7 Octobre: la guerre qu’Israël a déjà perdue!
Le 7 octobre 2023, loin d’avoir produit la victoire stratégique recherchée par Israël, a ouvert une crise profonde dont les conséquences politiques, économiques et diplomatiques se retournent...

D'après les sources officielles, les fractures politiques et sociales se sont aggravées, tandis que le coût de la guerre pèse lourdement sur l’économie et sur la société. La question du service militaire des ultraorthodoxes, la mobilisation prolongée des réservistes, les traumatismes de guerre et les désaccords sur la conduite du conflit alimentent une tension qui ne peut être indéfiniment contenue. Si les informations attribuées au rapport de la CIA sur le risque d’affrontement interne et d’effondrement politique se confirmaient, elles constitueraient un avertissement particulièrement sérieux: une société peut supporter longtemps la guerre, mais elle finit par payer le prix des contradictions qu’elle accumule.
À cela s’ajoute un isolement international croissant. La détérioration de l’image d’Israël, les interrogations sur les accords de normalisation avec les pays arabes, les difficultés économiques et les éventuels départs d’entreprises étrangères témoignent d’un coût de plus en plus élevé. Même aux États-Unis, soutien historique d’Israël, l’évolution de l’opinion publique montre qu’une majorité se dégage contre le soutien inconditionnel à Israel.
Une puissance militaire peut imposer sa volonté sur un champ de bataille, quand l’adversaire est moins équipé, mais elle ne peut pas, à elle seule, reconquérir une légitimité perdue. C’est finalement le paradoxe de Benjamin Netanyahu. En voulant manipuler le traumatisme du 7 octobre en une guerre existentielle destinée à restaurer la sécurité et la puissance d’Israël, son gouvernement semble avoir contribué à approfondir les fractures et enfermé les israéliens dans le cercle vicieux de l’instabilité permanente.
La véritable question n’est donc plus seulement de savoir si Israël peut gagner militairement la guerre à Gaza ou sur d’autres fronts. Elle est de savoir ce qu’il restera d’Israël après cette guerre: son économie, sa cohésion sociale, sa place dans le monde et, surtout, sa capacité à vivre avec ses voisins autrement que dans un état de confrontation permanente. Trois ans après le 7 octobre, une chose apparaît sûre: l’histoire nous apprend qu’une guerre ne se gagne pas par un génocide et la destruction des infrastructures scolaires, hospitalières, hydrauliques.
Elle se gagne en construisant l’après-guerre. Et c’est précisément sur ce terrain qu’Israël est aujourd’hui le plus dépourvu de réponses. Le véritable échec du 7 octobre pourrait donc ne pas être seulement celui de la sécurité israélienne.
Il pourrait être celui d’une stratégie qui, en cherchant la victoire par la seule force, risque d’avoir transformé une supériorité militaire incontestable en une crise politique, morale et diplomatique qui pourrait emporter le prétendu vainqueur. L’effet boomerang peut surprendre les plus aguerris. Oslo est bien loin maintenant.
J.D