Question d’Atar de Al‑Mokhtar à Ghazouani : quelle Mauritanie voulons‑nous ?
Dans la ville d’Atar, ce soir, le président de la République Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani a remis au premier plan une question ancienne, sans toutefois perdre de son actualité : « Quelle Mauritanie voulons‑nous ? ». Le défunt Moctar Ould Dada, qu’Allah ait son âme, avait posé la même question…

D'après les sources officielles, la Mauritanie a su, ces dernières années, maintenir un certain niveau de stabilité sécuritaire dans un environnement turbulent, mais cette stabilité requiert une vigilance permanente, une économie solide, des institutions cohérentes et une frontière intérieure capable de différer sans se fissurer. Nous revenons ainsi à la première question. Un État qui veut résister aux pressions extérieures doit être cohérent à l’intérieur.
Une économie qui veut absorber les chocs doit se diversifier. Un développement durable nécessite une population instruite. Un dialogue qui doit produire un consensus requiert de la sincérité.
Une politique qui doit servir la patrie doit se rappeler que la patrie vit plus longtemps que tous les politiciens. C’est peut‑être pour cette raison que le président a invoqué Moctar Ould Dada à Atar, afin de légitimer son projet de construction de la cause et de formulation du récit. Son appel était un appel à la première question: celle posée par la génération fondatrice, puis portée par les suivantes, chaque génération y ajoutant son expérience et laissant à la suivante ses propres interrogations.
Aujourd’hui, c’est à notre génération de répondre. Nous, qui avons hérité d’un État plus mature, avec ses erreurs, ses réussites, ses problèmes et ses potentialités, devons répondre. Nous voulons une meilleure école, un meilleur hôpital, de l’eau, de l’électricité, des routes, une administration efficace, des emplois, une justice ressentie par les gens, une économie dont les richesses profitent à tous, une jeunesse qui trouve dans son pays tout ce qui la rendrait indépendante de la recherche d’une patrie alternative.
Et, surtout, nous voulons un État qui sait que sa force ne réside pas dans le nombre de discours sur lui-même, mais dans la mesure où le citoyen le ressent dans sa vie quotidienne. À mon sens, c’est le véritable examen du prochain dialogue: qu’il puisse se rapprocher des questions que nous connaissons tous, dont nous parlons parfois, dont nous débattons souvent, puis les laisser en suspens dans l’air. Qu’il place l’éducation, l’emploi, la justice, l’administration, l’unité nationale, l’économie, la gouvernance, la place des jeunes et l’avenir de l’État dans un contexte régional qui n’offre aucune garantie permanente.
Si cela se réalise, le dialogue devient partie intégrante de la construction de l’État. S’il reste dans le simple verbe, il ne fera qu’ajouter un autre dialogue aux archives. Moctar Ould Dada, à Atar, avait demandé la Mauritanie que les enfants de son temps souhaitaient.
Aujourd’hui, Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani, à la même Atar, pose la même question, près de sept décennies plus tard, alors que le pays, son peuple et le monde qui l’entoure ont changé. La question reste la même. La réponse, cependant, appartient à notre génération.
Chaque génération a au moins une occasion de dire à l’histoire: qu’avons‑nous fait quand la confiance du pays nous a été confiée? La Mauritanie que nous voulons n’a pas besoin de se déguiser en ce qu’elle était, ni de s’arrêter à ce qu’elle a été. Elle doit connaître ses origines, voir clairement où elle se tient, et avoir le courage de regarder la route qui s’ouvre devant elle.
Voilà le sens de la question qui revient après toutes ces années: quelle Mauritanie voulons‑nous? La Mauritanie a beaucoup changé… Mais la responsabilité de répondre nous incombe toujours.