Quand un simple différend conduit à un meurtre (2/2)
Dans notre pays, grâce à Dieu, la famille, le foyer, le quartier, la mosquée, l’école et les notables conservent une place influente dans la vie des gens ; nous devons en tirer parti. Nous avons besoin d’un dispositif national de prévention de la violence, qui s’appuie sur l’existence des institutions de l’État…

Il ressort que dans notre pays, grâce à Dieu, la famille, le quartier, la mosquée, l’école et les notables conservent encore une place influente dans la vie des gens. Nous devons en tirer parti. Nous avons besoin d’un dispositif national de prévention de la violence, qui s’appuie à la fois sur les institutions de l’État et sur la force de la société.
Il ne s’agit pas seulement de savoir qui a tué, pourquoi il a tué et comment il sera puni; il faut poser la question la plus importante: comment empêcher le crime avant qu’il ne se produise? Il existe des solutions préventives; si nous les avions adoptées et exploitées avant que le sang ne coule, nous pourrions en citer quelques‑unes: 1. **Comités locaux de prévention de la violence**: par exemple, créer des comités au niveau des quartiers et des communes, composés de représentants de la famille et de la communauté locale, des imams et des savants, des jeunes et des femmes, de l’école, des autorités administratives et sécuritaires, ainsi que de la société civile.
Leur mission ne serait pas d’assumer le travail de la police ou de la justice, mais de détecter tôt les conflits sociaux dangereux, d’intervenir pour réconcilier et apaiser, et de renvoyer les cas graves aux services compétents. Dans une société où certains se connaissent, on peut identifier de nombreux conflits avant qu’ils ne deviennent criminels. 2.
**Médiation avant l’explosion**: instaurer un mécanisme clair de médiation pour les petits différends. Si un conflit éclate entre deux jeunes, entre deux familles ou au sein du quartier, il ne faut pas attendre qu’il se transforme en agression. Chaque quartier ou commune pourrait désigner des personnes reconnues pour leur sagesse et leur intégrité, qui interviennent en coordination avec les autorités compétentes.
On pourra ainsi renforcer le rôle des médiateurs sociaux agréés par la justice. L’objectif n’est pas d’annuler la loi ou de diluer les compétences, mais d’empêcher qu’un différend n’atteigne le stade où la loi doit intervenir après le sang versé. 3.
**Programme national de maîtrise de la colère chez les jeunes**: idée simple et applicable. Organiser des ateliers courts dans les écoles, les lycées, les centres de jeunesse, les prisons et même dans les quartiers, sur: la gestion de la colère, comment se retirer d’une bagarre, faire face aux provocations, résoudre les conflits, les dangers de porter une arme sous le coup de la colère, les risques liés aux drogues et aux psychotropes. Ces programmes doivent être pratiques, basés sur des situations réelles vécues par les jeunes, et non de longues conférences théoriques.
4. **Ne porte pas de couteau quand tu es en colère**: la société a besoin d’une campagne nationale claire contre le port d’armes blanches à des fins de bagarre. Le message doit être simple: le couteau n’est pas un symbole de virilité; une altercation d’une minute peut se transformer en crime qui durera des années.
Cette campagne doit s’accompagner de mesures juridiques précises contre le port d’armes dans la rue, surtout dans nos rues! 5. **Carte nationale des foyers de violence**: au lieu d’attendre que les crimes se produisent, les autorités sécuritaires et administratives peuvent collecter des données sur: les quartiers où les bagarres se répètent, les lieux de diffusion de drogues, les points de rassemblement dangereux pour les jeunes, les marchés et zones où les agressions sont fréquentes, les heures de pointe des altercations.
Ensuite, orienter les patrouilles, les interventions et les programmes sociaux vers ces zones. Ce qui n’est pas mesuré est difficile à traiter. 6.
**Lutte contre la drogue sans se limiter à la répression**: la lutte antidrogue doit suivre deux voies parallèles: - **Première voie**: sécuritaire et juridique, pour poursuivre les réseaux de trafic et de distribution. - **Deuxième voie**: préventive et thérapeutique, pour aider les toxicomanes et les jeunes à risque. Un jeune dépendant a besoin de traitement et de réinsertion, pas seulement de sanction.
Pourquoi ne pas créer un centre national de réhabilitation scientifique et méthodique des victimes de l’addiction? Des campagnes de sensibilisation ciblant les familles elles‑mêmes, pour leur apprendre à repérer les signes de consommation et à intervenir tôt, sont également indispensables. 7.
**L’école détecte la violence avant la police**: former les enseignants et les surveillants à repérer les signaux précoces: agressivité persistante, menaces, harcèlement, port d’objets dangereux, absences répétées ou changement brutal de comportement. Dès l’apparition d’indicateurs graves, un protocole clair doit impliquer la famille et les services compétents. Le but n’est pas de transformer l’école en poste de police, mais d’empêcher qu’un élève perturbé devienne un jeune très dangereux après des années de négligence.
8. **Valoriser le rôle des imams**: le ministère des Affaires islamiques, en collaboration avec les savants et les imams, peut préparer des supports de sensibilisation uniformes sur: la sacralité du sang, le danger de la vengeance, la maîtrise de la colère, les drogues, la violence familiale, le respect de la loi, le danger du port d’armes blanches. Il est préférable que les messages soient courts, concrets et s’adressent directement aux jeunes.
