Économie·

Les oasis au service de la souveraineté alimentaire.

Partant de ce que a exprimé Son Excellence le Président de la République, M. Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani, lors de sa rencontre avec les cadres et élus du département d’Ouajdit, mercredi soir 23 septembre 2026, à l’issue de sa visite dans la wilaya d’Adrar, concernant l’agriculture et la souveraineté.

AI
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D'après les sources officielles, le Président de la République a souligné le caractère stratégique du développement des oasis, en le liant à la souveraineté alimentaire, compte tenu du potentiel prometteur de ce secteur pour augmenter la production et améliorer sa rentabilité. Les crises mondiales successives ont montré que l’alimentation n’est plus une simple marchandise soumise aux règles du marché et du commerce, mais qu’elle constitue un pilier essentiel de la sécurité économique et de la souveraineté nationale. Renforcer les capacités de production locales et réduire la dépendance aux marchés extérieurs sont donc des choix stratégiques pour affirmer l’indépendance des décisions nationales et la capacité à faire face aux crises et aux fluctuations internationales.

Ainsi, le programme de travail de la nouvelle agence devrait débuter par une évaluation calme et objective de ce que nous possédons, et non à partir de zéro. L’État a investi, au cours des dernières décennies, des ressources considérables dans le développement et la modernisation des oasis, et nos partenaires, notamment les fonds arabes, ont financé des programmes de création d’oasis et de soutien aux producteurs. Une société de dattes mauritanienne et un laboratoire du palmier ont été créés, et des expertises techniques et institutionnelles importantes se sont accumulées, qu’il faut consolider et exploiter.

Mais il est également légitime, après des années d’efforts et d’investissements, de se demander: qu’est‑ce qui a fonctionné? qu’est‑ce qui n’a pas donné les résultats attendus? où se situent les véritables difficultés qui limitent la contribution des oasis à la production, aux revenus et à la souveraineté alimentaire?

D’après mon expérience, cinq questions essentielles méritent d’être au cœur du débat sur le futur mandat de l’agence. **1. L’eau, fondement du développement et de la durabilité** Il est impossible d’envisager l’avenir des oasis sans traiter la question de l’eau, facteur décisif comme l’a rappelé le Président.

Aujourd’hui, il ne s’agit plus seulement de creuser davantage de puits; il faut connaître précisément le stock souterrain et sa capacité de renouvellement, explorer les potentialités des couches profondes sur une base scientifique, gérer l’eau de façon plus efficace et économique, diffuser les techniques d’irrigation appropriées et exploiter les eaux de pluie et les crues lorsque cela est possible. L’objectif doit être de maximiser la production et la valeur économique de chaque mètre cube d’eau, tout en préservant cette ressource pour les générations futures. L’expansion de l’énergie solaire pour le pompage doit être accompagnée de règles de gestion afin d’éviter l’épuisement du stock souterrain, comme cela se produit déjà dans plusieurs vallées, notamment dans la wilaya d’Adrar.

**2. Rompre l’isolement et relier la production aux marchés** Ce point, souligné par le Président à Ougadougou, revêt une importance économique particulière. La voie d’accès n’est pas seulement un service social; elle constitue une composante essentielle de la chaîne de valeur.

On peut produire un bon rendement, mais si le coût de transport est élevé ou si l’arrivée sur le marché est retardée, le producteur perd une part importante de la valeur de son produit. Relier les zones de production aux routes et aux marchés, améliorer les services de transport, représente donc un investissement direct dans la production et la souveraineté alimentaire. **3.

Productivité, qualité et diversification** Il faut progressivement passer d’une focalisation sur le nombre de palmiers et les surfaces réhabilitées à une attention portée sur la productivité du palmier à l’hectare, la qualité du produit et sa valeur commerciale. Il convient de privilégier les variétés à haut rendement et à forte valeur marchande, qu’il s’agisse de cultivars locaux améliorés ou de variétés internationales adaptées aux conditions climatiques et hydriques du pays. L’augmentation des revenus des agriculteurs et des investisseurs doit être au cœur de cette orientation, via la rénovation des oasis, le développement de pépinières, de services techniques, de conseil et de recherche agricole, ainsi que le renforcement de la lutte contre les ravageurs.

