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Le journalisme n’est pas un fonds de commerce

Par Par Mohamed Feily dit Antar L’affaire qui touche actuellement plusieurs blogueurs et acteurs des réseaux sociaux ne devrait pas être réduite aux arrestations et aux accusations qui devront être ét...

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D'après les sources officielles, or, le journalisme est d’abord une méthode: rechercher, vérifier, recouper, respecter le contradictoire et assumer ce que l’on publie.La distinction entre journaliste, blogueur, influenceur, communicant et activiste doit donc être clarifiée.Cette clarification ne vise pas à réduire la liberté d’expression, mais à déterminer qui exerce quelle activité et selon quelles règles.La carte de presse: une réforme nécessaireMon passage au CRED m’a permis de mesurer les difficultés liées à l’attribution de la carte de presse. J’ai pu constater des situations dans lesquelles le parcours ou l’activité professionnelle de certains bénéficiaires soulevaient, à mes yeux, des interrogations.Nous avions tenté d’aller vers des critères plus rigoureux et mieux définis. Selon mon expérience, cette démarche n’a pas bénéficié du suivi institutionnel que nous espérions.Je pense qu’il faut reprendre ce chantier avec une exigence simple: la carte de presse doit reconnaître une activité professionnelle réelle, et non une simple visibilité.Elle doit reposer sur des critères transparents, objectifs et applicables à tous.Ceux qui vendent et ceux qui achètentIl faut également regarder l’autre face du problème.Les consultations et prestations de communication publique méritent davantage de transparence.

J’ai notamment connaissance d’un cas où une consultation avait été attribuée pour l’élaboration d’une stratégie de communication dont la réalisation effective peut être questionnée.Je ne cite ni nom ni institution: une accusation sérieuse doit reposer sur des documents et des preuves.Mais le principe mérite d’être posé: lorsqu’une institution engage de l’argent public, il faut pouvoir savoir ce qui a été commandé, pourquoi le prestataire a été choisi et ce qui a réellement été livré.L’argent public ne devrait jamais servir à fabriquer artificiellement une réputation ou une influence. Qui fabrique les réputations médiatiques? Certaines personnalités disposent de titres, de pages, de tribunes et d’une forte audience.

Mais la visibilité ne permet pas, à elle seule, de mesurer la qualité d’un travail journalistique.Qui écrit? Qui enquête? Qui vérifie?

Quelle production réelle? Quels résultats?Ces questions relèvent d’une exigence professionnelle, pas d’une volonté de dénigrer qui que ce soit.L’audience n’est pas une qualification. La proximité n’est pas une compétence.La diaspora ne doit pas servir de bouc émissaire.Si des pratiques illégales sont établies chez certains acteurs installés à l’étranger, elles doivent être traitées conformément à la loi.Mais les mêmes exigences doivent s’appliquer aux acteurs présents en Mauritanie.Pas de protection pour les uns, pas de stigmatisation des autres: les faits doivent être le seul critère.

Assainir sans censurer La professionnalisation du secteur ne doit pas devenir un prétexte au contrôle de la presse.Une presse libre doit pouvoir enquêter sur le gouvernement, questionner les responsables et révéler les dysfonctionnements.Mais la liberté de la presse ne dispense ni de vérifier, ni de documenter, ni de respecter le contradictoire. L’objectif doit donc être de professionnaliser davantage le secteur, non de réduire les voix qui s’expriment.Cela passe par des critères clairs pour la carte de presse, une distinction des statuts, une meilleure formation, une déontologie effective, la transparence du financement des médias et des procédures rigoureuses pour les contrats de communication publics. Nettoyer toute la chaîne Je ne souhaite pas que l’affaire actuelle débouche sur une chasse aux blogueurs ou sur une restriction de la liberté d’expression.Je souhaite qu’elle nous oblige à regarder l’ensemble des mécanismes qui entourent l’information: celui qui produit, celui qui commande, celui qui finance et celui qui bénéficie..

Le journalisme n’est pas un fonds de commerce.La carte de presse n’est pas un titre honorifique.L’audience n’est pas une qualification.Et l’argent public n’est pas destiné à fabriquer des réputations.Il est temps de remettre le professionnalisme, la déontologie et la responsabilité au cœur du journalisme mauritanien.La liberté de la presse n’en sortira pas affaiblie. Au contraire, elle gagnera en crédibilité.

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