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Tawafoug : au Hodh Chargui, le développement se construit avec les territoires/Par THIAM Mamadou

Dans le Hodh Chargui (région du sud-est mauritanien), la crise des réfugiés a changé d’échelle. La wilaya accueille aujourd’hui plus de 290 000 réfugiés maliens, dont environ 120 000 au camp de...

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Selon les dernières informations, le premier porte sur le renforcement de l’ATI et de la gouvernance locale, à travers le ciblage territorial, les planifications communautaires et communales et le renforcement des mécanismes de coordination régionale et départementale. Le deuxième vise à améliorer la couverture et la qualité des services sociaux de base, avec des investissements dans l’eau, l’hydraulique, l’assainissement, l’éducation et la santé, ainsi que des actions d’équipement et de renforcement des capacités. Le troisième concerne l’économie locale et l’insertion économique, notamment à travers l’entrepreneuriat, la formation professionnelle, le développement des activités génératrices de revenus et les travaux à haute intensité de main-d’œuvre.

L’élevage, l’agriculture, le BTP, les services et l’énergie figurent parmi les secteurs susceptibles de bénéficier de cet appui. 120 639 bénéficiaires ciblés Tawafoug prévoit de toucher au total 120 639 bénéficiaires. La composante eau, hydraulique et assainissement représente 54 739 bénéficiaires, contre 41 925 pour la santé.

L’éducation concerne 13 410 personnes, tandis que 4 330 sont ciblées par les activités de santé mentale et de soutien psychosocial. Les activités HIMO (Haute Intensité de Main d’œuvre) devraient bénéficier à environ 6 000 personnes, et la formation et l’insertion professionnelle à 235 bénéficiaires. Au-delà des populations hôtes, réfugiées et retournées, le projet cible également le Conseil régional, les communes, les services techniques déconcentrés, les organisations de la société civile, les relais communautaires, les associations villageoises, les comités de gestion des établissements scolaires et les associations de parents d’élèves.

Action Contre la Faim (ACF), Save the Children et Terre des Hommes: une complémentarité opérationnelle La mise en œuvre repose sur une répartition des responsabilités. Action Contre la Faim (ACF) assure la coordination générale du consortium et intervient notamment dans les secteurs de l’eau potable et l’assainissement, la santé, l’insertion économique et les activités HIMO (Haute Intensité de Main-d'œuvre). Save the Children intervient principalement dans l’éducation et la protection de l’enfance, tandis que Terre des Hommes apporte son expertise dans la protection de l’enfance, la santé mentale et le soutien psychosocial.

Cette complémentarité permet de traiter les différentes dimensions de la vulnérabilité sans dissocier les services sociaux, le développement économique et la cohésion sociale. Développement et coexistence Dans une région où la pression sur l’eau, les pâturages et les services sociaux pourrait accentuer les tensions, le développement est également pensé comme un instrument de cohésion. Tawafoug s’inscrit ‘’ainsi dans le nexus humanitaire-développement-paix, en cherchant à répondre aux besoins immédiats tout en renforçant les capacités des territoires sur le long terme’’.

Cette orientation rejoint les préoccupations exprimées par Cheikh Abdallahi Ewah, pour qui ‘’la stabilité ne peut être durable sans développement et sans appropriation des solutions par les populations’’. Plusieurs initiatives conduites dans le Hodh Chargui mettent d’ailleurs explicitement l’accent sur la coexistence entre réfugiés et populations hôtes, à travers des programmes portant notamment les notions de « Coexistence », « Intégration » ou « Dignité ». L’objectif est de faire en sorte que l’amélioration des services profite au territoire dans son ensemble et contribue à réduire les facteurs susceptibles d’alimenter les tensions.

Illustration du processus Les besoins exprimés par les communautés dans les terroirs ciblés y sont d’abord recensés dans le cadre des consultations, puis confrontés aux contraintes techniques et financières. Les propositions retenues sont ensuite soumises aux autorités, aux services techniques et aux représentants des communautés lors des ateliers de validation. La démarche permet donc de suivre une chaîne clairement définie: diagnostic local, priorisation, évaluation, discussion et validation, avant le passage à la mise en œuvre.