L’économie de l’oasis ne doit pas se limiter aux dattes; les cultures sous palmier – légumes, fourrages et autres productions compatibles avec le climat oasis – peuvent élargir le cycle économique, permettre une production pendant une plus grande partie de l’année, tout en respectant les ressources en eau disponibles et la rentabilité de chaque activité. **4. Valorisation de la production et développement des chaînes de valeur** La phase post‑récolte constitue une chaîne qui nécessite davantage d’attention: stockage, réfrigération, tri, classification, conditionnement, transformation, commercialisation et ouverture de nouveaux marchés.

À ce stade, la restructuration de la société de dattes mauritanienne pourrait offrir l’opportunité de redéfinir son rôle sur des bases économiques et commerciales claires, en misant sur la qualité, la valeur ajoutée et la compétitivité, tout en étudiant la participation du secteur privé au capital ou la mise en place de partenariats économiques réels. **5. Concevoir l’oasis comme une unité économique intégrée** L’expérience montre que des interventions isolées n’engendrent pas toujours l’impact escompté.

Un puits ici, une clôture là, du matériel ailleurs; toutes ces dépenses peuvent être utiles, mais leur effet reste limité si elles ne s’insèrent pas dans un système global réunissant eau, route, énergie, production, stockage, transformation et commercialisation. Le passage requis consiste donc à passer du financement d’activités fragmentées à l’investissement dans des pôles de production intégrés, dotés d’infrastructures, de services et de compétences techniques, capables d’attirer les capitaux privés et de générer des résultats économiques mesurables. Il faut commencer avec un nombre limité de pôles où les facteurs de succès sont réunis, afin d’obtenir rapidement des résultats positifs.

### La nouvelle agence: planification, coordination et mobilisation des investissements Je considère que la vraie valeur de la nouvelle agence résidera dans sa capacité à rassembler ces éléments sous une vision unique, et non à remplacer les directions et institutions déjà actives dans les domaines concernés. Idéalement, il s’agirait d’une agence légère, flexible, techniquement solide, dotée de compétences et d’expertises reconnues, capable de planifier, de coordonner, de préparer les projets, de mobiliser les financements, d’attirer les investissements et de suivre les résultats, plutôt que de créer une lourde structure administrative chargée d’exécuter toutes les activités. Parmi ses premières missions, je proposerais: 1.

Réaliser un inventaire moderne et complet des oasis, incluant un atlas numérique précisant le nombre réel d’oasis, leurs superficies, leurs ressources en eau, leurs niveaux de production, le nombre de palmiers, leur état et leur productivité, les oasis menacées de dégradation et les zones où des opportunités réelles d’expansion et d’investissement existent. 2. Sur la base de ces données, classer les interventions et définir les priorités: toutes les oasis ne sont pas dans la même situation et ne doivent pas forcément être traitées avec les mêmes outils.

Certaines nécessitent une protection et une réhabilitation, d’autres ont un potentiel clair d’augmentation de la productivité, et d’autres encore offrent les conditions pour créer de nouveaux pôles de production, à condition de vérifier scientifiquement la disponibilité et la durabilité de l’eau. 3. S’appuyer sur les expertises accumulées dans le domaine et sur les expériences d’institutions similaires dans la région, en adoptant des outils modernes de planification, de suivi et d’évaluation de la performance.

### Financement: de la recherche de projets à la mobilisation des ressources et des investissements Un point que je juge fondamental est le financement. Nous avons une longue expérience avec le Fonds arabe de développement économique et social dans le financement des projets d’oasis; il faut évaluer les résultats de ce partenariat, s’en inspirer et l’élargir aux autres fonds arabes et islamiques. Mais il faut aussi reconnaître que le paysage du financement du développement a profondément changé; les opportunités d’aujourd’hui sont plus nombreuses et diversifiées.

L’oasis n’est plus seulement un projet agricole; elle devient un levier d’adaptation au changement climatique, de gestion de l’eau, de lutte contre la désertification, de restauration des écosystèmes, de création d’emplois et de renforcement de la résilience des communautés locales. Cela ouvre la porte à des financements climatiques et environnementaux internationaux: le Fonds vert pour le climat, le mécanisme environnemental mondial et ses fonds, la Banque mondiale, la Banque africaine de développement, les programmes spécialisés des Nations unies, ainsi que les institutions de coopération bilatérale et multilatérale, selon leurs critères et priorités. Cependant, mobiliser ces ressources nécessite une nouvelle approche: il ne s’agit plus d’attendre que le partenaire propose un projet clé en main, mais de disposer d’une vision nationale claire et d’un portefeuille de projets étudiés, prêts à être financés, puis de rechercher pour chaque projet le partenaire le plus adapté.

