plus difficile de trouver un artisan capable de fabriquer du pain au feu de bois, selon Abdatt. **Du service de police à la boulangerie** Le défunt Papa Mohamed Mahmoud El Atrash a commencé son métier en 1953, sept ans avant l’indépendance, après un passage à la gendarmerie nationale et un emploi à Nouadhibou.

De retour à Boutilimit, il s’est lancé dans l’achat et la vente de pain, mais un différend avec ses partenaires l’a poussé à créer sa propre activité: la boulangerie. Papa a développé son projet jusqu’à faire du pain au feu de bois une véritable marque de la ville. Il a exercé jusqu’à sa « retraite » en 2020, après avoir laissé son nom et son emblème gravés dans la mémoire locale.

Son fils raconte que l’activité de son père ne se limitait pas à la boulangerie: il intervenait aussi dans la vie publique en appelant les habitants à la prière funéraire, en lavant les morts, en nettoyant les mosquées, en recherchant les enfants disparus, etc. **Un métier hérité** Dans une interview accordée à l’Agence des nouvelles indépendantes, Abdatt explique que les enfants du défunt ont hérité du métier de leur père, ce qui constitue aujourd’hui une source de revenu, tout en perpétuant les missions sociales que le père accomplissait. « Je sais que je ne pourrai jamais remplacer mon père, mais j’essaie de poursuivre ce qu’il a commencé, » affirme-t-il, ajoutant que certains de ses frères ont suivi la même voie après l’avoir formés, tandis que d’autres ont choisi d’autres secteurs.

Pour Abdatt, travailler à la boulangerie offre à la famille une ressource qui évite de recourir à des moyens plus précaires pour subvenir à leurs besoins, et il exprime sa fierté de perpétuer l’héritage de son père. **Deux boulangeries dans la mémoire** Abdatt rappelle que son père avait ouvert une première boulangerie dans le quartier d’« Ajnaka » en 1954, puis une seconde à « Montiaï‑Achtouna » en 1978, avant de s’installer dans la maison familiale où Abdatt est né et où il dirige aujourd’hui la boulangerie familiale. Il indique que les habitants de Boutilimit privilégient encore le pain cuit au feu de bois, surtout le matin, ce qui montre que la demande pour ce produit traditionnel persiste malgré les changements de mode de vie.

**Des difficultés croissantes** Cependant, la demande se heurte à des conditions de production de plus en plus ardues, notamment le coût du bois et de la farine, qui ont fortement augmenté. La recherche de bois les conduit parfois dans des zones éloignées, et l’achat auprès d’autres fournisseurs augmente encore le prix. Il souligne l’absence d’une organisation professionnelle ou d’une union qui régule le secteur, laissant les boulangers exposés au désordre.

Le prix de la farine est, selon Abdatt, le principal obstacle; il augmente chaque jour et, à Boutilimit, une hausse ne revient jamais à son niveau antérieur, contrairement à d’autres villes de l’est du pays où les prix ont baissé. Cette situation est d’autant plus paradoxale que Boutilimit se trouve plus près de la capitale Nouakchott que des villes de l’est. Abdatt accepte de payer un prix élevé si la hausse est temporaire, mais il critique la volatilité des prix entre les commerçants et le manque de régulation, qu’il qualifie d’« exploitation des opportunités ».

Il cite l’exemple de ceux qui achètent de la farine la nuit: le prix du sac passe de 10 000 à 12 000 ouguiya ancienne, soit à cause du timing d’achat, soit parce que le vendeur ajoute un coût supplémentaire. **Moins de main‑d’œuvre** Un autre fardeau du métier est la réduction de la main‑d’œuvre. Autrefois, la boulangerie employait près de 20 personnes; aujourd’hui, il est rare de trouver un ouvrier prêt à travailler le pain au feu de bois.

Cette pénurie s’explique par l’émigration des travailleurs vers d’autres activités: l’exploitation minière, la pêche, ou l’emploi dans les sociétés privées, qui attirent ceux qui auraient pu continuer dans les boulangeries traditionnelles. Abdatt insiste sur le fait que la fabrication du pain au feu de bois n’est pas une activité que l’on peut intégrer facilement; ceux qui ne connaissent pas les spécificités du procédé ont du mal à le pratiquer et à le maintenir. Malgré cela, la demande reste présente et les clients continuent d’acheter, même si le nombre de boulangers diminue.

**Entre le feu et le parfum du pain** Chaque matin, au petit jour, le fils de Papa Mohamed Mahmoud El Atrash s’efforce de poursuivre le métier que son père a lancé il y a sept décennies, de préserver sa place et sa réputation, même si le contexte qui a vu fleurir ce métier n’est plus le même aujourd’hui.

PartagerWhatsAppFacebookX
Sur le même sujet