Les crises du pouvoir en Mauritanie (4)
L’inconscience politique gouverne le phénomène politique de l’intérieur, en pensée et en pratique, tandis que la référence générale de « l’esprit politique » occupe la place du système cognitif par rapport à l’esprit théorique, philosophique et théologique, et qui…

Il ressort que il ne suffit pas, dans cette introduction, de citer l’analyse marxiste des conditions économiques et sociales, qui place les infrastructures (les moyens de production) au cœur de l’analyse du réel social; les moyens de production, selon les marxistes, déterminent les valeurs, les normes morales et la structure des hiérarchies sociales. Il ne suffit pas non plus d’affirmer que l’économie mauritanienne repose exclusivement sur le secteur primaire. Avant la création de l’État, la société ne connaissait que la gestion du bétail et de l’agriculture pluviale et non pluviale, ainsi que les pratiques communautaires « Imrâkân » et « Anjâkou », qui consistaient en la chasse intégrée à la dimension culturelle.
Modifier ces pratiques et les remplacer par d’autres a nécessité une formation particulière et une stratégie rigoureuse. Depuis sa création, l’État a marginalisé la structure économique traditionnelle, qui était culturellement intégrée au tissu social, au profit du secteur secondaire. Les résultats prometteurs de cette orientation ont conduit l’État, dès ses débuts, à adopter une stratégie de industrialisation, plaçant le secteur secondaire au centre de sa vision, au détriment du secteur primaire.
Cette transition économique a engendré une confusion qui persiste encore aujourd’hui dans le processus sociétal. La situation s’est aggravée avec l’accord conclu avec la Banque mondiale, par lequel la Mauritanie a appliqué, dès 1985, les principes de l’économie libérale: privatisation massive d’institutions économiques, abandon par l’État des recettes et des exportations, laissant la population face à la cupidité des commerçants, sous une version exacerbée du libéralisme économique inspirée de la théorie de « Smith », notamment l’idée de la main invisible qui régule automatiquement le marché. Les crises du pouvoir en Mauritanie ne découlent pas uniquement de leurs propres caractéristiques et mécanismes, mais aussi du contexte qui les entoure, de leur forme et des facteurs qui permettent leur persistance malgré le changement de dirigeants et de gouvernements.
Elles restent incapables de répondre aux besoins de la population d’une part, et d’éliminer le fossé qui les sépare d’elle d’autre part. Le facteur économique n’est donc pas le seul, ni le politique, à empêcher l’émergence d’une identité autoritaire cohérente à ce jour; le facteur culturel joue également un rôle, avec des perturbations et des dualités résultant d’un manque d’harmonie globale entre le modèle traditionnel (la « mahzarah ») et les spécificités culturelles de la société, malgré les tentatives de réformes et de modernisation, et le modèle modernisateur (l’« école ») qui, historiquement, a généré ses propres troubles et tensions politico‑culturelles entre les partisans du « français » et ceux de l’arabisation, aggravant ainsi la crise du pouvoir et déformant la production de l’élite sociale. Nous nous trouvons aujourd’hui à l’orée d’un dialogue politique, quel que soit le souhait de la majorité au pouvoir.
La discussion des questions fondamentales reste indispensable au service de l’intérêt général, et non pas simplement à la satisfaction immédiate du pouvoir. La crise dépasse toute solution superficielle; elle nécessite une refonte des fondements afin d’adopter une orientation compatible avec la nature sociale, permettant à l’État de maîtriser ses ressources, son économie et ses prix, et de créer un modèle de développement en adéquation avec ces aspirations ainsi qu’une gouvernance appropriée. Il ne s’agit pas d’appeler à un régime totalitaire, mais simplement d’inviter à réfléchir avec un œil national et à créer un noyau de pensée stratégique qui encadre le pouvoir et ses orientations.