Israël : la malédiction stratégique et la guerre différée
On parle beaucoup dans les milieux médiatiques et politiques d’une guerre à venir entre l’entité sioniste et la Syrie ; on entend cet écho dans les médias et les déclarations de certains responsables de l’entité, et on perçoit cet écho de façon plus nette dans les chars israéliens.

D'après les sources officielles, il ne peut pas exister hors du cercle militarisé, autrement dit, il constitue une base militaire revêtue d’État et de nation, ou, selon le grand penseur al‑Masiri, une « griffe de chat » posée par l’Occident pour empêcher la stabilité et l’harmonie au Moyen‑Orient. La géographie a confiné le « kayan » à un espace restreint, entouré de plusieurs États hostiles à ses frontières directes, et privé de toute continuité religieuse ou ethnique le long de ses limites, le plaçant ainsi dans un danger existentiel permanent, dépourvu de toute dimension stratégique, de protection naturelle ou d’étendue ethno‑religieuse qui pourrait l’abriter des guerres et des menaces qui le guettent. Ce grand nœud, douloureux, a contraint le « kayan » à mobiliser toutes ses forces dans la sécurité, l’armement et le renseignement.
Le Mossad est la plus grande traduction de ce nœud stratégique dangereux, et ce même nœud l’a poussé à rechercher à tout prix le soutien international, par tous les moyens directs et indirects. Israël vit à deux pieds: le pied du renseignement et le pied des lobbies de soutien international, mais cela ne suffit pas. Comment le « kayan » peut‑il échapper à la malédiction de la géographie et de l’histoire?
Les dirigeants du « kayan » reconnaissent que leur État est en danger permanent et que la simple défense ne suffit pas. Le nœud stratégique ne se contente pas de la défense des frontières; ils n’ont pas le luxe des États bénéficiant d’une protection naturelle due à leur géographie. Il est inscrit dans le « kayan » de combattre, même s’il le déteste, et s’il pouvait juger la géographie, il choisirait la vie sans hésiter.
La nécessité stratégique impose au « kayan » d’adopter le principe bien connu: « le meilleur moyen de défense est l’attaque ». Ainsi, dans sa politique extérieure, sécuritaire et défensive, il veille à garantir la supériorité qualitative d’Israël et à empêcher toute nation islamique ou arabe, même modérément normalisée, de devenir militairement puissante au point de constituer une menace existentielle. L’amour, l’amitié ou la diplomatie n’ont aucune importance; la réalité est que « je suis le plus fort, et c’est suffisant ».
Cela se voit dans le refus du « kayan » de fournir aux Émirats des avions F‑35, malgré toutes les concessions émiraties et la normalisation totale offerte par les dirigeants d’Abu Dhabi, ainsi que dans le rejet catégorique d’une implantation d’énergie nucléaire pacifique en Arabie Saoudite en échange de la normalisation. Bien que le dossier de normalisation soit important pour le « kayan », le nœud stratégique prime. Ce nœud se manifeste clairement dans l’obsession israélienne d’empêcher l’Iran d’acquérir l’arme nucléaire par tous les moyens, ainsi que dans la pression excessive de Netanyahu sur Trump pour ne pas vendre les F‑35 à la Turquie ou leurs moteurs à ce pays.
Il n’est pas exagéré de dire que ce nœud est la clé et le code pour comprendre toutes les politiques du « kayan » au cours des cinquante dernières années. L’accord de Camp David, le blocus des mouvements de l’armée égyptienne en Sinaï, ne sont que le reflet de ce nœud. Le phénomène ne se limite pas aux États voisins du « kayan », il englobe tout le monde arabe et islamique: le soutien israélien à la sécession du Sud‑Soudan, les rapports sionistes depuis les années soixante‑dix soulignant la nécessité d’empêcher l’émergence d’un État stable sur un territoire aussi vaste que le Soudan, afin de ne pas représenter une menace pour le « kayan », sont bien connus et documentés.
Toutes les actions du Mossad et des lobbies sionistes visent à empêcher la création d’un État arabe ou islamique fort. Le « kayan » ne s’intéresse pas au développement des infrastructures ou à la prospérité économique basée sur le tourisme et l’investissement; il concentre tous ses efforts sur l’empêchement de la supériorité militaire, de la renaissance industrielle et de la stabilité politique d’un État hostile. Syrie et le nœud sioniste Il est évident que la Syrie revêt une importance capitale pour le « kayan ».
La Syrie est un État arabe islamique, voisin géographique du « kayan », et, par son histoire, son peuple et ses cultures, elle a toujours été réticente à la normalisation et à l’assimilation au « kayan », même sous le régime autoritaire. La Syrie, par nature, a toujours été un voisin hostile au « kayan » envahissant. Comment le « kayan » perçoit‑il la Syrie après le nouveau tournant et quelles en sont les répercussions sur les politiques et les positions?
Le sentiment sioniste, déduit de la lecture des déclarations des responsables israéliens à propos de la Syrie et de toutes les actions depuis la chute du régime tyrannique, montre que le « kayan » voit la Syrie comme un double enjeu: d’une part, la joie de la chute d’un autre allié de l’Iran, et, d’autre part, la peur de l’identité intellectuelle et de la référence politique des nouveaux dirigeants. Toutes les démarches diplomatiques et les déclarations rassurantes des nouveaux dirigeants syriens n’effaceront pas les blessures du nœud stratégique du « kayan », ni son héritage historique long et sa référence islamiste salafiste djihadiste. Un « kayan » méfiant et soupçonneux comme Israël ne se sentira jamais en sécurité avec un voisin arabe à ses frontières, surtout lorsqu’il s’agit d’un État à histoire islamique dynamique.
Cette méfiance se manifeste dans chaque action d’Israël depuis la chute d’Assad: d’abord les déclarations de Netanyahu refusant tout gouvernement « extrémiste » à ses frontières, puis l’adoption par l’armée israélienne du droit de protéger les Druzes en Syrie comme prolongement des Druzes citoyens du « kayan », jusqu’à l’incitation des minorités et la tentative de transformer la Syrie en un État fédéral faible, désarmé. Aucun observateur impartial ne doute de l’échec du plan de division à cause de la vigilance des nouveaux dirigeants syriens et du soutien stratégique turc combiné à une politique extérieure prudente, mais cela n’arrêtera pas le nœud stratégique du « kayan ». Le « kayan » s’est retiré du projet de division de la Syrie sous la pression d’intérêts contradictoires et de la faiblesse de ses forces intérieures, mais il ne renoncera pas à encercler la Syrie et à la rendre un État faible, désarmé.
Cela se voit dans les déclarations provocatrices et les récents bombardements israéliens sur Idleb. Il est outrancier que le ministre de la Sécurité israélien Yisrael Kats (le message au président syrien est clair: « Quand vous vous réveillerez le matin au palais et regarderez le mont Chékï, vous verrez notre armée et comprendrez que nous sommes là pour protéger nos pays et nos populations ») exprime ainsi la détermination du « kayan ». Le nœud et la méfiance sont inébranlables; on peut dire que le « kayan » a désespéré de diviser la Syrie, mais il persiste à l’encercler et à veiller à ce qu’elle reste désarmée.
Les déclarations de Netanyahu refusant la présence d’une base militaire turque en Syrie et insistant pour garder le contrôle du mont Chékï et de Quneitra dévoilent clairement les limites stratégiques d’Israël en Syrie.