Économie·

L’agriculture en Mauritanie… pourquoi importons‑nous ce que nous pouvons produire ?

Quand la Mauritanie importe environ 33,4 mille tonnes de tomates fraîches en un an, pour une valeur d’environ 7,6 millions de dollars, la question ne se limite plus à une hausse passagère du prix des légumes, mais devient une interrogation sur la capacité du pays à produire…

AI
Alakhbar.infoTraduit de l'arabe
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Selon les dernières informations, comment la Mauritanie peut-elle importer un produit qui pourrait être cultivé sur les rives du fleuve Sénégal et dans de vastes zones agricoles, alors que le consommateur paie le prix des fluctuations du marché et que les agriculteurs rencontrent des difficultés qui les empêchent de poursuivre leur activité? La saisie de 4,7 tonnes de tomates dans le district du port de Nouakchott, après la constatation de pratiques que le ministère du Commerce a déclaré avoir contribué à la hausse des prix, a relancé le débat sur la réalité de l’agriculture en Mauritanie. La question ne porte donc pas seulement sur la spéculation, mais sur un problème plus profond: pourquoi le pays reste-t-il incapable de couvrir une partie de ses besoins en produits qui pourraient être produits localement?

La hausse du prix du kilogramme de tomate révèle un écart entre les potentialités agricoles dont dispose la Mauritanie et les résultats qu’elle obtient. Le pays possède les rives du fleuve Sénégal, des terres agricoles dans le Trarza, la Brakna et le Gorgol, ainsi que des oasis et d’autres zones exploitables. Il est vrai que la sécheresse, les températures élevées et la rareté de l’eau imposent de réelles contraintes, mais elles n’expliquent pas à elles seules la persistance de la dépendance aux importations.

La terre ne produit pas d’elle-même; elle a besoin d’eau, de financement, de semences, d’engrais, d’équipements, de routes, de marchés et d’accompagnement technique. En l’absence de ces conditions, les terres restent sous‑exploitées et les marchés restent tributaires des produits venus de l’étranger. Il faut donc passer du discours récurrent sur les potentialités à l’analyse des raisons pour lesquelles elles ne se traduisent pas en production régulière.

Durant certaines saisons, les légumes locaux sont disponibles à des prix raisonnables, puis la production diminue ou le cycle de récolte se termine, les prix augmentent et le consommateur se voit contraint de payer davantage. Les données du commerce international montrent que la Mauritanie a importé près de 33 400 tonnes de tomates fraîches en 2024, pour une valeur d’environ 7,6 millions de dollars. Ce chiffre illustre la taille d’un marché que la production nationale pourrait concurrencer si elle bénéficiait de continuité, de qualité et de commercialisation.

Cela ne signifie pas qu’il faille éliminer les importations; chaque économie a besoin du commerce extérieur, et aucun pays ne peut produire tout ce qu’il consomme au moindre coût. Mais il est légitime de se demander pourquoi nous n’augmentons pas notre production locale de certains légumes à un niveau qui réduirait la dépendance aux importations, protégerait le consommateur des fluctuations de prix et offrirait aux agriculteurs un revenu plus stable. L’enjeu n’est pas de fermer les frontières, mais de rendre le produit national présent et compétitif.

L’agriculteur mauritanien ne peut se contenter de discours. Il a besoin de financements adaptés, de semences, d’engrais et d’équipements, d’eau et d’énergie pour faire fonctionner les pompes, ainsi que d’un encadrement technique et d’accès aux marchés. Il fait face aux risques de chaleur, de ravageurs et à la hausse des coûts de transport, et peut se retrouver obligé de vendre sa récolte en dessous du coût de production.

C’est là qu’apparaît une contradiction récurrente: l’agriculteur souffre lorsque le prix chute à cause d’une offre abondante, tandis que le consommateur souffre lorsque le prix grimpe à cause d’une offre insuffisante. Résoudre cette contradiction nécessite une politique qui garantisse à l’agriculteur un prix incitatif pour poursuivre son activité, tout en protégeant le consommateur des prix excessifs. On ne peut pas demander aux agriculteurs d’augmenter la production sans leur fournir financement et débouchés, tout comme on ne peut laisser le consommateur seul face aux hausses.

L’eau reste le fondement de toute expansion agricole. La présence du fleuve Sénégal constitue une opportunité majeure, mais elle ne suffit pas sans réseaux d’irrigation efficaces, canaux d’entretien et de distribution, pompes adéquates et solutions pour réduire le coût de l’acheminement de l’eau aux champs. Les zones intérieures requièrent des approches différentes: petits barrages, oasis, agriculture pluviale et exploitation raisonnée des eaux souterraines.

