«Entrepreneurs de l'ombre»… un nouveau visage d’exploitation des enfants à Nouakchott.
Derrière les haillons dans les rues de Nouakchott, se dessine une nouvelle évolution du phénomène des enfants qui travaillent sur les charrettes à ânes, passant d’une obscurité de pauvreté et d’une réponse urgente pour soutenir les familles fragiles à une activité commerciale attrayante et lucrative dirigée par «rois d’affaires…».

Il ressort que les taux de décrochage scolaire y dépassent 35 % à 40 % selon les enquêtes des associations locales, bien au‑delà du taux national moyen de 24 % estimé par la Banque mondiale. Le phénomène des « entrepreneurs de l’ombre » se nourrit de cet environnement, exploitant entre 1 500 et 2 500 charrettes tirées qui circulent quotidiennement pour le transport de marchandises et la distribution d’eau aux périphéries de Térhél et de Dar Naim. Les enfants et adolescents de 10 à 17 ans constituent la principale main‑d’œuvre de ces opérations.
Les indicateurs des centres de terrain confirment l’ampleur de la crise: le centre « Safia » à Dar Naim a ciblé plus de 6 000 filles qui ont abandonné l’école, soulignant l’étendue des réseaux d’exploitation. Ce phénomène se combine à une autre forme de misère et d’exploitation des enfants, à savoir la mendicité et le phénomène des « modats » qui se répand dans les rues de Nouakchott et aux carrefours des routes principales et secondaires. Ce sont deux faces d’une même monnaie qui repose sur l’exploitation des enfants par certains chefs de quartier, qu’ils soient citoyens ou étrangers employant des enfants traversant les frontières.
Dans le volet « modats » et les enfants des rues qui mendient en traversant les frontières, la société civile, en parallèle des efforts de l’État, déploie des actions remarquables: par exemple, le centre d’accueil de l’Association des femmes aidant les familles offre soins et protection à ces victimes. Malgré ces initiatives, le chemin reste long et le phénomène demeure très ancré en raison de ses racines sociales et traditionnelles. En revanche, le phénomène des « entrepreneurs de l’ombre » représente un nouveau modèle qui nécessite des mesures immédiates pour le combattre et tenir ses auteurs responsables.
Sur le plan juridique et médiatique, cette évolution fait passer le phénomène du simple besoin social à une qualification légale explicite: crime d’exploitation économique de mineurs et suspicion de trafic d’êtres humains selon la loi mauritanienne n° 2020‑017, en plus d’être une activité commerciale non autorisée reposant sur du travail illégal et privant l’enfant de son droit fondamental à l’éducation. Il convient donc que le discours médiatique et les actions de terrain visent à poursuivre légalement ces investisseurs, à lier les procédures municipales à la remise des charrettes saisies, à ouvrir des enquêtes judiciaires sur les véritables propriétaires exploitant des mineurs, tout en proposant des solutions d’insertion et de formation pour les enfants afin de couper la route aux réseaux d’exploitation déguisés.