À Mesgoul, dans la moughataa d’Adel Bagrou, le maire de la Commune, Ahemedeit Eide Cheine met, lui aussi, en avant l’ampleur de l’intervention de Tawafoug. Il considère le projet comme une initiative majeure pour sa commune, tant par les ressources mobilisées que par l’étendue des secteurs couverts (Voir Encadré N ° 3). Construire au-delà des 36 mois L’un des enjeux majeurs de Tawafoug est désormais la durabilité.

Les promoteurs du projet mettent en avant trois principes: durabilité, appropriation et résilience. L’objectif est de renforcer les systèmes existants plutôt que de créer des mécanismes parallèles. Les administrations, les collectivités, les services techniques et les organisations locales doivent donc être en mesure de poursuivre les actions engagées au-delà de la durée du financement.

La réussite de Tawafoug ne se mesurera ainsi pas uniquement au nombre d’infrastructures réalisées ou de personnes accompagnées. Elle dépendra également de la capacité des institutions locales et des communautés à assurer leur fonctionnement, leur entretien et leur pérennisation. Tawafoug, une expérience de gouvernance territoriale Dans le Hodh Chargui, Tawafoug apparaît finalement comme l’aboutissement d’une évolution plus large de la politique de développement territorial: partir du diagnostic local, rapprocher les institutions des populations et inscrire les interventions dans les stratégies nationales et régionales.

Le projet traduit cette orientation à travers un dispositif où chaque acteur possède une responsabilité: les autorités orientent et coordonnent, les élus représentent les collectivités, les services techniques apportent leur expertise, les communautés expriment et hiérarchisent leurs besoins et les organisations du consortium assurent l’accompagnement technique et opérationnel. Cette méthode vise à faire du territoire non plus un simple espace d’exécution des projets, mais un véritable acteur de son propre développement. Dans une wilaya confrontée à une pression démographique, sociale et environnementale exceptionnelle, l’enjeu est considérable.

Il ne s’agit plus seulement de répondre à l’urgence créée par les déplacements de populations, mais de renforcer durablement les capacités d’accueil, les services publics, l’économie locale et la cohésion sociale. Du côté des communautés locales, le projet Tawafoug est également perçu comme une réponse concrète aux défis liés à l’afflux des populations déplacées. Sidi Elemine M’Bareck Maimoune S’Ghair, leader communautaire à Abdel Bagrou, (Encadré 4), souligne notamment son apport aux populations hôtes et déplacées, ainsi que les premières retombées de ses interventions sur le terrain.

Tawafoug fait ainsi le pari que la résilience du Hodh Chargui passera autant par les investissements réalisés que par la capacité des populations, des autorités et des acteurs locaux à les concevoir, les porter et finalement se les approprier. --------------- ENCADRES Entretien avec Pierre Beziz, Délégation de l’Union Européenne en Mauritanie: ‘’ À travers le projet Tawafoug, notre objectif est notamment de renforcer la cohésion sociale’’ « Pour nous, le projet Tawafoug est un projet très important. Il avait notamment été annoncé par la présidente de la Commission européenne lors de sa visite en Mauritanie, en février 2024.

La région du Hodh Chargui comptait déjà entre 300 000 et 400 000 habitants. Avec l’afflux de réfugiés, sa population a pratiquement doublé. Au-delà du geste d’ouverture et d’accueil remarquable dont font preuve les Mauritaniens, il faut souligner que cette situation exerce une pression considérable sur les ressources naturelles et les infrastructures de base.

La région dispose de ressources en eau limitées et ne compte pas suffisamment de centres de santé ou d’écoles pour répondre aux besoins d’une population en forte croissance. Le Hodh Chargui est également situé dans un environnement géographique marqué par l’instabilité, notamment au Mali voisin. Pour l’Union européenne, la Mauritanie est un partenaire privilégié dont la stabilité du pays et au-delà celle de la région constituent donc des enjeux essentiels.

