Le nouveau gouvernement : des nominations qui suscitent plus d’un questionnement.
Il y a deux options dans la nouvelle composition gouvernementale qui retiennent particulièrement mon attention, non seulement en raison de la nature des postes concernés, mais aussi pour les questions qu’elles soulèvent quant aux critères de nomination et à la place de la compétence dans la gestion des affaires.

D'après les sources officielles, ou bien assistons‑nous à une manœuvre de rééquilibrage des forces au sein du système existant, visant à limiter la capacité de certaines figures à influencer l’avenir du gouvernement et à préparer une nouvelle phase politique gérée selon les calculs et les intérêts du pouvoir? Avec l’échéance de l’élection présidentielle de 2029 qui approche, ces questions prennent une dimension supplémentaire. S’agit‑il de préparer les conditions pour un troisième mandat, ce qui poserait un problème constitutionnel majeur au regard des limites imposées au nombre de mandats présidentiels?
Ou bien s’agit‑il de préparer une succession politique maîtrisée, en choisissant un autre candidat issu du même système, afin d’assurer la continuité du régime tout en changeant son visage? La seconde option qui m’interpelle dans la composition gouvernementale concerne le ministère des Affaires islamiques, qui a été attribué, à travers plusieurs révisions gouvernementales successives, à des personnalités dont l’expertise spécialisée dans ce domaine ne semble pas clairement établie. Cela soulève à son tour des questions sur les critères retenus pour choisir les responsables de secteurs nécessitant une connaissance profonde de leur nature et de leurs spécificités.
Comment peut‑on gérer un secteur aussi sensible comme s’il s’agissait d’un simple portefeuille administratif, sans accorder une considération suffisante au statut des savants, des imams et des spécialistes, ainsi qu’à leur savoir et à leur référence scientifique qui les habilitent à contribuer à l’élaboration des politiques religieuses? Ce choix ne laisse‑t‑il pas transparaître une forme de sous‑estimation implicite des compétences scientifiques et religieuses, en traitant ce secteur selon une logique de répartition des postes plutôt que selon une logique de spécialisation et de mérite? Dans les deux cas, se dessine un problème plus large que le simple choix d’un responsable ou d’un autre.
Il s’agit d’une tendance croissante à confier des secteurs stratégiques et sensibles à des personnes dont la compétence spécialisée n’est pas clairement démontrée, qui n’ont ni vision intégrée ni projet concret capable d’engendrer un changement tangible. Le ministère n’est pas un poste d’expérimentation, ni une école où le responsable apprend les bases du secteur au détriment du temps et de l’intérêt général. Le temps consacré à découvrir les dossiers, à comprendre les mécanismes de travail et à appréhender les défis est du temps détourné de l’action et de la réalisation.
Et lorsque le ministre commence à maîtriser ses dossiers, un nouveau remaniement peut survenir, mettant fin à sa mission avant qu’il n’ait eu l’opportunité de traduire ses responsabilités en résultats concrets. Dans un État sérieux, le critère de nomination ne doit pas se réduire à la loyauté, aux équilibres ou à la distribution des portefeuilles, mais à la compétence, à l’expérience, à la vision et à la capacité de réalisation. L’État ne se gouverne pas par l’échange de postes, ni ses institutions ne se construisent en nommant des personnes qui doivent encore découvrir la nature de leurs responsabilités après leur prise de fonction.
Si la refonte du gouvernement ne repose pas sur une vision claire et sur des critères objectifs de compétence, elle ne sera qu’une redistribution des places au sein du pouvoir, sans nécessairement se traduire par une amélioration des performances de l’État ou des intérêts des citoyens. Biram Ould Dah Ould Aabid 11 octobre 2026