Politique·

Notes sur « Notes de visite du président »

La force des systèmes politiques ne se mesure pas seulement à leur capacité à vaincre leurs adversaires lors d’affrontements directs, mais aussi à leur aptitude à contrôler les conditions qui engendrent même le conflit, puisque l’opposition ne…

AI
Alakhbar.infoTraduit de l'arabe
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Ainsi, lorsqu’on ne considère plus la contestation comme dirigée contre une autorité qui ferme le champ à l’opposition ou qui rend son exclusion conditionnelle à sa survie, mais contre une autorité décrite selon la logique du « cheikh », la description semble presque admettre que le régime possède la capacité de rassembler, d’assimiler et d’absorber les contradictions, d’en désamorcer les étincelles avant qu’elles ne se transforment en crises. Ce que je veux qualifier de faiblesse dans la structure du pouvoir peut être désigné, en termes politiques plus précis, comme « l’assimilation politique calme »: la capacité à maintenir la rivalité dans le domaine public sans la transformer en un conflit existentiel entre le pouvoir et ses détracteurs. Dans ce sens, l’expression porte en elle une forme de résignation politique, non pas au sens d’une soumission à l’autorité ou d’un abandon de l’opposition, mais au sens d’une acceptation tacite de la diminution de l’efficacité de certains outils de contestation qui, à une époque antérieure, constituaient la force du discours opposant.

La polarisation aiguë unissait des forces disparates, la rupture conférait à l’opposition la légitimité de la confrontation, la contrainte générait un capital moral convertible en mobilisation politique. Lorsque ces éléments s’amenuisent et que l’opposant reste capable d’organiser, de critiquer et de s’asseoir à la table des négociations, le centre de la compétition passe progressivement de la preuve du droit d’exister à la preuve de la capacité à proposer une alternative. Cependant, la difficulté de créer une rivalité aujourd’hui pousse l’article à invoquer le passé, en faisant du fait que le président de la République figure dans le système étatique depuis 2005 un fondement d’une responsabilité qui s’étend sur l’ensemble des étapes antérieures.

Mais la responsabilité politique ne se transmet pas automatiquement du régime à chaque personne qui y a occupé un poste, tout comme les prérogatives du président de la République ne sont pas identiques à celles d’un ministre, d’un chef d’institution ou d’un fonctionnaire de haut rang; la responsabilité est attribuée en fonction du rôle de la personne dans la prise de décision et de l’étendue de son pouvoir. De plus, transformer le passé en une identité politique définitive empêche la politique même de se réviser et d’évoluer, ce qui est difficile à appliquer à notre histoire politique marquée par des transitions récurrentes entre pouvoir et opposition, des changements de positions et d’alliances. L’un des exemples les plus proches de la remise en cause de cet appel au passé a été celui des alliances et des rapprochements de l’opposition observés lors des présidences de 2019, accompagnés de discours et de justifications politiques qui contredisent ce principe « irréaliste ».

Ainsi, la question centrale concernant le président de la République ne se limite pas aux fonctions qu’il a occupées avant 2019, mais porte sur ce qu’il a fait depuis qu’il détient le premier pouvoir constitutionnel du pays: qu’a‑t‑il hérité? qu’a‑t‑il choisi? qu’a‑t‑il maintenu?

qu’a‑t‑il modifié? Dans le même ordre d’idées, tenter de transformer la franchise du président de la République quant aux dysfonctionnements en un vecteur de responsabilité politique révèle une autre contradiction. Sa transparence dans le diagnostic des carences et sa clarté à nommer les défis, sans déni ni embellissement, ont détourné le discours opposant de la fonction exclusive de révélation et de diagnostic, affaiblissant ainsi l’efficacité d’un discours qui, en partie, se fondait sur la reconnaissance des problèmes comme une victoire narrative.

Sous cet angle, la franchise apparaît comme une expression d’intégrité diagnostique et d’une approche présidentielle responsable, faisant du constat des désordres un point d’entrée pour la réforme plutôt qu’un matériau exclusif de la rivalité politique. L’écart entre les faits et les récits se manifeste plus nettement lorsqu’on parle du dialogue politique. Il est difficile de concilier l’affirmation selon laquelle le régime se serait retiré de toute demande de dialogue pendant toutes ses années de pouvoir avec le fait qu’un processus politique a été co‑construit par l’opposition elle‑même.

En 2022, les forces de l’opposition ont participé à une consultation politique, ont présenté leurs propositions, et les pourparlers ont débouché sur un accord politique portant sur un ensemble de règles organisant les élections. Par la suite, des représentants de l’opposition ont insisté sur la nécessité de protéger cet accord et de sauvegarder les acquis qu’il contenait. Ainsi, la mémoire politique ne peut transformer le désaccord sur les résultats de la consultation en un déni de son existence, ni réduire la participation effective à des années entières de rejet du dialogue.

Le processus politique s’est poursuivi, aboutissant à la signature du document de référence du dialogue national le 14 juillet 2026, en présence de représentants de la majorité et de l’opposition. Le contraste devient alors davantage une question de mémoire que de position: une participation qui était un acte politique déclaré au moment de la signature ne peut devenir une inexistence lorsque le besoin rhétorique change. La contradiction se renforce lorsqu’on la met en regard de la vision que le discours opposant avait déjà présentée du rôle de l’opposition, considérée comme un service public à exercer avec responsabilité, et que le gouvernement doit écouter les voix qui le signalent.

Si le dialogue est souhaité, il est normal qu’il engendre des convergences et des ententes sans que cela signifie la fin de l’opposition. En revanche, l’exiger puis effacer ses traces de la mémoire dès que les résultats divergent rend le critère mobile, de sorte qu’aucun fait ne peut pleinement le satisfaire. La discussion dépasse alors les détails d’une visite présidentielle pour toucher à la nature même de l’opposition.

Une opposition forte n’est pas celle qui a besoin d’un pouvoir défaillant pour être efficace, ni celle dont la capacité de mobilisation dépend du degré d’exclusion subi, mais celle qui peut produire son projet et sa présence même dans un cadre politique calme, passant de l’investissement dans la tension à la compétition sur les politiques, du recours à l’erreur du pouvoir à la proposition d’une alternative. Plus le régime réussit à réduire le niveau de confrontation, plus cette tâche devient difficile, car la compétition passe du domaine moral, où le ressentiment confère un avantage clair, au domaine politique, où le programme, la compétence et les résultats deviennent les principaux outils de gouvernance. C’est sans doute le sens le plus profond que recèle le terme « cheikhique » tel que je souhaite le dissimuler: il ne s’agit pas, dans ce contexte, d’une description convaincante d’un État revenu à une époque antérieure à la politique moderne, mais plutôt d’un marqueur linguistique indiquant qu’une partie du discours opposant n’a pas encore trouvé la formulation adaptée à la transformation du champ politique.

En effet, le pouvoir n’a pas eu besoin d’abolir ou d’exclure l’opposition pour se stabiliser, mais a maintenu le champ ouvert à la critique, au dialogue et à la concurrence, ce qui a privé les outils traditionnels de la rivalité d’une partie de l’environnement qui leur assurait leur efficacité. Le discours opposant a donc dû chercher des instruments plus appropriés à une réalité politique où les conditions de confrontation ont changé.

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