Société·

Les médias publient le texte du message de Mohamed Ould Abdel Aziz au président Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani.

Message ouverte à Monsieur Mohamed Ould Mohamed Ahmed, président de la République islamique mauritanienne Premièrement : Préambule : La rancune s’est prolongée, visage après visage, et je vous adresse cette fois-ci, par écrit, une lettre détaillée concernant mon état de santé qui…

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Alakhbar.infoTraduit de l'arabe
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Selon les dernières informations, **Message ouvert à Monsieur Mohamed Ould Mohamed Ahmed, Président de la République islamique mauritanienne** **Premièrement: Préambule** La rancune s’est prolongée, visage après visage, et je vous adresse cette fois-ci, par écrit, une lettre détaillée concernant mon état de santé qui, logiquement, n’est que la conséquence directe d’une détention illégale, illogique et immorale… Une détention, quelle que soit la justification recherchée, reste le résultat d’une conjonction de haine, de mauvaise foi et du désir d’une autorité qui ne se satisfait pas de faire taire la moindre voix dissidente. Au fil des années de cette détention, qui a dépassé les quatre ans, l’objectif s’est précisé et devient explicite: l’élimination du prisonnier que je suis, à travers: - le refus de procéder aux examens médicaux appropriés et de fournir les traitements nécessaires; - le changement du cadre carcéral qui a aggravé, voire provoqué, la détérioration de mon état de santé. **Deuxièmement: Rappel de la procédure et du jugement** Dans le cadre de l’affaire, avant d’aborder son aspect pénal, le processus a débuté par un jugement initial de cinq (5) ans de prison ferme, puis la condamnation a été triplée à quinze (15) ans par décision de la cour d’appel, présidée par le chef du parquet, qui a rejeté mes demandes, orales et écrites, d’obtention d’une simple liberté provisoire.

Cette décision a été rendue au détriment du président habituel de la formation judiciaire, au profit du président de la Cour suprême, qui a prononcé un jugement entaché dès le départ. Le même schéma s’est répété: la décision a été confirmée de façon arbitraire, sans la rigueur procédurale attendue, devant une chambre pénale dont la composition a été manipulée; un de ses conseillers a été exclu et le président délibérément dépouillé de sa fonction, afin de laisser la place au président de la Cour suprême, qui a validé le jugement défectueux malgré sa préparation préalable. Cette privation de mes juges « naturels » a accompagné chaque étape de ma procédure, qui a duré trois ans; à chaque niveau, la composition de la juridiction était réexaminée pour vérifier la loyauté de ses membres envers les décisions de l’exécutif.

Le manque de justice s’est accentué en appel, lorsqu’une procédure judiciaire a été, d’une manière ou d’une autre, remise en cause afin de respecter, ne serait-ce qu’en apparence, les formes procédurales normales: la même affaire a été renvoyée à la même cour avec une composition différente, ou à une autre cour du même rang, ou à une décision rendue par les chambres réunies de la Cour suprême. Cette procédure, manifestement injuste, a été utilisée pour me maintenir dans la détention, alors même que l’autorité a adopté une nouvelle forme de rancune, confirmant par la pratique qu’elle poursuit d’autres objectifs. **Troisièmement: Aggravation de mon état de santé** Mon état de santé se dégrade depuis longtemps.

Je souffre de troubles respiratoires graves, devenus chroniques, provoquant fréquemment des crises d’essoufflement qui m’empêchent de dormir et, souvent, de rester dans une même position. Cette atteinte du système respiratoire s’ajoute à d’autres pathologies préexistantes, la plus grave étant une maladie du système circulatoire, première victime des conditions de détention et de privation. Sans l’intervention divine, la crise cardiaque que j’ai subie pendant la phase dite « des gardes » à l’école de police aurait pu se solder par un arrêt cardiaque mortel, compte tenu de la gravité de la situation, des conditions de détention et du niveau de soins disponibles à l’époque.

