Entre Lo Gourmo et Biram : devons‑nous changer les règles du jeu ou aider à l’embellir ?
Le différend entre Lu Gourmo Abdoul et le chef Byram Dah Aabid n’est pas simplement une querelle tactique, mais il constitue le renforcement le plus marqué du dilemme de l’opposition mauritanienne : devons‑nous négocier pour arracher ce qui est possible, ou nous retirer afin de dévoiler la faille du parcours ? Personnellement, je penche…

D'après les sources officielles, le différend entre Lo Gourmo Ould et le chef Byram Dah Aïbid n’est pas simplement une querelle tactique, mais l’intensification la plus marquée du dilemme de l’opposition mauritanienne: faut‑il négocier pour arracher ce qui est possible, ou se retirer afin de dévoiler la faille du parcours? Personnellement, je penche pour la position de Byram, tout en considérant que se retirer sans vision pour l’après n’est qu’une fuite en avant. **Argument de la survie et piège de l’épuisement du temps** Le docteur Lo Gourmo estime que quitter le dialogue avant d’en avoir épuisé les possibilités constitue une erreur politique; la rencontre permet à l’opposition d’enregistrer ses positions et de documenter l’acceptation ou le rejet devant l’opinion publique, ce qui constitue un argument légitime et une légitimité de départ.
Cependant, la participation n’est pas une vertu en soi: nous n’entamons pas le dialogue parce que le pouvoir a ouvert une porte, mais parce que l’entrée pourrait changer quelque chose dans l’équation du gouvernement. Certains pourraient soutenir que les intentions du pouvoir ne peuvent être testées que de l’intérieur, ce qui est partiellement vrai, mais il ne faut pas laisser les négociations s’éterniser au point de devenir une expérience ouverte sans critères de succès; le temps en politique mauritanienne n’est pas neutre, et ce qui peut offrir au régime l’opportunité de gagner du temps et de gérer la crise peut aussi épuiser l’énergie de la rue et de l’opposition. **Règles du jeu et image du scénario** Faire figurer des revendications essentielles à l’ordre du jour – réforme du registre électoral, neutralité de l’administration territoriale, intégrité de la commission indépendante, contrôle du financement des campagnes et des médias – ne signifie pas du tout qu’elles deviendront réalité.
La vraie question politique est: quelles garanties d’exécution? Sans garanties irréfutables, on peut réussir à rédiger une préambule élégant d’un accord de principe sans changer le moindre fil du jeu. Quant à la légitimité, la participation de l’opposition, même si elle ne confère pas au régime une légitimité absolue, lui apporte un gain médiatique et politique précieux en diffusant l’impression d’un consensus national.
Dans un pays comme la Mauritanie, où « l’image politique » joue un rôle décisif dans la consolidation du réel, on ne peut pas reléguer cet élément détaillé à un simple bordereau. **Projection des expériences et limites du tactique** Citer l’expérience de Mandela n’est pas un argument décisif pour aucune des parties; les négociations là‑bas se sont déroulées sous la pression d’un nouveau balancier de forces et d’une désintégration structurelle du régime, tandis que la leçon mauritanienne montre que la négociation peut parfois devenir un outil d’allongement de la crise plutôt que de sa résolution. Il en va de même pour le dialogue de 2022: il ne s’agit pas d’attribuer à tel ou tel acteur la responsabilité de l’échec, mais la leçon est que la fragmentation de l’opposition rend la négociation un jeu facile entre les mains du pouvoir.
La différence de tactique est légitime, à condition que l’objectif reste unique et que la divergence ne se transforme pas en une bataille de purges internes et d’échanges d’accusations. **Risque calculé et essence de la rotation** La question de la rotation pacifique et de la prévention des scénarios qui portent atteinte aux repères constitutionnels n’est pas un simple point électoral sujet à la négociation, mais le cœur même du projet démocratique. Cela dit, il ne faut pas réduire l’ensemble du combat à ce seul dossier, alors que la probité des institutions et la neutralité de l’administration restent des enjeux cruciaux.
Un adversaire avisé pourrait poser la question suivante: le retrait n’est‑il pas un risque qui laisse l’arène vide pour le pouvoir? Oui, c’est un risque réel. Mais rester dans un dialogue stérile est un risque encore plus dangereux, car il s’agit d’une participation sans efficacité.
La politique n’offre pas d’options gratuites, et il faut toujours choisir le coût qui sert l’objectif national. **Le critère final** Lo Gourmo craint que l’opposition perde son influence si elle quitte la table, et moi je crains qu’elle perde sa crédibilité et son existence si elle y reste sans capacité de changement. La question que l’on doit poser à la rue n’est pas: avons‑nous participé ou boycotté?
Mais: qu’est‑ce que notre action a réellement changé dans le réel? Je ne crains pas tant l’opposition de quitter un dialogue raté que de rester dans ce dialogue jusqu’à ce qu’elle oublie la raison même de son entrée. Le dialogue et le retrait sont tous deux des moyens; le but est de démanteler les mécanismes de domination et de préparer le terrain à une vraie rotation.
Si cela ne se réalise pas, il nous faut le courage de nous demander: avons‑nous changé la réalité, ou nous sommes‑nous simplement contentés d’embellir son visage?