L’Union européenne est l’un des principaux partenaires financiers de la Mauritanie et mobilise des moyens importants pour atteindre ces objectifs. La position géographique de la Mauritanie, au cœur du Sahel et à proximité du territoire de l’UE (les îles Canaries), explique également l’importance que nous accordons à ce pays. À travers le projet Tawafoug, notre objectif est notamment de renforcer la cohésion sociale.

Nous avons ainsi ciblé des terroirs qui accueillent des réfugiés, sur la base d’un important travail statistique et d’une analyse précise des besoins. Notre approche vise à soutenir à la fois les communautés hôtes et les réfugiés. Il ne s’agit pas de favoriser une partie de la population au détriment d’une autre, car cela pourrait créer des tensions et des conflits.

Une démarche participative et inclusive Le deuxième élément particulièrement important concerne la méthodologie mise en œuvre. Lors de ma dernière visite dans la région, en février, nous avons effectué une tournée avec ACF et visité plusieurs sites d’intervention du projet. Ce qui nous a particulièrement marqué, c’est la démarche participative et inclusive adoptée.

Des Planifications Communautaires Participatives, les PCP, ont été élaborés en associant l’ensemble des acteurs concernés. Ces consultations ont permis d’identifier les priorités et de dégager des plans d’action qui constituent aujourd’hui le cadre de nos interventions. L’intérêt de ces PCP dépasse donc la seule réalisation des activités du projet.

Ils constituent un socle solide pour la planification du développement de la région et peuvent servir de référence à l’ensemble des partenaires intervenant dans le Hodh Chargui. C’est précisément ce qui donne de la force à cette démarche: les priorités n’ont pas été imposées par un bailleur. Elles ont été définies de manière participative et inclusive, ce qui permet aux acteurs de la région de se les approprier.

Le travail réalisé pour déterminer les zones d’intervention a également été très rigoureux. Des critères précis ont été établis, à partir notamment des données démographiques, des besoins identifiés et des capacités budgétaires. Il ne s’agissait donc pas d’un choix arbitraire.

C’est un travail solide qui, à mon sens, pourrait être reproduit dans d’autres régions. Des résultats déjà visibles Concernant l’avancement du projet, nous sommes conscients des difficultés de mise en œuvre liées à l’éloignement du Hodh Chargui, au nombre limité de partenaires présents sur le terrain et aux procédures nécessaires pour la passation des marchés. Mais nous constatons également les premiers résultats: des écoles, des centres de santé et des points d’eau sont en cours de réalisation ou ont déjà produit des effets concrets.

Je voudrais également insister sur le volet consacré à la santé mentale. De nombreux enfants réfugiés ont vécu des violences et des expériences particulièrement difficiles. La prise en charge de ces traumatismes est donc essentielle.

Le projet permet notamment de renforcer la détection des enfants présentant des difficultés particulières, notamment à travers les écoles, les centres de santé et les communautés, puis de mettre en place des mécanismes d’orientation vers des psychologues, et de référencement lorsque cela est nécessaire, vers des psychiatres. Nous sommes donc particulièrement satisfaits de ce volet et souhaitons que cette expérience puisse également être reproduite dans d’autres contextes, notamment sur la route atlantique, au bénéfice des migrants et des enfants ayant vécu des situations traumatisantes en mer. Le rôle essentiel de l’État Un autre aspect fondamental concerne le développement socio-économique.

Nous construisons des écoles, mais il faut ensuite qu’elles disposent d’enseignants, de livres et de moyens de fonctionnement. Nous pouvons construire un centre de santé, mais il faut ensuite des médecins, des infirmiers et des médicaments. Un partenaire extérieur peut financer ou accompagner une intervention pendant une période donnée, mais il ne peut pas assurer durablement la fourniture des services publics.

C’est pourquoi nous travaillons étroitement avec les autorités et les structures chargées de la planification afin d’assurer le lien entre les investissements réalisés dans le cadre des projets, les priorités nationales et le budget de l’État. Soutenir l’entrepreneuriat et les chaînes de valeur Nous estimons également que le soutien à l’entrepreneuriat, notamment celui des jeunes, mérite d’être davantage soutenu dans la région. Il existe un potentiel important autour des chaînes de valeur, de la transformation des produits, de l’artisanat, de l’élevage et du commerce.

