Sécurité·

Quand un simple différend conduit à un meurtre (2/1)

Dans notre pays où les communautés locales sont depuis longtemps reconnues pour leur capacité à contenir les conflits, et où l’honneur du sang occupe une place ancrée dans la religion et la culture sociale, la récurrence des crimes de violence et de meurtre parfois liés à des différends qui semblent…

AI
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Il ressort que dans notre pays, où les communautés locales sont depuis longtemps reconnues pour leur capacité à contenir les différends, et où le respect du sang occupe une place ancrée dans la religion et la culture sociale, la récurrence des crimes de violence et de meurtre, parfois liés à des conflits qui semblent simples, soulève une question douloureuse: que se passe-t-il dans notre société? Comment une altercation passagère peut‑elle se terminer par la mort d’un être humain? Qui protège notre communauté dès le moment de la colère?

Le problème ne réside pas tant dans la survenue du crime en soi, mais dans son rythme, dans le chemin qui y conduit: une colère incontrôlée, une arme blanche qui devient présente chez tous les adolescents, des substances psychotropes ou des drogues dans de nombreux cas, une mauvaise compagnie qui envahit les rues des villes, un grand vide non exploité, une surveillance familiale insuffisante et, parfois, un recul du rôle de médiation sociale. Il est erroné de réduire chaque crime à une cause unique; il l’est tout autant de considérer ces faits comme des incidents isolés sans lien entre eux. Premièrement: la famille, première ligne de défense; avant la police et avant la justice, il y a la famille.

Le père et la mère sont les premiers à pouvoir remarquer un changement de comportement chez le jeune: colère récurrente, violence dans les rapports, compagnie suspecte, absences fréquentes du domicile, ou signes de consommation de drogues. La surveillance familiale ne doit pas être assimilée à de l’espionnage ou à de la sévérité, mais à du dialogue, un suivi, une orientation et la connaissance de l’environnement dans lequel évoluent les enfants. La vie des jeunes a beaucoup changé sous l’influence du téléphone (nouvel éducateur), des réseaux sociaux, de la rue et d’une compagnie qui pèse désormais fortement dans la formation de la personnalité.

Ainsi, laisser le jeune affronter seul toutes ces influences, puis reprocher à la société les dérives après le crime, n’est pas la solution; au contraire, une famille qui détecte le problème dès le début peut parfois empêcher le crime à la fin. Deuxièmement: la mosquée et les savants… Redonner à la sacralité du sang son poids religieux et culturel immense dans notre société. La mosquée, les savants et les imams jouent un rôle bien au‑delà du simple sermon: il faut un discours religieux continu qui s’adresse aux jeunes dans leur langue, qui leur explique que la colère n’est pas une justification du meurtre, que la vengeance n’est pas une forme d’héroïsme, que brandir une arme pour prouver sa virilité n’est pas du courage, et que la vie et le sang d’un être humain ne sont pas des jouets.

Les sermons du vendredi et les cours religieux doivent davantage aborder les questions de drogue, de violence familiale, de violence de rue, de mauvaise compagnie, de maîtrise de la colère et de respect de la loi. Le message religieux qui atteint le jeune avant le crime a plus de valeur que le sermon qui suit l’acte. Troisièmement: l’école… Il ne suffit pas d’apprendre à l’élève comment réussir un examen.

Nous nous réjouissons aujourd’hui de la chaleur de l’école républicaine qui unit tout le spectre national; elle est aujourd’hui plus que jamais appelée à transmettre non seulement des connaissances, mais à former une personnalité capable de dialogue, d’accepter la différence et de maîtriser ses émotions. L’élève doit apprendre que le différend est naturel, que l’on peut être en désaccord sans haïr, que l’on peut se mettre en colère sans agresser, que l’on peut perdre sans se venger. D’où l’importance de l’éducation civique et morale, des activités sportives et culturelles, de la détection précoce des comportements agressifs et du lien école‑famille.

Un élève qui apprend dès le plus jeune âge que résoudre un conflit par le dialogue est une force, que s’excuser est un acte de courage, et que le pardon n’est pas une faiblesse sera moins susceptible de basculer dans la violence. Quatrièmement: la police… La fermeté avant que l’altercation ne devienne crime. On ne peut bâtir une société sûre sans une police efficace et présente.

Mais il ne s’agit pas seulement d’intervenir après le crime; il faut développer la prévention sécuritaire et la réponse rapide aux conflits dangereux. Une bagarre qui débute dans un quartier, un marché ou un lieu public peut être contenue dans ses premières minutes. Dès qu’elle évolue vers l’usage d’une arme, la marge d’intervention se réduit considérablement.

