Politique·

L'État que nous voulons commence par le citoyen que nous voulons.

La question du président Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani, lors de sa dernière visite à la ville d’Atar, sur «Quel Mauritanie voulons‑nous ?» et «Où allons‑nous ?», a suscité un large débat dans les milieux politiques et médiatiques ainsi que sur les réseaux sociaux. Il…

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Alakhbar.infoTraduit de l'arabe
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D'après les sources officielles, l’expérience politique mauritanienne, à des degrés divers selon les périodes, a connu la présence de la tribu, de ses cheikhs et de ses réseaux sociaux dans le domaine politique. Cette réalité doit être abordée de façon réaliste, ni en l’ignorant ni en l’exagérant, si l’on veut bâtir un État plus moderne et plus citoyen. **Responsabilité des élites** La responsabilité de former le citoyen ne repose pas uniquement sur le pouvoir.

Le rôle décisif revient aux élites politiques, intellectuelles, culturelles, médiatiques et académiques, censées orienter le débat public, faire passer la société du raisonnement centré sur les personnes à celui centré sur les institutions, et élargir les loyautés étroites vers la notion d’intérêt général. L’absence ou la faiblesse de ce rôle, à certaines étapes, a laissé un large champ libre aux discours politiques opportunistes et à la reproduction d’une culture où le citoyen regarde l’État à travers le prisme de sa communauté, de sa région ou de ses relations, plutôt que comme un bien commun devant servir tous les citoyens selon la loi. Une élite qui ne produit ni idées, ni explications des transformations, ni aide la société à comprendre le sens de la citoyenneté, crée un vide rapidement comblé par des discours populistes et des intérêts étroits.

**Peut‑on bâtir un système politique moderne dans une société traditionnelle?** Voici la contradiction fondamentale. Comment parler de réforme du système politique, de développement des institutions, d’un État de citoyenneté et de droit, sans discuter avec la même intensité de la culture sociale et politique qui anime ces institutions? Le système politique n’est pas seulement constitué de lois électorales, de partis, de parlement ou de gouvernement.

Il englobe aussi la relation du citoyen à l’État, sa perception du pouvoir, la manière dont il choisit ses représentants, les critères qu’il utilise pour évaluer les responsables, et sa disposition à placer l’intérêt général au-dessus de l’intérêt personnel. Ainsi, toute réforme politique véritable ne doit pas se limiter à la question: quelles institutions voulons‑nous? Elle doit s’étendre à une interrogation plus profonde: quel citoyen voulons‑nous qui crée ces institutions et les protège?

**École, médias, culture** Si l’objectif est de former un citoyen qui croit en l’État, l’école doit être au cœur de ce projet. Elle ne doit pas se contenter d’enseigner la lecture, l’écriture et les connaissances académiques, mais aussi contribuer à forger la personnalité du citoyen, lui inculquer le sens du droit, du devoir, de l’intérêt général, du respect de la différence et de l’acceptation de l’autre. Les médias et la culture ont également un rôle accru: ils doivent transformer le débat public d’un conflit autour des personnes et des positions à un débat sur les politiques, les programmes et l’avenir.

Une société qui discute constamment de qui obtiendra le poste, à quel groupe appartient tel ou tel individu, ou qui détient l’influence, sans débattre suffisamment de ce que le responsable fera et comment il sera tenu responsable, aura du mal à passer à une pratique politique institutionnelle. **De « Quelle Mauritanie voulons‑nous? » à « Quel peuple voulons‑nous?

»** La question posée par le président à Atar peut ainsi s’élargir à une autre: quel peuple voulons‑nous pour la Mauritanie de demain? Voulons‑nous un citoyen qui voit l’État comme un cadre englobant tous les Mauritaniens? Voulons‑nous un citoyen qui choisit ses représentants sur la base de la compétence, du programme et de l’intégrité?

Voulons‑nous une élite politique qui concurrence les idées et les politiques plutôt que de se contenter de reproduire des réseaux d’influence? Voulons‑nous une société capable de préserver ses spécificités sociales et culturelles tout en faisant de la citoyenneté et de l’appartenance nationale le sommet de toutes les autres appartenances? Ces questions sont aussi cruciales que celle portant sur la forme du système politique lui‑même.

Même les meilleures lois restent limitées si elles ne sont pas soutenues par une culture politique et sociale qui y croit. De même, les institutions les plus solides peuvent s’affaiblir si la pratique politique qui s’y déroule se transforme en prolongement des conflits sociaux plutôt qu’en cadre de régulation. **La réforme commence avec l’individu** Le débat sur l’avenir de la Mauritanie ne doit pas se réduire à un échange technique sur les seules institutions.

Les institutions sont, au final, le produit de l’homme; les politiques sont mises en œuvre par l’homme, et l’État ne devient un État de citoyenneté que lorsque la citoyenneté devient une valeur réelle dans la conscience et les pratiques quotidiennes des gens. Ainsi, la question « Quel système politique voulons‑nous? » reste incomplète si elle n’est pas précédée ou accompagnée de la question « Quel peuple voulons‑nous?

». Un système politique moderne nécessite un citoyen moderne dans sa conscience politique, ainsi qu’une élite convaincue que sa mission ne se limite pas à accéder au pouvoir, mais à contribuer à la construction d’une société capable d’exercer ses droits, d’assumer ses devoirs et de tenir les gouvernants pour responsables. **Conclusion** Le véritable défi de tout débat national à venir est de ne pas réduire le dialogue à la recherche de nouvelles configurations politiques, mais d’en faire l’occasion de repenser la relation entre l’État, le citoyen et la société.

La Mauritanie que nous voulons ne se construira pas uniquement avec des institutions, ni uniquement avec des citoyens; elle se bâtira lorsque l’État fort et juste, les institutions efficaces, une élite responsable et un citoyen qui considère la patrie comme supérieure à la tribu, à la région ou à la clan, et qui voit l’intérêt général non pas comme un slogan politique mais comme un comportement quotidien et une culture partagée, se rencontreront. Ce n’est qu’alors que la question d’Atar deviendra pleinement complète: quelle Mauritanie voulons‑nous? Pour y répondre, il faut d’abord demander: quel peuple voulons‑nous?

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