Nous avons pu visiter récemment plusieurs initiatives locales et constater qu’il existe des possibilités réelles de création de richesse au bénéfice de la population. La présence d’une population importante dans le Hodh Chargui fait que la région constitue un marché économique significatif. Tout cela, repose sur une bonne exploitation des ressources disponibles, notamment dans le domaine de l’élevage et de l’agriculture, l’accès au crédit, le soutien aux jeunes entrepreneurs et la transformation locale des produits.

La question des réfugiés ne doit pas être considérée uniquement sous l’angle de l’urgence. Beaucoup de personnes sont présentes depuis plusieurs années et pourraient rester encore longtemps dans la région. Il est donc nécessaire de se diriger progressivement vers une approche davantage axée sur le développement économique et l’autonomisation.

Un investissement qui bénéficie à l’économie locale L’enveloppe européenne consacrée au projet est de 20 millions d’euros. Nous souhaitons que cet investissement puisse bénéficier le plus largement possible à l’économie locale. Lorsque cela est possible, nous encourageons l’attribution des marchés aux entreprises locales.

Lorsqu’un séminaire est organisé, cela fait travailler les hôtels, les chauffeurs, les traiteurs et différents prestataires de la région. Les 20 millions d’euros ne servent donc pas uniquement à construire des infrastructures. Ils doivent être vus comme un investissement dans l’économie du Hodh Chargui en mesure de générer des retombées pour les acteurs économiques locaux.

C’est un aspect sur lequel nous nous entretenons régulièrement avec les autorités régionales: l’objectif est que les investissements réalisés profitent à la région et contribuent à son développement. Renforcer les synergies entre les partenaires Le Hodh Chargui demeure pour nous une région prioritaire. D’autres financements pourraient être mobilisés à l’avenir, en fonction des possibilités et des priorités.

Plusieurs partenaires interviennent dans la région. Il est donc essentiel de renforcer la coordination et de créer davantage de synergies entre les différents projets. Le projet MIRECAM finance par l’UE, intervient davantage dans les domaines de l’élevage et du développement agricole.

Nous cherchons à créer des complémentarités avec Tawafoug, notamment sur les priorités identifiées dans les PCP, parmi lesquelles figurent l’agro-pastoralisme, les parcs de vaccination et l’aménagement des mares pastorales. C’est cette logique de complémentarité que nous voulons développer au sein de la « Team Europe », en associant les interventions des différents partenaires européens. Il ne s’agit pas d’être dans la compétition, mais de mieux articuler les différents projets afin d’aller plus loin et de maximiser leur impact.

La coordination doit d’abord être opérationnelle: chacun doit savoir ce que font les autres, afin d’éviter les doublons et de rechercher les complémentarités. Cette coordination de terrain doit ensuite alimenter une coordination stratégique et politique avec les autorités. Les acteurs locaux jouent également un rôle essentiel, puisqu’ils sont présents sur le terrain et connaissent les réalités et les priorités de leurs territoires.

L’enregistrement et la protection des réfugiés Enfin, il faut mentionner le rôle important du HCR dans la région, notamment en matière de détermination du statut des demandeurs d’asile. Les ressortissants maliens arrivant dans cette zone frontalière peuvent, selon les conditions applicables, être reconnus comme réfugiés prima facie. Ils sont pris en charge dans le cadre d’un processus associant les équipes du HCR et les structures gouvernementales chargées de l’enregistrement.

Nous travaillons précisément avec le gouvernement au renforcement des capacités de l’ANRPTS afin de permettre l’enregistrement des demandeurs d’asile. Cet enregistrement est important à la fois pour les personnes concernées et pour les autorités. Pour les réfugiés, disposer d’une identification officielle facilite l’accès à leurs droits et aux services.

Pour les autorités, l’enregistrement permet de mieux connaître les personnes présentes sur le territoire. L’ANRPTS déploie à cette fin des équipes mobiles ainsi que des agents dans plusieurs localités de la région. Nous avons également accompagné le gouvernement dans l’évolution du cadre légal permettant l’émission de cartes de réfugiés sécurisées et liées à l’enregistrement.