D’où l’importance de traiter sérieusement le port d’armes blanches en amont, de l’interdire totalement, de lutter contre les drogues, de repérer les foyers de criminalité, de suivre les récidivistes dans le cadre légal et d’intervenir tôt dès l’apparition d’indicateurs graves. La fermeté requise n’est pas une fermeté aléatoire, mais une fermeté juridique qui protège le citoyen tout en respectant ses droits. Cinquièmement: la justice… La justice perçue par les citoyens.

Sécurité et justice sont les deux faces d’une même équation; si la police arrête le suspect mais que la justice tarde ou que la société estime la sanction insuffisante, la confiance dans la dissuasion s’érode. À l’inverse, une justice indépendante, équitable et rapide, qui juge le criminel selon la loi, envoie un message clair: la vie du citoyen n’est pas bon marché, et l’atteinte au sang ne doit pas devenir banale. Mais la véritable dissuasion ne repose pas uniquement sur la sévérité de la peine, mais sur la certitude du délinquant que la loi le rattrapera.

Sixièmement: où est la médiation sociale? C’est sans doute l’un des points les plus importants à débattre dans notre société. Traditionnellement, notre communauté connaissait des figures sociales capables d’intervenir dans les différends avant qu’ils ne s’aggravent.

Aujourd’hui, il faut restaurer ce rôle de façon organisée et conforme à la loi. Dans certains conflits, un appel d’un membre de la famille, l’intervention du chef de quartier, de l’imam ou d’une personnalité sociale respectée peut suffire à apaiser les esprits et à empêcher l’escalade. La réconciliation ne signifie pas l’impunité lorsqu’un crime est commis, mais elle vise à empêcher le différend d’atteindre le stade du crime.

Septièmement: drogues et armes blanches… le triangle du danger. Il ne faut pas affirmer que toutes les homicides sont causés par la drogue ou l’arme blanche, car cela nécessite des données précises et des enquêtes rigoureuses. Néanmoins, la société ne peut ignorer le danger potentiel des stupéfiants, des psychotropes et du port d’objets meurtriers lors d’altercations.

Un différend qui aurait pu se terminer par un mot ou l’intervention d’une personne raisonnable peut, en présence d’une arme, se transformer en blessure grave ou en mort. Ainsi, la lutte contre les drogues et la réduction du port d’armes blanches doivent faire partie d’une stratégie globale de prévention de la violence, et non de simples campagnes saisonnières ou d’interventions ponctuelles. Huitièmement: qu’en est‑il des jeunes?

Il ne faut pas considérer nos jeunes comme la source du danger, mais comme le groupe à protéger des sources de danger. Le jeune a besoin d’une éducation sérieuse et structurée, d’un emploi qui lui assure la subsistance, d’activités sportives qui l’occupent de façon utile, de formation, de culture, d’espaces sécurisés et de modèles positifs qui éclairent son chemin. Lorsqu’un jeune passe de longues périodes sans objectif, vit dans une mauvaise compagnie, est exposé à des contenus violents ou déviants, et éventuellement tombe dans la drogue, la société l’a laissé sur une voie dangereuse.

La lutte contre la criminalité commence donc aussi par la construction d’alternatives positives pour les jeunes. La bataille de tous: aucune institution ne peut résoudre le problème à elle seule. Le ministère de l’Intérieur, la police, la justice, la mosquée, la famille, l’école et la société civile doivent agir conjointement.

La famille élève, la mosquée oriente, l’école façonne la personnalité, la communauté intervient pour réconcilier, la police prévient et protège, la justice rend les comptes. Si l’un de ces maillons manque, la société devient plus vulnérable à la violence. Enfin, il ne faut pas attendre le crime pour agir; la plus grande erreur serait d’attendre un nouveau meurtre avant de se rappeler du problème.

Chaque homicide doit servir non seulement à punir la colère, mais à apprendre, à prévenir et à réviser nos pratiques. Après chaque crime, il faut se demander: y avait‑il des signaux précurseurs? La famille aurait‑elle pu intervenir?

Y avait‑il consommation de drogue? L’arme était‑elle présente? Un conflit antérieur existait‑il?

La médiation aurait‑elle pu empêcher l’escalade? Le système sécuritaire ou judiciaire doit‑il être amélioré à un certain niveau? La société n’a pas besoin de plus de peur, mais de plus de prévention, de conscience, de dissuasion équitable et de cohésion sociale.

Le meurtrier perdra sa liberté, mais la victime perdra sa vie à jamais. Ainsi, notre objectif doit dépasser la simple sanction du coupable: atteindre le jour où un mot de colère ne se transforme plus en funérailles, où une altercation passagère ne devient plus une tragédie, où la société n’a plus à regretter après coup. Protéger le sang de nos enfants n’est pas la responsabilité exclusive de la police, de la justice ou de la famille; c’est une responsabilité nationale et morale partagée.

Si la loi punit le meurtrier, toute la société doit se demander: qu’avons‑nous fait pour qu’aucun être humain n’arrive à un moment où il tue un autre?

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