gouvernement « le sacrifice des grands noms »..
Après l’annonce du Premier ministre El Moctar Ould Diay de la démission du gouvernement, et son accueil par le président Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani, il est apparu clairement que l’homme était candidat à rester à son poste, ce qui s’est confirmé plus tard par sa nouvelle mission de former un gouvernement…

D'après les sources officielles, après l’annonce de la démission du gouvernement par le Premier ministre El Moctar Ould Diay et son accueil par le président Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani, il est apparu clairement que l’homme était candidat à la poursuite de son mandat, ce qui s’est confirmé plus tard par sa reconduction afin de former un nouveau gouvernement. Mais avec le début de consultations très secrètes, des contours plus larges que le simple changement de gouvernement imposé par les suites de l’enquête sur les incendies des deux postes électriques de Nouakchott ont commencé à se dessiner. Les indicateurs – notamment les longues heures d’attente – ont laissé entendre qu’il pourrait s’agir d’une partie d’un plan présidentiel élaboré depuis plusieurs mois, tenant compte des calculs d’avenir, visant à se débarrasser de certains noms influents, à faire appel à une nouvelle équipe, tout en réintégrant quelques visages anciens capables d’assumer des rôles précis.
Ainsi, le nouveau gouvernement est arrivé avec des choix surprenants, comme un gouvernement « sacrifiant les grands noms » au profit de nouvelles configurations politiques et administratives; plusieurs cadres du régime ont quitté la composition, afin de laisser davantage d’espace au Premier ministre pour piloter l’action gouvernementale et étendre son influence au sein des prises de décision, notamment dans les ministères stratégiques tels que l’économie, le développement, l’énergie, le pétrole, etc. Ces changements peuvent être lus à travers trois dimensions principales: **Première:** réorganisation du « maison du pouvoir ». Cette première dimension concerne les calculs du président Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani et ses préparatifs pour l’avenir; l’écartement de plusieurs ministres influents ne signifie pas forcément leur exclusion définitive du cercle décisionnel, mais peut préparer l’attribution de nouvelles fonctions ou la redistribution des centres d’influence au sein du régime.
Dans ce contexte, les changements aux ministères de la Défense et de l’Intérieur revêtent une importance particulière: le premier touche à la gestion des relations avec l’institution militaire, le second aux équilibres politiques et sécuritaires, ainsi qu’à la manière de gérer l’opposition, surtout à la lumière des exigences et des tensions que la prochaine période pourrait engendrer. **Deuxième:** élargissement des prérogatives du Premier ministre. Cette deuxième dimension vise à renforcer la position du chef d’État montante, El Moctar Ould Diay, au sein de l’exécutif, en lui accordant une marge plus large pour coordonner le travail gouvernemental et gérer les dossiers économiques et de services publics.
Cela se traduit par le maintien de certains ministres considérés comme proches du Premier ministre, contre le départ d’autres noms qui jouissaient d’une influence au sein du gouvernement. Les mutations dans les ministères clés lui donnent également une capacité accrue à unifier la décision gouvernementale et à réduire les pôles d’influence susceptibles de le concurrencer ou de freiner son action. Ainsi, le nouveau gouvernement ne semble pas être simplement une équipe placée sous la supervision du Premier ministre, mais pourrait constituer une tentative de reconfigurer les équilibres de pouvoir au sein de l’appareil exécutif, rendant sa responsabilité vis‑à‑vis de la performance gouvernementale plus directe et le soumettant à un test plus important dans la mise en œuvre du programme du président.
**Troisième:** calculs sociaux et électoraux. Cette troisième dimension se rattache au programme du président et à ses arrangements politiques et sociaux. La nouvelle composition comporte des représentants de régions et de catégories sociales qui réclamaient une plus grande présence dans les sphères décisionnelles, ce qui peut être interprété comme une politique d’élargissement de la représentation et de réponse au discours d’émancipation des groupes vulnérables.
Cette orientation n’est toutefois pas dissociée des calculs électoraux; il semble que certaines nominations aient tenu compte du poids social et géographique de certains noms, ainsi que des positions des soutiens de la « narration de la troisième mission », qui ont, selon cette lecture, obtenu une part relative de représentation dans le nouveau gouvernement. Une question fondamentale se pose alors: ces nominations reflètent-elles une volonté d’élargir la base de participation au pouvoir sur la base de la compétence et d’une représentation équilibrée, ou visent‑elles avant tout à réorganiser le cadre politique et social du régime en préparation de la prochaine phase? En définitive, la composition du nouveau gouvernement suggère qu’elle dépasse la simple réponse à une crise ou la correction de déséquilibres sectoriels.
Le sacrifice de plusieurs grands noms pourrait faire partie d’un processus plus large de redistribution de l’influence au sein du pouvoir, de renforcement du Premier ministre et de réarrangement des calculs politiques et sociaux qui guideront la période à venir. Cependant, la portée de ce gouvernement ne se déterminera pas uniquement par les noms qui sont partis ou arrivés, mais aussi par la nature des fonctions qui seront confiées aux sortants, par l’étendue de la marge du Premier ministre dans la gestion des dossiers gouvernementaux, et par la capacité de la nouvelle équipe à transformer les équilibres politiques en résultats concrets pour les citoyens.