Il s’agit d’un dispositif important à la fois pour améliorer la protection des réfugiés et pour renforcer les capacités de gestion et d’identification des personnes présentes sur le territoire. Une région stratégique Pour conclure, le Hodh Chargui est une région stratégique pour la Mauritanie, et son importance dépasse largement la seule question des camps de réfugiés de Mbera. Nous sommes très satisfaits du travail réalisé par ACF-Espagne et conscients des difficultés particulières liées à la mise en œuvre d’un projet aussi important dans une région aussi éloignée.

L’Union européenne considère la Mauritanie comme un partenaire stratégique et le Hodh Chargui comme une région prioritaire. Nous comptons poursuivre et consolider les efforts, renforcer les synergies entre les différents partenaires et examiner les possibilités de mobiliser à l’avenir de nouveaux financements au service du développement, de la stabilité et de la cohésion sociale dans la région. » ----------------- Encadré N°2 Ahmed Mahmoud Neissane, Hakem de Bassiknou: « L’approche participative de Tawafoug a permis d’élaborer un plan d’action pertinent et complémentaire des interventions publiques » Une approche participative, inclusive et territoriale fondée sur l’implication des autorités locales « En termes de volume de financement, le projet Tawafoug est le plus important projet financé par l’Union européenne dans le Hodh Chargui, avec une enveloppe de 20 millions d’euros.

Les projets précédents de l’Union européenne, notamment Karama, doté de 4 millions d’euros, et Net Aïchou, de 2 millions d’euros, ayant déjà produit des effets positifs, les attentes des populations et des autorités étaient naturellement très importantes à l’égard de Tawafoug. À mon avis, l’un des principaux atouts du projet réside dans son approche participative, inclusive et territoriale. Lorsque les communautés sont véritablement associées à la phase de conception, elles peuvent mieux exprimer leurs besoins réels et contribuer à la définition des priorités.

Dans le cas de Tawafoug, cette démarche a impliqué les autorités administratives, les élus, les responsables du projet ainsi que les chefs des services départementaux. Plusieurs séances de travail ont été organisées afin d’examiner les résultats du diagnostic, de discuter les actions proposées, de les valider ou, lorsque cela était nécessaire, de les modifier. Cette concertation a permis d’aboutir à un plan d’action qui correspond aux réalités et aux priorités identifiées au niveau local.

Cette démarche a également permis d’assurer une meilleure articulation avec les interventions de l’État. Elle a notamment contribué à éviter d’éventuels chevauchements avec le Programme d’urgence pour l’accès aux services essentiels au développement local, lancé à la même période que Tawafoug, et à rechercher au contraire une complémentarité entre les différentes interventions. A Bassiknou, les priorités de la moughataa avaient déjà été identifiées.

Les besoins qui n’avaient pas été retenus dans le cadre de la Délégation ministérielle ont ainsi pu être transmis et proposés au projet Tawafoug, lorsque les financements disponibles et les critères du projet le permettaient. Cette articulation entre les communautés, les autorités locales, les élus, les services techniques et les responsables du projet constitue, à mon sens, un élément essentiel pour garantir la pertinence et l’efficacité des interventions. Une approche innovante qui dépasse la logique de l’urgence Je considère que cette approche constitue une évolution importante dans la manière de concevoir les interventions de développement dans le Hodh Chargui.

Elle permet de partir des réalités du territoire et des besoins exprimés localement, plutôt que d'appliquer uniquement des solutions conçues de manière centralisée. Ce qui distingue particulièrement Tawafoug, à mes yeux, est sa capacité à aller au-delà de la réponse humanitaire d’urgence pour s’intéresser également aux dimensions économiques et sociales du développement. Il est évident que l’afflux de réfugiés, souvent dans des conditions difficiles, exige une réponse humanitaire rapide afin de répondre aux besoins essentiels.