Dès le départ, la nouvelle agence devrait disposer d’une unité technique hautement qualifiée pour la préparation des projets, la mobilisation des ressources et la construction de partenariats, tirant parti des expériences nationales et internationales et des agences analogues de la sous‑région. Le secteur privé doit également jouer un rôle fort dans la prochaine phase. Il n’est ni nécessaire ni économiquement judicieux que l’État investisse dans toutes les maillons de la chaîne de valeur.

Le rôle de l’État reste central pour l’eau, les routes, les infrastructures, la régulation, la réduction des risques et la création d’un climat d’investissement favorable, tandis que les investisseurs privés peuvent intervenir dans le stockage, la réfrigération, le conditionnement, les industries agro‑alimentaires, l’énergie solaire, les services agricoles, le transport, le tourisme oasis, etc. Des mécanismes de financement innovants, combinant fonds publics, financement facilité et capitaux privés, pourraient permettre de partager les risques et de faciliter l’accès au crédit pour les producteurs et les PME, notamment dans les filières de transformation et d’emballage. Après la constitution du portefeuille de projets, il conviendra d’organiser une table ronde de mobilisation des financements et des investissements pour le développement des oasis, réunissant fonds arabes, partenaires internationaux, fonds climatiques et acteurs privés autour de projets ciblés, étudiés et réalisables.

### Population et environnement au cœur du développement oasis Un autre volet ne doit pas être négligé: les habitants des oasis. L’oasis n’est pas seulement des palmiers et de l’eau; c’est une communauté, une histoire, une civilisation, un mode de vie et un espace de stabilité humaine. Si les jeunes ne trouvent pas d’opportunités d’emploi, d’investissement ou de revenu dans leurs régions, les seules infrastructures matérielles ne suffiront pas à freiner l’exode vers les villes.

Ainsi, les opportunités pour les jeunes et les femmes, la formation professionnelle, les petites entreprises, les services, le tourisme et les activités liées à la production doivent être intégrés de façon intrinsèque à la politique de développement des oasis, et non traités comme des programmes annexes. Il faut également impliquer les organisations locales, les producteurs et les communautés dans la définition des priorités, la conception, la mise en œuvre et le suivi des projets, afin de renforcer la propriété locale des investissements et d’assurer la durabilité des résultats. Sur le plan environnemental, les enjeux sont aujourd’hui plus pressants que jamais: l’avancée des dunes, la dégradation des sols, l’augmentation des températures, l’instabilité des précipitations et la pression croissante sur les ressources en eau affectent directement l’avenir de ces zones.

Cela impose une meilleure coordination entre la politique de développement des oasis et les programmes nationaux de lutte contre la désertification, de restauration des terres, d’adaptation au changement climatique, ainsi que l’exploitation des expertises et interventions menées par les institutions nationales concernées (stabilisation des dunes, reboisement, protection des bassins hydrologiques, solutions basées sur la nature, etc.). ### Vers une vision nationale intégrée du développement des zones désertiques Peut‑être ce débat, à moyen terme, nous conduira‑t‑il à une question plus large: devons‑nous nous contenter d’une politique de développement des oasis, ou commencer à envisager une vision nationale intégrée du développement des zones désertiques mauritaniennes, notamment à la lumière des opportunités offertes par les grands projets d’hydrogène vert et la possible importation d’eau dessalée depuis l’océan vers certaines zones intérieures, si les études confirment leur viabilité économique et environnementale? Il ne s’agit pas, bien sûr, d’un développement agricole incontrôlé du désert, avec ses coûts hydriques, économiques et écologiques, mais de l’identification des activités les plus appropriées à chaque région selon ses ressources réelles et ses avantages comparatifs: oasis, agriculture à faible consommation d’eau, élevage, énergies renouvelables, tourisme, valorisation des produits locaux, restauration des terres et des écosystèmes.

Une telle vision permettrait une meilleure synergie entre les investissements agricoles, hydriques, énergétiques et d’infrastructures, offrant aux zones désertiques de nouvelles perspectives économiques au‑delà des activités traditionnelles, tout en préservant leurs ressources naturelles et leurs spécificités sociales et environnementales. ### Priorités opérationnelles pour la prochaine phase À mon avis, le démarrage pourrait se concentrer sur un ensemble limité et clair d’étapes pratiques: 1. Réaliser une évaluation objective et exhaustive des projets d’oasis antérieurs, identifier les résultats obtenus, tirer les leçons et s’appuyer sur les succès.

2. Établir un inventaire complet et un atlas numérique moderne des oasis et de leurs ressources en eau, afin de disposer d’une référence pour la planification et l’orientation des investissements. 3.

