Un président qui écoute… et un État qui rend des comptes.
Parmi les présidents, il y en a qui gouvernent depuis les bureaux et se contentent des rapports embellis qui leur sont présentés, et il y en a qui choisissent la voie la plus difficile, affrontent les gens face à face, entendent les plaintes de leurs auteurs, et supportent l’impact du mot franc lorsqu’il est prononcé dans…

D'après les sources officielles, parmi les présidents, certains gouvernent depuis leurs bureaux et se contentent des rapports embellis qui leur sont présentés, tandis que d’autres choisissent la voie la plus difficile: affronter les gens face à face, entendre leurs plaintes, et supporter le poids d’une parole directe lorsqu’elle est prononcée en leur présence. Au cours de ses sept années de mandat, le président Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani a ancré une méthode de gestion de l’État fondée sur le calme, l’ouverture à tous les acteurs, l’écoute avant la décision, et la responsabilité plutôt que la justification; une approche que le pays n’a guère connue dans son histoire politique. Si ces années ont déjà fourni de nombreux exemples de cette démarche, les derniers mois offrent à eux seuls un exemple vivant qui rend superflu tout long discours: du point de presse au palais présidentiel, à la crise des stations électriques, jusqu’à la tournée d’Adrar qui se conclut ces jours‑ci.
Ainsi, lorsque le président s’est tenu au palais présidentiel devant les journalistes en direct, répondant à leurs questions sans réserve, il a envoyé un message clair: le pouvoir en Mauritanie ne craint plus le questionnement. En affirmant qu’il n’y a aucune faveur dans l’application de la loi et en appelant à enquêter sur toute suspicion de corruption, quelle qu’en soit l’origine, il a placé lui‑même et son régime sous le regard de l’opinion publique, une démarche que seuls ceux qui ont confiance en la solidité de leur bilan osent entreprendre. Puis la crise de l’électricité a mis à l’épreuve ce discours sur le terrain.
L’incendie des deux postes de transformation à Nouakchott, suivi d’une coupure qui a plongé de vastes quartiers de la capitale dans l’obscurité, a été l’une de ces crises qui dévoilent la vraie nature des régimes. Le président aurait pu laisser l’affaire aux ministères et à la société, se contenter d’une brève déclaration promettant le rétablissement du service, mais il est descendu lui‑même aux deux postes incendiés, a inspecté les dégâts, a écouté les techniciens et a suivi la remise en service heure par heure. Lorsque la situation s’est stabilisée, il n’a pas simplement classé le dossier comme d’habitude; il a ordonné la création d’une commission d’enquête indépendante incluant le Contrôleur général de l’État, le président de la commission de contrôle des marchés publics et des experts internationaux, chargée de révéler les causes directes et indirectes, de déterminer les responsabilités et de tenir pour compte toute personne dont la négligence serait avérée.
Cette décision a transformé la crise, qui aurait pu rester matière à rumeurs, en un test public de la culture de la reddition de comptes, et en un message à chaque responsable: l’erreur dans le domaine public ne peut plus être enterrée dans le silence. À Adrar, l’autre visage de cette approche s’est manifesté. De Atar à Wadane, de Wadane à Chinguetti, de Chinguetti à Ouguit, le président s’est assis avec les notables, les chefs de famille et les citoyens, a écouté leurs préoccupations au jour le jour, et ses réponses se sont traduites en engagements précis avec des échéances claires: la route de Wadane dans le cadre du projet de budget 2027, une étude spécialisée sur la prospection d’eau à finaliser d’ici trois mois, et la possibilité de forer à de grandes profondeurs si les résultats s’avèrent encourageants.
Un politicien qui lie ses promesses à l’histoire ne fait que placer sa crédibilité devant le peuple, preuve d’une sincérité que ne possède pas celui qui maîtrise l’art de l’esquive. Il est notable que le président s’adresse à Adrar avec le langage d’un chef d’État qui pense à l’avenir, loin de la logique du donateur qui distribue des cadeaux. Il invite les hommes d’affaires à investir dans les villes intérieures, et il lie la protection du patrimoine au développement durable; deux éléments qui révèlent une compréhension profonde du problème, car les villes historiques ne se sauvent pas grâce à la nostalgie ou aux festivals, mais grâce à des emplois qui retiennent leurs jeunes et à une économie qui donne à la vie dans ces villes une raison de perdurer.
En parlant d’amélioration des ressources propres de l’État et de sa capacité à financer ses projets, ainsi que d’un programme complet de réhabilitation du réseau routier et de désenclavement des zones de production, il propose une vision à long terme qui dépasse la simple réponse ponctuelle. Quant au calme que certains perçoivent comme un ralentissement, il a une autre lecture dans le contexte réel. Dans une région tourbillonnée par coups d’État, conflits et polarisation aiguë, la Mauritanie a maintenu sa stabilité, et son discours politique est resté à l’écart des tensions et de l’exclusion.
Ce calme constitue une force qui protège le pays dans une zone qui ne tolère pas l’aventure, et il est une condition indispensable à tout véritable développement: un État occupé à éteindre les feux de la politique n’a pas le temps de construire des routes ou de forer des puits. Aucun pays n’est exempt d’erreurs ou de dysfonctionnements, mais ce qui distingue l’expérience du président El Ghazouani, c’est sa manière de les gérer: les reconnaître plutôt que les nier, les enquêter plutôt que les couvrir, et descendre sur le terrain plutôt que de se réfugier derrière les rapports. Dès lors, soutenir cette approche devient un devoir national, un soutien conscient qui s’accompagne de suivi et de contrôle, afin que les promesses se transforment en routes pavées, en eaux courantes et en électricité stable, et que les citoyens de Wadane, de Chinguetti comme de Nouakchott sentent l’État plus proche d’eux.
Professeur Mohamedou Lmarabit, maître d’enseignement supérieur.