Mais lorsque la présence des réfugiés se prolonge dans le temps, il devient nécessaire de réfléchir à des solutions plus durables, capables de renforcer les services sociaux, les infrastructures et les moyens de subsistance. Dans ce contexte, l’approche de Tawafoug, qui associe réponse aux besoins immédiats et interventions de développement, me paraît particulièrement pertinente. Elle prend en compte à la fois les besoins des populations réfugiées et ceux des communautés hôtes, avec l’objectif de favoriser la cohésion sociale, l’autonomisation et la résilience des territoires.

Premières retombées et impacts attendus pour les populations de Bassiknou Les premières retombées sont déjà perceptibles dans plusieurs domaines. En matière d’emploi et d’activités économiques, le financement de 283 jeunes porteurs de projets à l’échelle de la wilaya, dont plus d’une centaine à Bassiknou, représente une contribution importante à la création d’activités génératrices de revenus et à l’insertion économique des jeunes, aussi bien parmi les populations autochtones que parmi les réfugiés. Les effets du projet sont également visibles dans les secteurs de l’éducation, de la santé et de l’accès à l’eau.

La construction de salles de classe dans certains villages constitue, par exemple, une amélioration particulièrement significative, notamment dans les localités où les enfants étaient auparavant contraints de suivre les cours dans des abris précaires en paille, communément appelés «M'bar ». Au-delà de ces réalisations ponctuelles, l’un des apports majeurs de Tawafoug réside dans son intervention sur les infrastructures et sur le développement économique et social de la moughataa. C’est un aspect important dans un contexte où de nombreux partenaires interviennent principalement dans le cadre de réponses humanitaires d’urgence.

À terme, l’enjeu sera de consolider ces acquis et de faire en sorte que les investissements réalisés produisent des effets durables. Pour Bassiknou, cela signifie notamment renforcer les infrastructures de base, développer les activités économiques, améliorer l’accès aux services essentiels et favoriser l’autonomisation des populations. La prolongation de la présence des réfugiés dans la moughataa nous impose en effet de dépasser progressivement la seule logique de l’urgence et de privilégier des projets de développement durables, capables de renforcer la résilience du territoire et de répondre simultanément aux besoins des réfugiés et des populations hôtes’’.

--------- Encadré N°3 Ahemedeit Eide Cheine, maire de la Commune de Mesgoul: « Tawafoug est l’un des projets les plus importants que notre commune ait connus » Le projet Tawafoug constitue, selon le maire de la Commune de Mesgoul, Ahemedeit Eide Cheine, l’une des initiatives de développement les plus importantes jamais mises en œuvre dans cette commune de la moughataa d’Adel Bagrou, notamment au regard du volume des financements mobilisés et de la diversité des secteurs concernés. « Le projet Tawafoug est l’un des plus importants projets que notre région, et particulièrement notre commune, ait connus en termes de volume de financement. Son impact commence déjà à se faire sentir sur le développement socio-économique de nos populations », a-t-il déclaré.

Le maire souligne que les interventions du projet couvrent plusieurs domaines prioritaires, notamment l’éducation, l’accès à l’eau, l’agriculture et la santé. Dans le secteur agricole, d’importants aménagements sont en cours à travers les barrages de Sawaz, Foum Gleita, Cherwi et Zengui, contribuant ainsi, selon lui, au renforcement des capacités de production des populations rurales. Des investissements dans l’éducation et la santé Dans le domaine de l’éducation, Ahemedeit Eide Cheine, salue également la réalisation de plusieurs infrastructures scolaires.

« De grands chantiers en matière d’éducation ont vu le jour, notamment avec la construction d’écoles », a-t-il relevé. Le secteur de la santé bénéficie, lui aussi, d’interventions à travers la réalisation et la réhabilitation d’aménagements et d’infrastructures sanitaires, permettant d’améliorer progressivement les conditions d’accès aux services de santé pour les populations. L’approche inclusive saluée Le maire a particulièrement insisté sur l’approche inclusive et participative adoptée par le projet Tawafoug.

Il estime que l’implication des autorités régionales, des élus, des acteurs politiques et des représentants communautaires constitue un élément important pour la réussite des interventions. « L’approche inclusive et participative est une bonne démarche. Les autorités régionales, les acteurs politiques et communautaires ainsi que les élus participent au processus », a-t-il affirmé.