Comme les conditions carcérales ont été la cause première de la détérioration cardiaque, il en va de même pour le reste de mes souffrances: elles découlent directement ou indirectement de l’environnement carcéral destructeur. **Quatrièmement: Les conditions de détention comme facteur aggravant** La simple détention entraîne, dès le premier instant de la procédure injuste, une interruption totale des examens médicaux périodiques indispensables, surtout pour les personnes d’âge avancé. Les rendez‑vous médicaux de suivi, habituellement prévus pour détecter toute anomalie ou trouble nécessitant une prise en charge, ont été totalement supprimés, y compris pour les séquelles d’une blessure antérieure qui aurait requis plus qu’une simple intervention chirurgicale.

À cela s’ajoutent quatre années d’absence totale d’exposition au soleil, malgré les recommandations répétées des médecins, et ce, au même titre que les principales revendications de la défense à chaque audience. Cette privation, constatée par toutes les autorités concernées, les commissions des droits de l’homme, les organisations de lutte contre la torture et le Croissant‑rouge international, a entraîné chez une personne âgée: - une détérioration du système musculo‑squelettique, - des perturbations des rythmes biologiques et du sommeil, - des conséquences psychologiques et cognitives, - un affaiblissement du système immunitaire, du cœur et des artères. Par ailleurs, les autorités ont installé dans la pièce adjacente à ma cellule un dispositif de brouillage des ondes Internet, diffusant des ondes électromagnétiques intenses et un bruit aigu continu, dont l’intensité augmente lors des coupures de courant.

Cette atteinte au droit à un environnement sain a aggravé mes troubles respiratoires, déjà inexistants avant la détention, et a contribué à mon affaiblissement général. **Opinions médicales** *Urgence d’évacuation médicale*: Après plusieurs consultations et examens ciblés, les spécialistes ont conclu à la nécessité d’un transfert urgent à l’étranger pour des investigations plus approfondies sur les maladies pulmonaires. En d’autres termes, le traitement nécessite des examens qui ne sont pas disponibles localement.

Leurs conclusions résument: - détérioration générale du patient avec perte de poids notable, - aggravation des signes cliniques respiratoires, - modifications à la tomodensitométrie compatibles avec le début d’une fibrose pulmonaire, - besoin d’examens diagnostiques spécialisés indisponibles sur place, - état cardiaque et vasculaire à haut risque. Ils recommandent donc une évacuation médicale vers un centre universitaire spécialisé dans les maladies pulmonaires et la fibrose. *Chirurgie orthopédique (prothèses articulaires)*: Un chirurgien orthopédiste, après trois ans de suivi et plusieurs IRM, scanner et radiographies, a indiqué la nécessité de poser deux prothèses totales du genou en raison d’une « arthrose bilatérale sévère, grade IV ».

Il préconise l’intervention dans un centre hautement spécialisé, disposant d’une expertise en remplacements articulaires complexes et en anesthésie de patients à risque cardio‑vasculaire élevé, idéalement dans un centre de référence en Europe. **Argumentation du ministère de la Justice** Compte tenu de la gravité des affections cardiaques, vasculaires, pulmonaires et articulaires, et du fait que mon état de santé se dégrade continuellement, l’incapacité à pratiquer une activité physique aggrave le problème cardiaque et vasculaire, créant ainsi un cercle vicieux. Le refus de me permettre de suivre un traitement adéquat constitue une entrave manifeste à mon droit à la santé.

Le cabinet de défense, fort des premiers constats médicaux, a sollicité le ministre de la Justice afin de mettre en œuvre les mesures nécessaires pour que je puisse bénéficier des examens et traitements à l’étranger. Le ministre, après avoir examiné le dossier complet (rapport pulmonaire signé par deux spécialistes, analyses, scanners, ainsi que le rapport orthopédique avec imagerie), a d’abord manifesté une certaine bonne foi, puis a constitué une commission élargie de six médecins supplémentaires, en collaboration avec le ministère de la Santé, pour réévaluer le dossier. **Cinquièmement: Conclusions de la commission élargie** À l’issue de leurs délibérations, les nouveaux médecins, aux côtés de leurs collègues pneumologues et orthopédistes, ont confirmé la nécessité d’examens approfondis impossibles à réaliser localement.