Mettre en place un programme dédié à l’exploration des ressources en eau, à leur gouvernance et à leur utilisation rationnelle sur une base scientifique, en diffusant les techniques d’irrigation économes. 4. Lancer un programme d’amélioration de la productivité du palmier, de rénovation des oasis dégradées, de diversification des variétés et des productions agricoles à l’intérieur, en renforçant la recherche, le conseil et la lutte contre les ravageurs.

5. Sélectionner un nombre limité de pôles de production modèles, regrouper les investissements dans un package intégré incluant eau, énergie, routes, production, stockage, transformation et commercialisation. 6.

Restructurer la société de dattes mauritanienne sur des bases économiques et commerciales claires, encourager le partenariat avec le secteur privé et développer les industries de transformation. 7. Créer une unité spécialisée au sein de la nouvelle agence pour la préparation des projets, la mobilisation des financements et des investissements, et la constitution d’un portefeuille national de projets finançables.

8. Impliquer les organisations locales, le secteur privé, les producteurs et les communautés dès la phase de planification, en accordant une attention particulière aux jeunes et aux femmes. 9.

Instaurer un système de suivi et d’évaluation reposant sur des indicateurs précis: productivité du palmier, efficacité de l’usage de l’eau, revenu des producteurs, création d’emplois, volume des investissements attirés, durabilité des ressources naturelles. Il peut être judicieux de commencer avec un nombre limité de zones pilotes, mesurer les résultats de façon rigoureuse, puis étendre l’approche aux autres régions une fois le modèle validé. Concentrer les premiers efforts sur trois ou quatre pôles intégrés dans chaque wilaya ciblée, selon les capacités disponibles, pourrait générer un impact économique et de développement plus important que la dispersion des ressources sur de multiples petites interventions.

### Des oasis à la souveraineté alimentaire et au développement équilibré Ce que le Président a annoncé à Ougadougou ouvre la voie à une révision d’un dossier ancien avec de nouveaux outils et une nouvelle vision, plaçant l’avenir des oasis dans un débat plus large sur la production, la souveraineté alimentaire et le développement équilibré. Nous disposons d’une expérience sur laquelle nous devons nous appuyer, de déséquilibres dont nous devons tirer les enseignements, et aujourd’hui d’opportunités qui n’existaient pas il y a quelques années: technologies, financements climatiques, énergies renouvelables, partenariats avec le secteur privé, sans oublier la place prépondérante que la souveraineté alimentaire occupe désormais parmi les priorités de l’État. Si la nouvelle agence est bien conçue, avec des missions claires, la flexibilité et les capacités techniques nécessaires, et si ses performances sont liées à des résultats mesurables, elle pourra marquer le passage d’une gestion fragmentée des projets et institutions oasis à la construction d’une économie oasis productive, durable et intégrée à l’économie nationale.

L’ambition, à mon sens, ne doit pas se limiter à augmenter la production de dattes, même si cela contribue à l’autosuffisance et à la réduction des importations. L’essentiel est que les oasis deviennent des zones productrices de nourriture, de richesse et d’emplois, attractives pour les investisseurs, capables de préserver leurs ressources et la stabilité de leurs populations, et qu’elles contribuent davantage à l’économie nationale, à la souveraineté alimentaire et à la durabilité environnementale. À plus long terme, le succès de cette expérience pourrait servir de socle à une vision nationale plus large du développement des zones oasis et désertiques, exploitant leurs potentialités agricoles, hydriques, énergétiques et touristiques, tout en liant la croissance économique à la protection des ressources naturelles, à la stabilité humaine et à la résilience climatique.

Cette approche globale, qui relie l’eau à la production, la route au marché, l’investissement à l’emploi et le développement à la stabilité, pourrait devenir le point de départ d’un débat national constructif sur la nouvelle agence et l’avenir des oasis en Mauritanie. Le véritable enjeu ne réside pas seulement dans la création d’une nouvelle institution, mais dans l’élaboration d’un modèle de développement capable de transformer le potentiel des oasis et des zones désertiques en production durable, valeur économique et création d’emplois, dans le cadre d’une vision nationale intégrée de la souveraineté alimentaire et du développement équilibré. Merci à l’Excellence du Président de la République d’avoir ouvert cet horizon et offert la possibilité de repenser l’avenir des oasis et leur rôle dans le développement national.

Et en avant, pour renforcer la production, la souveraineté alimentaire et le développement équilibré de notre pays.

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