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Mauritanie : quelles stratégies pour atteindre la souveraineté alimentaire ?

Ce rapport démontre l’urgence de refondre notre modèle agricole afin de garantir la durabilité des systèmes alimentaires, d’améliorer la santé publique et d’ériger la souveraineté en pilier central de...

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Selon les données de la Banque Centrale de Mauritanie, le pays traverse une dépendance croissante vis-à-vis des marchés extérieurs, important près de 70 % de ses besoins alimentaires globaux. Cette facture s’est alourdie pour atteindre 43 milliards de MRU, marquant une hausse de 2 % sur un an. Au-delà du coût financier, ce modèle contredit frontalement les principes de la souveraineté alimentaire et soulève d’importantes questions de santé publique, notamment concernant l’empreinte carbone du transport international et les risques sanitaires liés à la présence d’organismes génétiquement modifiés (OGM) ou de résidus de pesticides dans le maïs et le soja importés.

Pour atténuer ce choc, l’État maintien de lourdes subventions sur les produits de première nécessité comme le sucre raffiné et le blé tendre (dont la Mauritanie dépend à 99,7 %). Le coût de ce soutien à l’encadrement agricole et à la multiplication locale de semences certifiées s’élève à environ 20 milliards de MRU. Afin de briser ce cycle de dépendance, des investissements structurants sont désormais déployés, à l’image du partenariat public-privé de 446 millions de dollars mobilisé pour le futur complexe sucrier de Foum Gleita.

En définitive, l’avenir repose sur la valorisation de nos pratiques traditionnelles inspirées de la bioéconomie circulaire. En réduisant le recours aux intrants chimiques ou fossiles et en maximisant le recyclage organique — par l’usage du fumier et la transformation de la biomasse en alimentation animale — la Mauritanie peut restaurer sa biodiversité agricole et fortifier la résilience de son écosystème. De l’érosion écologique à la résilience: restaurer le patrimoine agraire mauritanien Autrefois célébrée pour la richesse unique de ses écosystèmes, de ses plaines à ses massifs montagneux, la Mauritanie subit aujourd’hui de plein fouet des pressions climatiques qui dégradent profondément sa biodiversité.

Ce déclin a été tragiquement accéléré par l’introduction de politiques agricoles dites « modernes ». L’importation de gènes bovins exogènes — tels que la Blanc-Bleu Belge ou la Limousine — ainsi que la dépendance croissante aux semences maraîchères et céréalières étrangères ont dénaturé le patrimoine génétique local. Cette modernisation à outrance s’est faite au détriment des pratiques paysannes traditionnelles, pourtant fondées sur les principes vertueux de la bioéconomie circulaire: intrants limités, abandon des engrais de synthèse et recyclage de la biomasse par l’élevage des ruminants.

En négligeant les piliers vitaux que sont la qualité des sols, la main-d’œuvre locale et la gestion de l’eau — exacerbée par un cycle critique de six années consécutives de sécheresse entre 2000 et 2025 —, ces stratégies ont rompu les équilibres territoriaux. Face à cette urgence géopolitique, l’élaboration d’une stratégie nationale de résilience s’impose désormais comme un impératif de sécurité d’État. Le réveil de la citoyenneté nutritionnelle: l’atout du patrimoine culinaire Paradoxalement, c’est dans sa richesse culturelle et sa gastronomie que la Mauritanie trouve les leviers de sa refondation.

Dans un contexte mondial marqué par la volatilité des marchés, le pays dispose d’une opportunité historique pour opérer une transition vers des systèmes alimentaires souverains. Les Mauritaniens aspirent massivement à un retour vers des régimes sains, naturels et ancrés dans le terroir. Cette transition est d’autant plus urgente que la prolifération des produits importés ultra-transformés a provoqué une explosion alarmante des maladies non transmissibles: diabète, pathologies cardiovasculaires et obésité infantile atteignent des seuils critiques.

Recommandations stratégiques pour une agriculture écologique Pour concrétiser cette souveraineté, la Mauritanie doit impérativement mobiliser ses ressources autour de trois axes fondamentaux: 1. Une gouvernance participative et modélisée de l’eau: Déployer un cadre de planification réaliste par bassin versant. Ce modèle doit combiner les savoirs traditionnels et les technologies de pointe, en associant les ministères techniques (Agriculture, Eau), les collectivités locales, les coopératives agricoles et les associations de consommateurs.

2. L’institutionnalisation d’une citoyenneté alimentaire: Valoriser la consommation de produits de saison et réhabiliter la gastronomie mauritanienne traditionnelle pour réduire drastiquement l’empreinte carbone et hydrique de notre alimentation. 3.

La fiscalité nutritionnelle et la lutte contre le gaspillage: Mettre en place des taxes dissuasives sur les produits à « calories vides » et ultra-transformés. Parallèlement, des campagnes de sensibilisation agressives doivent être menées pour éradiquer le gaspillage à tous les stades de la chaîne d’approvisionnement. En réhabilitant ses savoirs endogènes et en protégeant la santé de sa population, la Mauritanie posera les fondations d’un modèle de développement agricole autonome, durable et profondément souverain.

Cheikh Ahmed ould Mohamed, Ingénieur, Etablissement portuaire de la Baie du repos de Nouadhibou

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