Quelle Mauritanie voulons‑nous, et qui en sera interrogé ? / Le chef du mouvement « Iera », le député Biram Dah. Aabid.
À Atar, ville qui a infligé une leçon sévère de dignité et d’orgueil au système de l’oppression et de la flagornerie, les habitants ont interrompu le festival du monsieur El Ghazouani, malgré les ressources injectées et les notables ainsi que les responsables qui affluèrent de toutes parts…

D'après les sources officielles, une Mauritanie où la loi s’applique à tous sans exception, où les institutions remplissent leurs fonctions, où la justice protège les droits, où l’administration sert le citoyen, où le contrôle ne s’arrête pas aux limites des plus faibles. Une Mauritanie où l’eau, l’électricité, l’assainissement, le travail, l’éducation et la santé ne sont pas des subventions mais des droits et des exigences fondamentales de la citoyenneté. Une Mauritanie qui sanctionne le corrompu, quel que soit son poste, qui protège les deniers publics et met fin à l’impunité, même pour les plus hauts responsables.
Une Mauritanie où les marchés ne sont pas distribués aux cousins et aux beaux‑frères, où les bouches ne sont pas bâillonnées, où la médiocrité et la futilité ne dominent pas, où les honnêtes ne sont pas punis, où les comptes sont faits. Monsieur le Président, ce n’est pas une nouvelle vision à découvrir. Ce sont les mêmes principes que chaque discours officiel invoque depuis des décennies.
Le problème n’est donc pas l’absence de vision, mais l’écart entre ce qui est annoncé et ce qui se vit. Quant à votre autre question: « Où allons‑nous? », elle porte une signification inquiétante lorsqu’elle émane du chef de l’État, c’est‑à‑dire du premier responsable de la direction du pays et de la définition de sa trajectoire.
Le citoyen a besoin de savoir où son pays se dirige, qui le conduit et sur quels fondements. Si le capitaine du navire ignore la destination, comment les passagers peuvent‑ils être rassurés quant à la route? Si vous connaissez la destination, il faut la préciser aux Mauritaniens et leur présenter le bilan du chemin parcouru depuis 2019: qu’est‑ce qui a été réalisé?
qu’est‑ce qui ne l’a pas été? pourquoi? La destination ne se mesure pas aux paroles des discours, mais à ce que les politiques et les institutions produisent dans la vie des citoyens.
La vraie question, au final, n’est pas seulement « Où allons‑nous? » mais « Qui conduit? », « Avec quelle vision?
», « Quel bilan? » et « Où ce parcours nous a‑t‑il menés depuis 2019? ».
C’est là que commence la véritable responsabilité politique. Vous avez parlé, Monsieur le Président, du besoin de moderniser le système institutionnel. Les Mauritaniens n’opposent pas la révision des institutions et des lois lorsqu’un besoin réel se fait sentir.
Mais toute réforme sérieuse commence par le diagnostic, pas par les slogans. Quelles institutions sont exactement devenues incapables? Quels textes doivent changer, et pourquoi?
Quel dysfonctionnement a été découvert aujourd’hui après sept ans d’accumulation sans traitement? Pourquoi la réforme n’a‑t‑elle pas démarré plus tôt si le besoin était aussi évident? Et surtout, l’objectif est‑il de renforcer l’État et ses institutions, ou de réarranger les règles du jeu politique lui‑même?
Quelles garanties assurent qu’une réforme institutionnelle serve l’intérêt général et ne profite pas à ceux qui détiennent le pouvoir? Celui qui annonce son intention de modifier les règles de l’État doit expliquer concrètement aux citoyens ce que cela implique, au lieu de se contenter de formules générales sur la « mise à jour » et la « conformité à l’époque ». Avant de parler de nouvelles institutions, il faut revenir à une question antérieure.
La Mauritanie possède une constitution, un parlement, une justice, des organes de contrôle, une administration publique et des mécanismes de reddition de comptes. La question n’est donc pas seulement quelles institutions créer ou modifier, mais pourquoi les institutions existantes ne produisent pas la justice, la transparence et l’efficacité pour lesquelles elles ont été créées? Il y a une différence entre changer les institutions et les faire fonctionner.
Il y a une différence encore plus grande entre changer les textes et changer les pratiques. On peut modifier les lois des dizaines de fois sans bâtir un État de droit tant que la règle de fait reste que le pouvoir des personnes l’emporte sur le pouvoir des institutions. L’État ne se construit pas par la profusion de textes, mais par le respect des textes.
Réformer les règles ne vaut rien sans une volonté politique réelle de les appliquer. De même, la gravité de la lutte contre la corruption ne se mesure pas au nombre de discours qui en parlent. Elle se mesure à des questions plus précises: existe‑t‑il un contrôle indépendant et efficace?
Les deniers publics sont‑ils récupérés? Les sanctions sont‑elles appliquées lorsqu’une responsabilité est établie? Les puissants et les faibles sont‑ils soumis à la même règle?
Les organes de contrôle peuvent‑ils fonctionner sans interférences politiques? La lutte contre la corruption ne se juge pas à la volonté annoncée, mais à ce qui se passe réellement lorsqu’un dossier touche une personne influente. Alors que vous nous invitez, Monsieur le Président, à débattre de l’avenir de l’État, de la vision et des institutions, qu’en est‑il du présent du citoyen?
Pourquoi cherche‑t‑on encore l’eau et l’électricité? Pourquoi le chômage continue‑t‑il d’engloutir la jeunesse du pays? Pourquoi la pauvreté pèse‑t‑elle toujours sur les familles malgré les richesses nationales?
Pourquoi la santé et l’éducation restent‑elles en deçà du niveau que mérite le citoyen? Pourquoi la corruption persiste‑t‑elle dans l’administration? Monsieur le Président, la Mauritanie n’a pas besoin d’une autre question sur la destination.
La destination est connue, annoncée depuis l’indépendance, répétée dans chaque discours. Ce qui manque, c’est d’interroger le pouvoir, quel pouvoir, sur la distance réellement parcourue vers cette destination, et non la beauté des questions qui la reformulent. Les Mauritaniens vous demandent, Monsieur le Président, de répondre à ces questions avant d’aborder le futur lointain et ses conséquences.
Revenir, après sept ans de mandat, à une question qui a soixante‑six ans, sans d’abord examiner les sept années dont nous portons la responsabilité directe, ne fait que transformer la nouvelle question en moyen de reporter la plus importante. La Mauritanie ne souffre pas d’une ambiguïté sur la destination. Le citoyen sait quel État il veut.
L’État connaît les principes sur lesquels il doit se fonder. Les institutions existent, les lois existent. Ce qui manque, c’est que les principes deviennent pratique, que les lois deviennent justice, que les institutions deviennent une force réelle, que les ressources deviennent développement, que le discours devienne résultats.
Il est temps de reprendre la vraie question, celle qui doit être posée aux élites dirigeantes, et en tête, au chef de l’État. La question n’est pas seulement « Quelle Mauritanie voulons‑nous? » mais « Qu’avez‑vous fait, Monsieur le Président, pour construire la Mauritanie désirée?
» Qu’avez‑vous accompli depuis 2019? Qu’est‑ce qui n’a pas été réalisé sous votre mandat? Pourquoi?
Qui porte la responsabilité de l’échec lorsqu’il survient? Enfin, la question la plus importante: qu’avez‑vous fait pour que la Mauritanie que vous dites vouloir devienne réellement la réalité vécue par le citoyen? Biram Ould Dah Ould Aabid, 22 septembre 2026.