Il a également salué le travail de la coordination régionale du projet, estimant que celle-ci assure correctement la mise en œuvre et la concrétisation des objectifs arrêtés en concertation avec les acteurs locaux. Les AGR au service des femmes et du développement local Le maire a, par ailleurs, mis en avant l’importance accordée aux Activités Génératrices de Revenus (AGR), particulièrement pour les femmes. Plusieurs initiatives ont ainsi été planifiées, notamment des boutiques communautaires, des unités artisanales, des boucheries et des boulangeries, ainsi que des coopératives agricoles et artisanales.

Ces activités, selon lui, constituent des leviers importants pour renforcer l’autonomie économique des femmes et contribuer au développement socio-économique de la commune. Un projet particulièrement important pour une commune enclavée Pour le maire de Mesgoul, l’importance du projet Tawafoug est d’autant plus grande que sa commune se trouve dans une zone extrêmement rurale et confrontée à un important problème d’enclavement. « Nous sommes dans une commune d’extrême milieu rural qui souffre énormément de l’enclavement.

Je voudrais insister particulièrement sur cet aspect », a-t-il souligné. Durant la saison des pluies, certaines difficultés de circulation deviennent particulièrement importantes, la commune pouvant être coupée de son chef-lieu. Les populations sont alors contraintes de recourir à des moyens de transport traditionnels, notamment les chameaux et les charrettes, pour assurer leurs déplacements.

Un appel à renforcer l’appui face à la faiblesse des pluies Tout en exprimant sa satisfaction à l’égard des réalisations du projet, Ahemedeit Eide Cheine, appelle à un effort supplémentaire cette année, en raison de la faiblesse de la pluviométrie. « Cette année, nous sollicitons un effort supplémentaire du projet en raison de la faiblesse des pluies. Les précipitations sont rares et peu abondantes et nous avons besoin d’un appui dans ce domaine », a-t-il indiqué.

Le maire a enfin rendu hommage aux équipes et aux experts du projet, qu’il juge compétents et engagés, avant d’appeler la coordination régionale à poursuivre et à renforcer ses interventions au bénéfice des populations. « Nous apprécions à sa juste valeur ce projet et le travail réalisé par un personnel très compétent. Nous remercions la coordination régionale et souhaitons davantage de réalisations pour améliorer le bien-être social et économique de nos populations », a-t-il conclu.

--------- Encadré N° 4: SidiElemine M’Bareck Maimoune S’Ghair, leader communautaire à Adel Bagrou: « Tawafoug contribue à atténuer les difficultés liées à l’afflux des populations déplacées » ‘’Concernant le projet Tawafoug, nous ne pouvons que nous en féliciter et saluer sa contribution à l’atténuation des difficultés engendrées par l’afflux de populations déplacées en provenance de notre pays frère, le Mali. Dans ce contexte, les autorités locales s’acquittent pleinement de leurs responsabilités, aussi bien à l’égard des populations hôtes que de nos frères maliens déplacés. Leur implication constitue un élément important dans la réponse aux besoins des communautés affectées.

À travers ses différentes activités, le projet Tawafoug a notamment apporté une réponse à l’un de nos besoins prioritaires: la protection des exploitations agricoles grâce à la réalisation de clôtures. Cette intervention a eu des effets bénéfiques pour les populations et contribué à mieux sécuriser leurs activités agricoles. Nous adressons nos remerciements aux équipes, aux responsables et aux superviseurs du projet pour leur travail et leur engagement.

Nous exprimons également notre reconnaissance aux différents bailleurs de fonds qui ont apporté leur soutien et contribué à la mise en œuvre de ces actions. Nous souhaitons toutefois que les interventions soient davantage renforcées dans des domaines essentiels pour nos communautés, notamment l’accès à l’eau potable et le développement de projets générateurs de revenus. Après les résultats positifs enregistrés grâce aux clôtures de protection, il est désormais important de consolider cet acquis en accordant une attention accrue au développement de l’agriculture moderne et au soutien à l’agriculture saisonnière.

Ces actions permettraient de renforcer les moyens de subsistance des populations et de contribuer davantage à leur autonomie économique ».

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