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Migration et asile en Mauritanie : l’approche juridique et législative, les défis sécuritaires et les dimensions de renseignement.

La présentation constitue le dossier migration et asile, l’un des dossiers aux dimensions juridiques, sécuritaires et humaines interconnectées en Mauritanie, du fait de sa position géographique et de ses liens directs avec la région du Sahel et le Maghreb, ainsi que de son emplacement dans le parcours…

AW
Al WiamTraduit de l'arabe
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Selon les dernières informations, le même texte prévoit l’expulsion de l’étranger fautif et l’interdiction de son entrée pendant une durée de un à dix ans, selon l’appréciation de l’autorité administrative compétente. Les faits liés à l’utilisation ou à la falsification de documents pour obtenir des visas, des garanties d’entrée ou des autorisations de séjour font l’objet de dispositions spécifiques, notamment le nouvel article 3 de la loi n° 65‑046, qui prévoit une peine d’emprisonnement de six mois à deux ans dans les cas prévus par le texte. Dans le domaine de la lutte contre le trafic de migrants, la loi n° 2010‑021 du 15 février 2010, modifiée par la loi n° 2020‑18 du 6 août 2020, constitue le cadre pénal de base.

L’article 4 punit le trafic de migrants d’une peine d’emprisonnement de cinq à dix ans et d’une amende de cinq à dix millions d’ouguiya, tandis que les articles suivants traitent des faits liés à la falsification de documents de voyage, à leur utilisation et à la facilitation de séjours irréguliers, ainsi que d’autres infractions connexes. Les victimes du trafic de migrants bénéficient d’une protection juridique particulière: l’article 17 de la loi n° 2010‑021 stipule que les personnes trafiquées reconnues comme victimes ne sont pas soumises à poursuites ou condamnations pour les infractions prévues par la loi, sauf si leur implication intentionnelle dans le crime est officiellement établie. **Deuxièmement: l’asile et la protection internationale** Le statut du demandeur d’asile et du réfugié diffère de celui du migrant irrégulier, reposant sur un fondement juridique distinct lié à la protection internationale.

Le décret n° 2022‑03 du 5 mai 2022 fixe les procédures d’application des conventions internationales relatives aux réfugiés en Mauritanie, notamment la Convention de Genève de 1951, son protocole de 1967 et la Convention de l’Organisation de l’Unité Africaine de 1969, et organise le statut de la personne nécessitant protection. Ce décret a créé une commission nationale consultative sur les réfugiés et les personnes nécessitant protection, chargée d’examiner les demandes de reconnaissance du statut de réfugié et le statut des personnes protégées. La protection internationale ne dispense pas de la vérification juridique et sécuritaire aux frontières autorisée par la loi.

Le décret précise les cas où l’on ne peut pas accorder le statut de réfugié ou de personne protégée, notamment en cas de commission de crimes graves ou d’actes contraires aux objectifs et principes des Nations Unies ou de l’Union Africaine. Le bénéficiaire du statut de réfugié ou de personne protégée reste tenu de respecter les lois et règlements mauritaniens et de s’abstenir d’activités subversives ou susceptibles de menacer la sécurité nationale. En contrepartie, les procédures d’expulsion des personnes bénéficiant de la protection internationale sont soumises à des garanties particulières et ne peuvent être appliquées que dans les cas prévus par le décret, notamment pour des raisons de sécurité ou en cas de condamnation pour des faits constituant des crimes ou délits.

L’article 65 de la loi n° 2010‑021, relatif au renvoi des migrants, organise principalement le renvoi volontaire des migrants concernés par le trafic, en tenant compte de leur sécurité et de l’intérêt supérieur de l’enfant. Le même article oriente les personnes sollicitant la protection internationale vers les autorités compétentes, et prévoit la suspension des procédures de retour dès le dépôt d’une demande d’asile, constituant ainsi une garantie procédurale importante en matière de protection internationale. **Troisième: contrôle des frontières et organisation des flux de personnes** Le contrôle des frontières est devenu l’un des principaux outils de la politique nationale de gestion des flux humains, non seulement pour prévenir les entrées irrégulières, mais aussi pour vérifier l’identité des entrants, organiser leurs déplacements et distinguer les différents statuts juridiques des étrangers.

