Société·

Rafiqu’ avec la démocratie, ô Tawassoul… ce n’est pas ainsi qu’on fait entrer les chameaux.

J’ai lu le communiqué du parti du Rassemblement national pour la réforme et le développement « Tawassoul » concernant les appels réclamant la continuité de Son Excellence le Président de la République, Monsieur Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani. Le problème n’est pas que Tawassoul refuse ces appels ; il a sa position et ...

AW
Al WiamTraduit de l'arabe
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D'après les sources officielles, un dialogue qui se restreint à une opinion déclarée n’est pas un dialogue complet; un dialogue dont les sujets sont prédéterminés selon la volonté d’une partie au détriment de l’autre ne réunit pas les opposés, mais seulement ceux qui sont d’accord. Ne transformez pas le dialogue en porte large lorsqu’il s’agit de vos propres revendications, et en porte étroite lorsqu’il s’agit de celles des autres. Nous sommes face à un désaccord politique, rien de plus: vous dites non, nous disons oui; le peuple écoute, pèse, choisit.

L’intimidation intellectuelle et la peur de laisser les gens exprimer leurs convictions ne font que renforcer le droit de ceux‑ci à les annoncer, la tête haute. Troisièmement: si le peuple est la source du pouvoir, pourquoi craindre sa voix? Tawassoul affirme son attachement à la démocratie, tout comme nous.

La démocratie, dans son essence, n’est pas le droit des élites à parler au nom du peuple, mais le droit du peuple à avoir la parole sur ce qui le concerne. D’où vient alors la question incontournable: si le parti Tawassoul estime que les Mauritaniens rejettent le maintien du très‑honorable Président de la République, Monsieur Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani, pourquoi le dérange‑t‑il que l’opinion contraire soit exprimée et que ses partisans recherchent les voies légales et constitutionnelles qui donnent la parole au peuple? Celui qui a confiance dans l’avis du peuple n’a rien à craindre d’entendre le peuple.

Invoquer la volonté populaire quand elle nous convient, puis la bâillonner quand elle ne correspond pas à nos désirs, c’est faire preuve d’une double mesure. Quatrièmement: personne n’a le droit d’imposer aux citoyens des verrous sur un droit réclamé tant par un membre du parti El Insaf que par un citoyen mauritanien, de faire taire son attachement au très‑honorable Président de la République, Monsieur Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani. En quoi le propos de Tawassoul « Nous refusons la troisième mission » constitue‑t‑il une position démocratique légitime, alors que la demande d’un citoyen « Je la réclame par les voies légales et constitutionnelles » est présentée comme une menace au dialogue?

C’est une injustice manifeste. La liberté d’expression ne se module pas selon une opinion précise, elle ne doit pas être autorisée pour certains et interdite pour d’autres. Nous ne demandons pas à Tawassoul d’adopter notre position, ni de se taire sur la sienne; nous lui demandons simplement de ne pas se faire le gardien qui délivre ou retire la légitimité des opinions.

Cinquièmement: ce sont des voix qui se font entendre sur le terrain, pas de l’encre sur du papier, qui réclament la troisième mission. On ne peut nier qu’elles sont désormais présentes sur la scène politique. Nous les avons entendues de Fissala, à l’extrême‑est, jusqu’à Angako, à l’extrême‑ouest, de la communauté de Tinkelt, au sud, jusqu’à Bir Am Kerim, au nord.

Elles ont été prononcées par des élus, répétées par des cadres, des acteurs, des chefs d’entreprise et des simples citoyens. Un communiqué politique peut‑il effacer tout cela? Le dialogue national, censé être inclusif, doit-il n’entendre que ce qui ne provient pas de ces voix?

Ignorer les faits ne les fait pas disparaître, et enterrer la tête dans le sable ne change rien à ce qui se passe au sol. Qui veut un dialogue sérieux doit l’accueillir avec un cœur ouvert à ce qui plaît et à ce qui déplaît, et non avec une liste préétablie de ce qui peut être dit ou de ce qui doit être censuré. Sixièmement: les institutions et les personnalités ne sont pas opposées.

Dire que la stabilité se construit par les institutions et non par les personnes est un fait incontestable, mais cela ne constitue pas une argumentation valable ici. Les institutions n’opèrent pas dans le vide; des projets politiques sont portés par des hommes, mis en œuvre par des programmes, évalués par les peuples. Le fait que des citoyens soutiennent un dirigeant qu’ils estiment capable d’améliorer la situation, d’instaurer la sérénité, de construire des infrastructures, et de défendre des groupes longtemps marginalisés, ne veut pas dire qu’ils souhaitent un État sans institutions.

Ne mélangez pas les cartes. Nous soutenons le très‑honorable Président de la République, Monsieur Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani, pour ce que nous voyons dans sa conduite comme étant dans l’intérêt du pays, pour la continuité de ce qui a été accompli et pour la poursuite de ce qui reste à faire; c’est une conviction politique que nous exprimons ouvertement. Septièmement: les préoccupations du peuple ne justifient pas de les museler politiquement.

Inviter les gens à se concentrer sur l’eau, l’électricité, la santé, l’éducation plutôt que sur les missions, relève d’une tutelle étrange à l’égard du citoyen. Un habitant qui réclame l’eau a le droit d’exprimer son avis sur l’avenir de son pays; celui qui se plaint d’une route ou d’une école n’est pas exclu du débat politique, au contraire, son opinion peut découler d’une évaluation de ce qui a été réalisé dans ces domaines. Ne faites pas des besoins du citoyen un prétexte pour confisquer sa voix; les gens savent ce qui les concerne et n’ont pas besoin d’un tiers qui décide quand et comment ils s’expriment.

En conclusion: Tawassoul a le droit de refuser la troisième mission, et nous avons le droit de la réclamer. Il a le droit de défendre sa vision de l’avenir du pays, et nous avons le droit de défendre la nôtre. Mais il n’appartient à personne de présenter sa position comme la démocratie et de qualifier la position opposée de danger pour celle‑ci.

Nous estimons que le maintien du très‑honorable Président de la République, Monsieur Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani, sert les intérêts de la Mauritanie, et nous appelons à rechercher la voie légale et constitutionnelle qui donne au peuple le mot final. Que chaque partie expose son argument, que l’on cesse de tuteller le peuple. Si l’on veut faire taire des voix venues de l’est, de l’ouest, du sud et du nord parce qu’un parti ne veut pas en accepter le contenu, cela ne sera pas accepté.

Le peuple a prononcé sa parole, les voix se sont élevées, et elles ne reviendront pas dans les tiroirs une fois sorties. Le Maître Mohamed Fadel.

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