Économie·

Les réseaux sociaux dans notre pays sont-ils devenus un marché du harcèlement et du chantage ?

Autrefois, Socrate disait : « Parle, afin que je te voie ». Dans ces quelques mots réside une sagesse profonde : la parole est le véritable miroir qui révèle l’essence de l’homme, son intellect, sa culture et sa moralité, indépendamment de son apparence extérieure ou de son allure. L’homme, comme on le dit…

AI
Alakhbar.infoTraduit de l'arabe
Lire sur Alakhbar.info
Photo Alakhbar.info

Il ressort que certains blogueurs soulèvent des questions d’intérêt public et dévoilent des documents qui méritent enquête, tandis que d’autres publient des contenus à caractère personnel, insinuant des atteintes à l’honneur et à la vie privée, ce qui fait perdre la vérité entre les deux parties. Le blogueur peut être l’œil de la société, mais il ne doit pas se poser en tribunal itinérant. Nous ne devons pas condamner tous les blogueurs d’un seul trait; le cyber‑espace a offert aux citoyens mauritaniens la possibilité, jusque‑là inédite, de documenter les dysfonctionnements, de poser des questions, de débattre de la performance des responsables et de révéler des dossiers susceptibles d’être investigués.

Cependant, le blogueur perd sa légitimité de contrôle lorsqu’il passe du transmetteur d’information au juge. Il y a donc une différence entre dire: « Ce document nécessite une interprétation » et dire: « X est corrompu et voleur ». La première ouvre la porte à l’enquête, la seconde rend un jugement.

La différence n’est pas seulement linguistique, elle est aussi morale et juridique. Quand l’information devient un moyen de pression et d’extorsion, via des plateformes comme Banquel et leurs équivalents financiers, on atteint le point le plus dangereux: le chantage numérique. Lorsqu’un propriétaire de plateforme dit à quelqu’un, explicitement ou implicitement: « Paie, exécute ma demande, ou je révélerai des informations qui nuiront à ta réputation », il ne s’agit plus d’un exercice ordinaire de liberté d’expression.

Ce type de comportement suscite de plus en plus de voix, et il doit être traité comme une question juridique qui mérite d’être arrêtée. Il est regrettable que des personnalités connues de la diaspora soient aujourd’hui au cœur de vifs débats en ligne, où le chantage, la confusion dans l’attribution des accusations et le mélange des parties d’une même affaire se multiplient: parfois on l’attribue à tel individu, parfois à un autre, alors qu’il s’agit du même dossier utilisé pour attiser les émotions des suiveurs. Pire encore, on s’empare de secrets familiaux pour construire un édifice d’hypothèses contradictoires, présenté comme des faits avérés, sans que personne ne cligne des yeux, tout en violant l’honneur des gens, que la charia protège et met en garde contre le mépris.

En résumé, la bataille morale sur l’espace public est une lutte existentielle globale. Le problème ne réside pas dans tel blogueur ou tel autre, mais dans une culture qui transforme l’offense en divertissement, le scandale en spectacle, l’accusation en notoriété, et qui, de cette façon, amasse d’énormes sommes d’argent. Ainsi, nous nous retrouvons face à des bénéficiaires qui ne renoncent jamais à leurs sources de profit, quelles que soient leurs corruptions.

Si nous laissons cette culture se développer, nous pourrions arriver à un stade où chaque citoyen serait exposé à un procès électronique injuste, dont on ignore l’initiateur et la conclusion. En revanche, si nous réussissons à bâtir une culture numérique consciente, le blogueur sérieux et équilibré pourra être un contrôleur, non un extorqueur; le journaliste pourra être un enquêteur, non un provocateur; le citoyen pourra être un observateur, non un instrument d’une campagne qui porte atteinte à l’honneur des gens. Nous ne prônons pas le silence total du discours numérique, mais son affinement et son renforcement par la preuve.

La liberté sans responsabilité peut dégénérer en chaos, et la responsabilité sans liberté peut se muer en silence nuisible. Nous voulons une liberté qui dit la vérité, une loi qui protège la dignité, et une société qui refuse de faire de l’honneur des gens une marchandise pour les vues.

PartagerWhatsAppFacebookX
Sur le même sujet