Renvoi des ministres de l’Intérieur et de la Défense… un message dans les deux sens.
Au cours des premières heures du démarrage de la formation du nouveau gouvernement, le président Ghazouani s’est rencontré vendredi dernier, pendant une période pas brève, en l’absence du directeur de son cabinet – selon ce qui se dit – avec les deux ministres sortants de la Défense et de l’Intérieur, qui sont classés parmi…

D'après les sources officielles, dans les premières heures de la mise en place de la nouvelle composition gouvernementale, le président Ghazouani s’est rencontré vendredi dernier, et ce, pendant une durée non négligeable, en l’absence du directeur de son cabinet – selon les rumeurs – avec les ministres sortants de la Défense et de l’Intérieur, qui sont classés parmi le cercle le plus proche et ont été les principaux collaborateurs du président Ghazouani au cours des six dernières années. Dès la fin de la rencontre, une information a fuité indiquant que les deux ministres quitteraient le gouvernement et que la décision de les limoger répondait à une demande du Premier ministre (ce qui est confirmé par l’ignorance du ministre de l’Intérieur sortant à l’égard du Premier ministre dans sa lettre d’adieu). Des proches des deux ministres ont, quant à eux, fait circuler que le contenu de l’entretien avec le président portait sur leur évacuation afin de préparer tranquillement, par leur intermédiaire, les prochaines élections législatives et municipales, ainsi que la transition pour celui qui succédera au président en 2029, dans l’éventualité où il choisirait de respecter la Constitution et de ne pas se présenter à un troisième mandat.
Quelle que soit la version correcte des véritables motivations de la limoge: le Premier ministre, en les renvoyant, a remporté une victoire publicitaire temporaire, d’autant plus qu’il a également réussi à placer l’ancien ministre, garant du portefeuille de la Défense, au détriment du général retraité Ould Aznakî, qui était l’un des candidats à ce poste selon des fuites. Ainsi, selon les observateurs, le Premier ministre doit rester prudent s’il veut exploiter cette victoire médiatique auprès de ses partisans, car elle comporte des risques prévisibles: d’une part, le Premier ministre a perdu avec leurs renvois un prétexte pour les blâmer de l’entrave au fonctionnement de son premier gouvernement au cours des deux dernières années; d’autre part, il a poussé le président à perdre deux personnalités qui avaient très bien servi dans leurs secteurs respectifs. Dès lors, tout échec de leurs successeurs – éventualité plausible notamment dans le secteur de la Défense – entraînerait un coût élevé pour son gouvernement, compte tenu du contexte régional instable et des défis liés aux tensions sectaires et ethniques, dont certaines forces tirent leur pouvoir de l’intérieur de l’exécutif.
L’interprétation selon laquelle les deux ministres sortants ont été limogés pour faciliter la transition pacifique du pouvoir à la fin du deuxième mandat du président nous conduit à la réalité que le second gouvernement du Premier ministre Ould Diay sera plus proche d’un gouvernement de transition dont la durée ne dépassera pas quelques mois, en attendant les résultats du dialogue national prévu. Personne ne pourra, une fois le dialogue abouti, contrôler les mécanismes de nomination du parti au pouvoir aux députés de la prochaine législature et aux présidents des conseils régionaux. Le Premier ministre, s’il voit ce scénario se réaliser, ne sera alors plus qu’un ancien Premier ministre contraint de s’adapter aux exigences de la période, dont les bases seront posées par deux ministres d’origine sécuritaire, qui, peu à peu, se sentiront mal à l’aise de voir certains partisans du Premier ministre promouvoir son succès dans la neutralisation de leurs proches du président Ghazouani, même de façon temporaire.