L’énergie solaire et les techniques d’irrigation modernes peuvent réduire les coûts de pompage et limiter le gaspillage. La phase post‑production n’est pas moins importante que la culture elle‑même. Les légumes se détériorent rapidement; l’absence d’entrepôts frigorifiques et de moyens de transport adéquats entraîne la perte d’une partie de la récolte et pousse l’agriculteur à vendre rapidement à des prix injustes.

La création d’entrepôts frigorifiques près des zones de production, l’amélioration des routes rurales, l’organisation des marchés de gros et le soutien aux unités de transformation sont donc des éléments essentiels. Augmenter la production ne sert à rien si l’on ne peut pas la conserver, la commercialiser et la livrer au consommateur en temps voulu. Le contrôle est indispensable pour lutter contre les monopoles et la spéculation illégale, mais il ne doit pas être la seule solution.

La saisie de quantités de tomates et leur revente à prix réduit peut alléger la pression temporairement, mais cela ne résout ni le manque de production ni la hausse des coûts de transport et d’approvisionnement. Il faut distinguer les hausses dues à une infraction légale de celles résultant d’une offre insuffisante ou d’une augmentation des coûts. L’efficacité du contrôle doit donc se mesurer à sa capacité à rendre le marché plus transparent, à protéger le consommateur et à garantir la concurrence, tout en étant accompagnée de politiques qui augmentent la production et améliorent les chaînes de distribution.

L’État doit intervenir contre les infractions, mais il doit également créer les conditions qui réduisent la probabilité de nouvelles crises. L’autosuffisance doit être un objectif réaliste, pas un slogan vague. Il ne s’agit pas d’attendre que la Mauritanie produise tout, mais d’identifier les produits qu’elle peut fabriquer efficacement, puis d’accroître progressivement leur production.

Certains légumes figurent parmi ces produits, car ils offrent des opportunités d’emploi, améliorent les revenus des agriculteurs, allègent la pression sur la monnaie dure et stabilisent les prix. Cela nécessite une politique agricole claire et continue, avec des objectifs mesurables, des infrastructures, un soutien à la recherche et à l’extension, la mise en relation des zones de production avec les marchés, et l’encouragement du secteur privé à investir dans le stockage, la distribution et la transformation. Les résultats doivent être évalués régulièrement à l’aide d’indicateurs concrets: les agriculteurs sont‑ils plus capables de produire?

Le consommateur est‑il moins exposé aux fluctuations de prix? La facture d’importation des produits pouvant être produits localement a‑t‑elle diminué? La crise de la tomate n’est pas seulement l’histoire d’un produit dont le prix a grimpé et d’une intervention des autorités pour le réguler; c’est un rappel que la sécurité alimentaire ne s’assure pas par le contrôle ou les déclarations, mais par la construction d’une capacité de production nationale fondée sur la planification, l’investissement et la continuité.

Il faut transformer les potentialités agricoles en une véritable opportunité d’améliorer la vie des citoyens, et non les laisser rester un thème récurrent dans les discours. Pour concrétiser cet objectif, trois recommandations opérationnelles se dégagent: 1. **Lancer un programme national d’augmentation de la production de tomates sur trois ans**, en commençant par l’extension des réseaux d’irrigation dans les zones de production, la mise à disposition de prêts saisonniers garantis, de semences, d’engrais et d’équipements à prix abordables, avec des objectifs de production annuels et un suivi via des indicateurs publiés.

2. **Créer un dispositif intégré de post‑récolte**, incluant des entrepôts frigorifiques et des centres de tri et d’emballage proches des zones de production, l’amélioration des routes rurales et du transport, ainsi que la signature de contrats d’achat anticipés entre les coopératives agricoles, les distributeurs et les institutions publiques, afin de réduire les pertes et d’assurer aux agriculteurs un marché et un prix plus stables. 3.

**Adopter une politique d’importation flexible et limitée dans le temps**, liant le volume et le calendrier d’importation de tomates au niveau de la production locale, en renforçant le contrôle contre le monopole et la spéculation, et en affectant une partie des droits ou des recettes à un fonds destiné à financer l’irrigation, l’extension, l’assurance agricole et le soutien aux petits agriculteurs. Lorsque ces mesures seront en place, le succès ne se mesurera pas seulement en tonnes de tomates, mais en une population qui ne subit plus la pression des prix des légumes, en des agriculteurs qui trouvent sur leurs terres une source durable de subsistance, et en une économie qui dépend davantage de ses propres capacités. Reste la question cruciale: **Quand passerons‑nous de la gestion de la rareté des produits agricoles à la construction de la capacité à les produire?**

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