Dans ce cadre, le arrêté n° 2025/00129 du 11 février 2025 a fixé 82 postes frontaliers obligatoires sur l’ensemble du territoire national pour les mouvements de personnes et de biens, les classant en postes bilatéraux et postes internationaux selon les règles et accords qui les régissent. La régulation des postes frontaliers constitue une entrée essentielle pour le suivi des flux, l’enregistrement des entrants, la vérification des documents et des identités, et la réduction des infiltrations et de l’usage de documents falsifiés. Le régime de séjour, régi par le décret n° 2012‑031 modifié par le décret n° 2024‑042, repose sur une carte de séjour biométrique, renforçant la capacité de vérifier l’identité de l’étranger, son statut juridique et de suivre sa situation administrative.

**Quatrième: dimension maritime et lutte contre le trafic de migrants par la mer** La voie maritime représente l’un des aspects les plus sensibles de la migration irrégulière, en raison des risques pour la vie des migrants et de son lien avec des réseaux de trafic organisés. La loi n° 2013‑041 du 12 novembre 2013 a créé la Garde côtière mauritanienne, en tant que force de sécurité chargée des activités civiles de l’État dans les eaux relevant du droit mauritanien, et a conféré à ses membres le statut de juridiction de police. La loi lui a également attribué, en coopération avec les administrations compétentes, les missions de lutte contre la migration irrégulière par voie maritime, de lutte contre les infractions et actes terroristes en mer, de recherche et de sauvetage maritime, ainsi que d’autres missions définies par la loi.

En outre, la loi n° 2010‑021 modifiée comporte des dispositions spécifiques pour la lutte contre le trafic de migrants par la mer. Les articles 45 et suivants définissent le champ d’application de ces dispositions et les pouvoirs accordés aux agents autorisés, en respectant les règles de compétence, le droit international et les obligations de l’État en matière de sauvetage, de protection de la vie et des droits des personnes. **Cinquième: circonstances aggravantes et moyens légaux d’enquête** Le législateur mauritanien a renforcé les peines prévues pour le trafic de migrants dans les cas présentant un danger particulier.

L’article 18 de la loi n° 2010‑021 modifiée double le plafond des peines dans plusieurs situations, notamment lorsqu’il y a mise en danger de la vie ou de la sécurité des migrants, commission du crime au sein d’une organisation criminelle structurée, usage de la violence ou d’armes, trafic de grands nombres de migrants, ou lorsque la victime est un enfant, une femme enceinte ou une personne handicapée. L’article 19 prévoit la confiscation des biens et objets provenant des infractions visées par la loi, tandis que l’article 20 autorise les tribunaux, dans les cas prévus, à prononcer des peines complémentaires, dont l’interdiction d’entrée du ressortissant condamné sur le territoire national pour une durée pouvant atteindre dix ans. Sur le plan procédural, la loi offre des outils spécifiques d’enquête sur les crimes organisés liés à la migration.

L’article 24 autorise les perquisitions et visites dans le cadre d’enquêtes officielles lorsque le crime est perpétré par une organisation criminelle structurée. L’article 25, sur autorisation judiciaire, permet la surveillance ou l’interception de communications téléphoniques lorsqu’il existe des indices sérieux de leur lien avec les infractions prévues. L’article 26 organise la « procédure de test », pouvant être mise en œuvre sur décision du procureur de la République compétent et sous son contrôle, afin de recueillir des preuves pendant la commission du crime et d’identifier les auteurs, avec la possibilité de l’appliquer aux frontières dans le cadre d’accords bilatéraux ou multilatéraux pertinents.

Ces dispositions constituent une base juridique pour développer les capacités d’enquête et de renseignement face aux réseaux de trafic de migrants, tout en assurant que l’exercice de ces pouvoirs se fasse dans le respect des garanties judiciaires prévues par la loi. **Sixième: gestion des frontières et participation locale** La Mauritanie a également adopté une approche impliquant les autorités locales et les communautés frontalières dans la gestion des frontières. Selon le arrêté n° 0590 du 10 juillet 2018, une commission nationale et des commissions régionales ont été créées pour la gouvernance des frontières.