Extrait des recommandations: > « Le scanner thoraco‑abdominal‑pelvien montre des anomalies fibrosantes. En tenant compte des données cliniques, radiologiques et médicales disponibles, le tableau suggère une maladie pulmonaire interstitielle diffuse. Cette opinion ne saurait remplacer une consultation spécialisée en pneumologie, un examen clinique complet, une discussion multidisciplinaire ou une expertise radiologique spécialisée.

La confirmation du diagnostic et la réalisation des examens complémentaires nécessaires, ainsi que les décisions thérapeutiques, relèvent du service médical chargé du patient, ou, le cas échéant, du centre spécialisé requis. » **Sixième: Manipulation du dossier médical** Le rapport initial sur les maladies pulmonaires, qui ne correspondait pas aux attentes du ministère de la Justice, a conduit ce dernier à demander la création d’une nouvelle commission, à laquelle a été ajouté un radiologue, tandis que la pneumologue et le médecin traitant, auteurs du premier rapport, ont été exclus. Aucun des deux n’a été invité à signer le nouveau rapport, intitulé « Avis médical conjoint », censé remplacer l’« Avis sur les maladies pulmonaires dans le dossier médical ».

La pneumologue a refusé de signer, invoquant: 1. son absence à la réunion, 2. la contradiction du document avec son propre rapport, 3.

l’incompatibilité avec les conclusions de la commission qu’elle avait intégrée. Finalement, deux de ses collègues de la commission d’évaluation ont signé le nouveau document, ainsi que le radiologue nouvellement intégré, qui n’a jamais examiné le patient, se basant uniquement sur les dossiers, les images et les échanges avec les autorités judiciaires. **Septième: Avis orthopédique** Le rapport orthopédique, signé par le chirurgien et deux autres professeurs de chirurgie orthopédique occupant des postes élevés dans l’administration publique, a été limité à une réponse binaire (« oui » ou « non ») à la question de savoir s’il était possible d’effectuer les prothèses dans des centres nationaux.

Les médecins ont répondu « oui », mais la formulation de la question ne permettait pas de prendre en compte les comparaisons entre les capacités locales et étrangères, ni les risques pour le patient. Cette intervention montre clairement la volonté du ministère de la Justice d’interférer dans la décision médicale afin d’empêcher l’accès à un traitement adéquat. **Conclusion** Les prisonniers condamnés pour trafic de drogue ou terrorisme n’ont pas besoin d’autorisation pour recevoir des soins; ils bénéficient simplement d’une libération ou d’une grâce.

En revanche, les personnes privées de liberté pour des raisons politiques se voient refuser les soins, alors que les élites détiennent des fortunes colossales, souvent détournées à hauteur de plusieurs centaines de milliards d’ouguiya, sans aucune conséquence judiciaire. Cette situation d’injustice, surtout pour ceux dont la liberté est restreinte et le traitement refusé, montre que le seul « remède » pour un homme innocent est de prouver son innocence; la privation de mes biens et de ceux de ma famille constitue une preuve supplémentaire de la corruption qui gangrène le pays. **Cette lettre n’est en aucun cas une demande de grâce, mais bien une dénonciation du désespoir face à l’injustice qui a conduit à ma condamnation à quinze ans de prison pour enrichissement illicite non puni, et à la confiscation de biens sous des prétextes ambigus.** Je vous adresse, par la présente, l’intégralité du dossier médical complet.

Je vous prie de bien vouloir en prendre connaissance et d’en rendre compte. **Nouakchott, le 15 septembre 2026** **L’ancien président de la République / Mohamed Ould Abdel Aziz**

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