Politique·

Les élections du Maroc bouleversent les équilibres des alliés… le « PAM » et les « Libéraux » devant un nouveau test.

Après des semaines d’affrontements politiques et d’accusations mutuelles pendant la campagne électorale, les partis « الأصالة والمعاصرة » et « التجمع الوطني للأحرار » se retrouvent face à un nouveau test intitulé la possibilité de revenir au travail gouvernemental…

LD
La DépêcheTraduit de l'arabe
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D'après les sources officielles, les résultats provisoires officiels annoncés jeudi matin par le ministre marocain de l’Intérieur, Abdelouafi Laftit, montrent que le parti Authenticité et Modernité arrive en tête avec 97 sièges, suivi du Rassemblement national des libres avec 66 sièges, puis le Parti de l’indépendance avec 65 sièges, tandis que le Parti de la justice et du développement se place quatrième avec 54 sièges. Le taux de participation s’élève à 38,08 %. Ces chiffres donnent aux trois partis qui formaient la majorité gouvernementale sortante – les « Libres », l’« Authenticité et Modernité » et l’« Indépendance » – un total de 228 sièges sur 395, soit plus de la majorité absolue requise à l’Assemblée des représentants, ce qui rend très probable la reconstitution d’une coalition gouvernementale à trois dans les prochaines consultations, même si les résultats seuls ne déterminent pas la forme finale de l’alliance.

Des alliés du gouvernement aux opposants de la campagne, les deux partis qui pourraient à nouveau s’allier pour former le gouvernement se sont récemment retrouvés au cœur de l’une des confrontations électorales les plus vives au sein même de la majorité. Dans les semaines précédant le scrutin, le Rassemblement national des libres a accusé son partenaire de gouvernement d’avoir courtisé des parlementaires, des électeurs et des cadres locaux, évoquant pressions, incitations et intimidations, et a estimé que cela dépassait les limites d’une concurrence politique normale. Le PAM a rejeté ces accusations, affirmant que les passages à son giron se font sur la base de la liberté de choix, rappelant que les « Libres » eux‑mêmes avaient, avant les élections de 2021, attiré plusieurs parlementaires issus d’autres partis, dont d’anciens membres du PAM.

Le différend ne s’est pas limité aux déclarations partisanes, il a également concerné les positions de la direction quant à l’avenir de l’alliance. Les médias marocains ont rapporté que Fatima Zahra Mansouri, coordinatrice de la direction collective du PAM, n’est pas personnellement encline à renouveler l’alliance avec les « Libres » si ceux‑ci remportent les élections, tout en soulignant que la décision finale sur les coalitions revient aux instances du parti. De son côté, Aziz Akhannouch, chef des « Libres », a évité, pendant la campagne, de tracer des lignes rouges préalables aux alliances, insistant sur le fait que les résultats des urnes doivent précéder toute discussion sur la forme de la future majorité.

Les résultats ont renversé les équilibres relationnels, mais les urnes ont aussi réordonné la relation entre les deux parties. En 2021, les « Libres » dominaient la scène, obtenant la première place qui avait conduit à la nomination d’Aziz Akhannouch à la tête du gouvernement, avant d’entrer dans une coalition avec l’Authenticité et Modernité et l’Indépendance. En 2026, la tête du tableau est passée au PAM avec une avance de 31 sièges sur les « Libres ».

Selon l’article 47 de la Constitution marocaine, le roi nomme le chef du gouvernement à partir du parti politique qui arrive en tête des élections législatives, sur la base de leurs résultats. Cela signifie que tout débat sur une nouvelle alliance entre les deux partis ne sera pas simplement une reprise de la formule gouvernementale précédente; l’équation politique a changé, le PAM étant désormais le parti dominant, tandis que les « Libres » occupent la deuxième place. Ainsi, l’un des dossiers majeurs qui sera soulevé lors des consultations portera sur la répartition des responsabilités au sein de la nouvelle majorité, en particulier la présidence du gouvernement, la distribution des portefeuilles ministériels et la coordination entre les trois partis.

Les calculs numériques suffiront‑ils à dépasser le différend? Sur le plan purement quantitatif, l’équation semble claire: le PAM et les « Libres » détiennent ensemble 163 sièges, soit moins que les 198 sièges nécessaires pour garantir une majorité absolue à l’Assemblée. En ajoutant le Parti de l’indépendance, le total des trois partis atteint 228 sièges, ce qui rend l’Indépendance un acteur clé de toute reconstruction de l’alliance précédente, à moins que les négociations n’aboutissent à une formule incluant d’autres partis.

Mais les simples comptes ne déterminent pas à elles seules la composition du futur gouvernement. La coalition précédente a, surtout dans ses derniers mois, révélé des divergences internes sur plusieurs dossiers, avant que la compétition électorale entre les « Libres » et le PAM ne se transforme en affrontement public sur l’attraction des élus et des candidats. Cela soulève une question pratique pour les deux partis: la confrontation était‑elle simplement le reflet de la logique électorale, se terminant avec la fin de la campagne et l’annonce des résultats, ou bien a‑t‑elle mis au jour des désaccords plus profonds susceptibles d’entraver la formation d’un nouveau gouvernement?

Un gouvernement unique après un discours électoral tendu dépendra de la capacité des dirigeants à séparer la logique de la compétition électorale de celle de la gestion gouvernementale. Les campagnes électorales mettent naturellement en avant les différences entre les partis et interrogent les adversaires sur leurs performances, tandis qu’un gouvernement de coalition exige un niveau supérieur de coordination et la capacité de rédiger un programme commun et de répartir les responsabilités. Malgré l’intensité de la concurrence pendant la campagne, un retour à l’alliance reste possible; et, le cas échéant, ce ne sera pas sans précédent dans la vie politique marocaine, les partis ayant déjà mené une lutte acharnée lors des élections pour ensuite revenir à la table des négociations lorsque les résultats ont imposé la logique de construction de la majorité.

Le PAM, en tant que parti en tête des élections, porte la responsabilité de conduire les consultations, tandis que les « Libres » devront déterminer leur position dans la prochaine majorité et les conditions de leur participation. Le Parti de l’indépendance, qui se classe troisième avec 65 sièges, possède un poids parlementaire qui rend sa présence indispensable dans toute formule incluant les deux partis dominants. Ainsi, les élections du 23 septembre ont peut‑être mis fin à la bataille des urnes entre le PAM et les « Libres », mais elles ont ouvert, en contrepartie, la bataille de la négociation sur la forme du futur gouvernement.

Les élections marocaines renversent les équilibres des alliés… le PAM et les « Libres » face à un nouveau test.

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