Le podium dans notre pays a une grande capacité d’atteindre les gens; il faut exploiter cette capacité pour la prévention avant le crime. Mais jusqu’à présent, qu’a fait le ministère de la Guidance islamique dans ce sens? 9.
**Création de véritables centres de jeunesse, pas seulement de bâtiments**: pour protéger les jeunes, il faut leur offrir des alternatives. Dans chaque ville et commune principale, développer des centres proposant: sport, formation professionnelle, informatique, activités culturelles, consultations psychologiques et sociales, concours et initiatives jeunesse. Un jeune qui trouve un lieu où il pratique un sport, apprend un métier et passe du temps avec ses pairs dans un environnement sain est moins susceptible de se tourner vers la rue et les mauvaises fréquentations comme unique source d’identité et d’appartenance.
10. **Ligne téléphonique d’urgence pour signaler les risques de violence**: mettre en place une plateforme nationale claire et facile d’accès pour signaler: menaces de meurtre, bagarres dangereuses, port d’armes dans des circonstances suspectes, promotion de drogues, recrutement de mineurs dans le crime. Les signalements doivent être confidentiels, protégés, et faire l’objet d’une réponse réelle, rapide et efficace.
Un signalement reçu avant le crime peut sauver une vie. 11. **Mobiliser une police de proximité communautaire**: la simple présence de la police lors d’un crime ne suffit pas.
Développer le concept de police communautaire dont les membres connaissent leurs quartiers et leurs problématiques, et qui communiquent avec les notables, les jeunes, les commerçants et les écoles. Ce type de contact rend la police plus proche de la prévention et plus rapide pour détecter les conflits dangereux. 12.
**Accélérer la justice dans les crimes de violence**: le citoyen doit sentir que la loi existe et agit avec la rapidité requise. On peut envisager des procédures judiciaires plus rapides et efficaces pour les affaires de violence grave, tout en garantissant pleinement les droits de l’accusé et de la victime. La dissuasion ne repose pas uniquement sur la sanction, mais sur la clarté de la loi, la rapidité de son application et la certitude des gens que le crime sera puni, éliminant ainsi le phénomène d’impunité.
13. **Pas de réconciliation sociale au détriment de l’intérêt général**: il faut distinguer clairement la réconciliation entre parties avant le crime de la tentative d’effacer les conséquences d’un crime grave sous la pression sociale sur la victime ou sa famille. La réconciliation est une valeur précieuse, mais elle ne doit pas devenir un moyen de dissimuler des crimes ou de faire pression sur les victimes, ce qui est malheureusement trop fréquent dans notre pays et très préjudiciable.
14. **Impliquer les jeunes eux‑mêmes dans la solution**: il est erroné de parler des jeunes comme s’ils étaient uniquement le problème. Créer des conseils ou des initiatives locales de jeunesse qui œuvrent pour: la lutte contre la violence, l’organisation du sport, la sensibilisation aux drogues, l’aide aux jeunes à risque de déviation, la mise en place de campagnes « non à la violence ».
Diffuser des messages courts sur les réseaux sociaux. Un message provenant d’un jeune à ses pairs peut parfois être plus percutant qu’un long discours officiel. La solution n’est pas uniquement sécuritaire; si nous voulons être réalistes, notre pays ne peut résoudre ce phénomène par une seule décision ou une campagne médiatique unique.
Il faut un plan national à plusieurs niveaux: - **À la maison**: suivi, éducation, dialogue. - **À la mosquée**: sensibilisation religieuse impactante. - **À l’école**: détection précoce et enseignement de la maîtrise de soi.
- **Dans le quartier**: médiation et prévention. - **Chez les jeunes**: sport, formation, opportunités et espaces sûrs. - **Dans la sécurité**: intervention rapide et lutte contre les drogues et les armes illicites.
- **Dans la justice**: justice efficace et équitable. - **Dans les médias**: ne pas glorifier la violence ni les criminels. Et surtout: commencer par un point unique.
Il n’est pas nécessaire que l’État attende que toutes les ressources soient disponibles. On peut lancer une expérience limitée dans quelques quartiers les plus exposés à la violence, puis mesurer les résultats pendant un an: combien de conflits ont été contenus? Combien de cas de violence ont été évités?
Les bagarres ont‑elles diminué? Le signalement des drogues s’est‑il amélioré? La participation des jeunes a‑t‑elle augmenté?
Après évaluation, on pourra étendre l’expérience aux autres villes. Voilà la méthode réaliste: tester, mesurer, corriger, puis généraliser. **Protégeons l’humain avant de juger le meurtrier.** En fin de compte, il ne suffit pas de dire après chaque crime: « Il faut appliquer la loi ».
Oui, il faut appliquer la loi, mais l’essentiel est de se demander: qu’avons‑nous fait avant le crime? Avons‑nous parlé au jeune en colère? Quelqu’un est‑il intervenu pour désamorcer le conflit?
La famille était‑elle informée de ce qui se passait? L’école l’a‑t‑elle remarqué? Y avait‑il de la drogue?
L’arme était‑elle présente? La police aurait‑elle pu intervenir plus tôt? Existait‑il un moyen sûr de signaler?
Ces questions nous mènent à une véritable prévention. Que Dieu protège notre pays de tout mal et guide nos jeunes et les jeunes musulmans vers le droit chemin.