Qu’a réalisé le système de réhabilitation et de classification des établissements de construction et des travaux publics en Mauritanie ?
Avant le lancement du système de réhabilitation et de classification des établissements de construction et de travaux publics, l’un des principaux défis auxquels le secteur était confronté résidait dans la difficulté de distinguer les établissements selon leurs capacités réelles — techniques, financières et humaines — ainsi que les conséquences qui en découlent.

D'après les sources officielles, avant l’instauration du système de qualification et de classification des entreprises du bâtiment et des travaux publics, l’un des principaux défis du secteur résidait dans la difficulté à distinguer les entreprises selon leurs réelles capacités techniques, financières et humaines, ce qui entraînait des disparités dans la capacité à exécuter les projets publics dans les délais et avec la qualité requise. C’est dans ce contexte que le décret n° 172‑2022 du 21 novembre 2022 a créé un dispositif national de qualification et de classification des entreprises actives dans le secteur du bâtiment et des travaux publics, sur la base de critères objectifs, afin que chaque entreprise puisse accéder aux marchés correspondant à ses capacités et à son classement. Après près de deux ans et demi de mise en œuvre effective, depuis janvier 2024, des résultats tangibles ont commencé à apparaître dans la structure du secteur des travaux publics mauritanien.
En août 2025, le Ministère du Logement, de l’Urbanisme et de la Réhabilitation foncière a annoncé que 255 entreprises nationales étaient classées, la plateforme électronique ayant reçu environ 973 dossiers depuis son lancement en janvier 2024. Les entreprises classées étaient réparties dans dix domaines: bâtiments, réseaux d’eau, forage de puits, routes, barrages, assainissement, électricité, bassins et réhabilitation agricole. Au mois de mars 2026, le même ministère a indiqué que le nombre d’entreprises classées s’élevait à 380 sociétés de construction.
Cette progression numérique reflète l’élargissement de la base d’entreprises tenues de prouver leurs capacités réelles avant d’être admises à réaliser des projets correspondant à leur catégorie. Un autre résultat notable concerne l’impact du système sur le marché du travail. Selon les données de janvier 2026, la classification de 350 sociétés a permis, après un an d’application, de créer plus de 2 800 emplois directs, notamment pour des compétences d’ingénierie et techniques.
Ainsi, la classification est devenue un levier incitant les entreprises à organiser leurs ressources humaines et à démontrer la disponibilité des compétences requises. Il est également frappant que la classification ne traite plus le secteur du bâtiment et des travaux publics comme un domaine unique. Les entreprises classées sont désormais réparties selon des spécialisations; en août 2025, on comptait 142 entreprises dans le domaine du bâtiment, 40 dans les réseaux d’eau, 13 dans le forage de puits, 8 dans les barrages, 7 dans l’assainissement, 9 dans les routes, ainsi que des entreprises actives dans la production et la distribution d’électricité, les bassins et la réhabilitation agricole.
Le marché commence donc à évoluer d’un modèle où chaque entreprise se présentait comme capable d’exécuter tous types de travaux, vers un modèle davantage axé sur la spécialisation et la capacité technique. Parmi les transformations majeures accompagnant la réforme figure la création d’une plateforme électronique dédiée à la qualification et à la classification des entreprises du bâtiment et des travaux publics. Cette plateforme, mise en place en collaboration avec le Ministère du Logement, de l’Urbanisme et de la Réhabilitation foncière, vise à renforcer la transparence, à améliorer la performance et à assurer la conformité réglementaire des entreprises du secteur.
Le texte du système a dès le départ prévu de s’appuyer sur les informations relatives aux capacités financières et à la main‑d’œuvre des entreprises, y compris les données fiscales et de sécurité sociale, ce qui rend la classification plus proche d’une évaluation réelle de la capacité de l’entreprise, plutôt que d’une simple reliance sur les déclarations fournies dans les dossiers. Les autorités sont entrées dans une phase de révision et d’amélioration du système. En décembre 2025, le comité ministériel chargé de la classification des entreprises a tenu une réunion spécialement consacrée à l’évaluation de l’expérience, les discussions soulignant l’importance des résultats obtenus et la nécessité d’optimiser certaines procédures, d’en accélérer le rythme et de garantir la précision des informations utilisées pour le classement.
En août 2026, le Premier ministre a présidé une réunion du comité ministériel chargé de la qualification et de la classification des entreprises, afin de réexaminer le décret après près de deux ans d’application, d’intégrer les observations issues du terrain et de l’ajuster à la nouvelle ordonnance des marchés publics. Le comité a également reçu pour instruction de poursuivre le travail sur la version finale du décret et sur la plateforme numérique de classification. Les dernières orientations présentées par la ministre du Logement, de l’Urbanisme et de la Réhabilitation foncière, Mme Naha Mint Hamdi Ould Mknas, à l’issue du dernier conseil des ministres, revêtent une importance particulière.
La nouvelle réforme ne se limite pas à améliorer la classification des entreprises, mais s’étend à la reconnaissance des bureaux de supervision, de contrôle et des maîtres d’ouvrage délégués intervenant dans le secteur du bâtiment et des équipements publics. Selon les informations relatives au projet du nouveau décret, la réforme prévoit de réduire le nombre de membres du comité de qualification et de classification de 22 à 15, de diminuer le quorum légal de ses réunions à 50 % + 1, de créer un sous‑comité technique et de fusionner certains domaines de qualification. Cette évolution reflète le passage de la réforme à la deuxième phase du dispositif de gestion des projets publics: après avoir structuré qui exécute le projet, il s’agit désormais d’organiser qui en assure la supervision et le suivi.
Si la première étape s’est concentrée sur la question: « Qui peut réaliser le projet? », la nouvelle phase ajoute la question: « Qui contrôle la qualité de l’exécution, veille au respect des engagements et des délais? ».
Ainsi, l’expérience de la classification au cours des deux dernières années peut être considérée comme une phase fondatrice de la réorganisation du marché du bâtiment et des travaux publics en Mauritanie. Les chiffres offrent des indicateurs clairs, et ce qui revêt une importance majeure, c’est que l’État possède, pour la première fois, un mécanisme institutionnel permettant de déterminer les capacités des entreprises, de les classer et d’associer la taille des projets aux capacités des sociétés, avec une orientation nette vers la numérisation, le renforcement de la transparence, puis l’extension du système aux bureaux de supervision et de contrôle. Le succès de la prochaine étape dépendra donc de la mesure dans laquelle la classification et la reconnaissance des entreprises se traduiront par une meilleure qualité des ouvrages, le respect des délais, l’efficacité des dépenses publiques, le développement des entreprises nationales et le renforcement de la responsabilité professionnelle à chaque phase de mise en œuvre du projet.