La commission nationale assure la mise en œuvre de la politique frontalière, la coordination des différents acteurs concernés, la promotion de la coopération transfrontalière et l’implication des acteurs locaux et des citoyens dans la conception et l’exécution de la politique de sécurité des frontières. Les commissions régionales regroupent des représentants des autorités administratives, sécuritaires, militaires et des secteurs gouvernementaux concernés, ainsi que des représentants de la société civile et des chefs de villages. Cette structure institutionnelle permet de développer un mécanisme de coordination entre les dimensions sécuritaire et de développement dans les zones frontalières, notamment dans les zones fragiles fortement affectées par les flux humains et les activités économiques transfrontalières.

Concrètement, le système peut être renforcé afin d’accélérer le partage d’informations relatives aux mouvements inhabituels de personnes et aux faits pertinents pour la sécurité des frontières, à condition que cela se fasse dans un cadre juridique clair respectant les compétences et les garanties établies. **Septième: défi sécuritaire et renseignement** Les risques liés à la migration irrégulière ne se limitent pas à la violation des règles d’entrée et de séjour; les réseaux de criminalité organisée peuvent exploiter les routes migratoires pour faciliter d’autres activités, telles que le trafic de personnes, la falsification de documents, la traite des êtres humains et d’autres crimes transnationaux. La nature de la zone frontalière impose des défis supplémentaires, du fait de l’étendue du territoire terrestre, de l’interconnexion sociale et économique des populations frontalières et des liens familiaux et tribaux qui dépassent les frontières politiques.

Cependant, la réponse sécuritaire à ces risques doit distinguer la simple situation de migration irrégulière de la présence d’indicateurs réels de commission d’un crime ou de menace à la sécurité nationale. Un migrant irrégulier ne devient pas, du seul fait de son statut administratif, un acteur criminel ou une menace sécuritaire. Il est donc essentiel de développer des capacités de renseignement basées sur la collecte, l’analyse et la vérification d’informations, plutôt que de se contenter d’observations de terrain non corroborées.

L’accent doit être mis sur l’analyse des schémas de déplacement, des réseaux de trafic, des documents falsifiés, des flux financiers et logistiques associés aux crimes, tout en respectant les limites légales imposées aux activités de renseignement et de surveillance. **Huitième: approche développementale et sécuritaire** La sécurité des frontières ne peut être dissociée des conditions économiques et sociales des zones frontalières. Le manque de services de base, la rareté de l’eau et la faiblesse des opportunités d’emploi augmentent la vulnérabilité des populations et rendent certaines zones plus susceptibles d’être exploitées par les réseaux de trafic et la criminalité organisée.

Ainsi, le soutien aux zones frontalières en matière de services essentiels, l’amélioration de l’accès à l’eau, à l’éducation et à la santé, ainsi que le développement d’activités agricoles, pastorales et commerciales légitimes, peuvent constituer une part importante d’une politique préventive de sécurité des frontières. Cette dimension devient d’autant plus cruciale dans les régions accueillant un grand nombre de réfugiés ou d’entrants, où il faut concilier la protection des populations locales avec la garantie d’un minimum de conditions humaines pour les personnes sous protection internationale. **Conclusion** Le dispositif juridique mauritanien relatif à l’immigration et à l’asile montre une orientation claire vers la combinaison de la régulation de l’entrée et du séjour des étrangers, la lutte contre le trafic de migrants et la criminalité organisée, tout en respectant les engagements internationaux en matière de droits humains et de réfugiés.

Le principal défi reste la mise en œuvre effective de ce dispositif sur le terrain, afin d’assurer une surveillance efficace des frontières et la poursuite des réseaux de trafic, sans confondre migration irrégulière et criminalité organisée, et sans porter atteinte aux garanties accordées aux demandeurs d’asile, aux réfugiés et aux victimes du trafic de migrants. Sur le plan sécuritaire, la prochaine phase doit renforcer la coordination entre les différents organes et institutions concernés, développer les capacités de collecte et d’analyse d’informations, améliorer la gestion des postes frontaliers et des zones frontalières, tout en liant la politique sécuritaire à une politique de développement capable de traiter les facteurs qui accroissent la fragilité des zones frontalières. Le développement d’outils de renseignement et d’enquêtes spécialisées doit se faire dans le cadre des compétences définies par la loi et sous contrôle judiciaire, afin de garantir l’équilibre nécessaire entre les exigences de la sécurité nationale, la primauté du droit et la protection des droits fondamentaux.

— Le juge / Mohamed n Sheikh, conseiller du ministre de la Justice mauritanien.

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