Politique·

Félicitations et condoléances.

Récemment, on a constaté de façon flagrante les rassemblements chez les gens, que ce soit pour présenter des condoléances à un défunt, féliciter pour un poste, ou exprimer de la compassion lors d’une libération ; tout cela, louable, s’inscrit dans le cadre de la communication communautaire, de la solidarité, de la reconnaissance et du soutien mutuel.

AI
Alakhbar.infoTraduit de l'arabe
Lire sur Alakhbar.info
Photo Alakhbar.info

C’est alors que la condoléance, dans certains cas, passe d’un acte humain visant à soulager les proches du défunt à un investissement dans un capital social et politique, et d’une occasion où la mort devient un symbole d’humilité et d’égalité entre les gens, à une opportunité de mettre en avant statut, influence et nombre d’adeptes. Le plus inquiétant est que ce comportement, lorsqu’il se répète et devient une norme, impose aux gens des charges qui n’étaient pas à l’origine de la coutume; alors que la condoléance devait être une porte d’allègement pour les proches du défunt, elle devient une occasion d’épuiser les condoléants eux‑mêmes, de consommer leur temps et leur argent, et de faire sentir aux retardataires qu’ils sont négligents, même s’ils ont des excuses ou si leur relation avec le défunt ne justifie pas tout cela. On ne peut pas ignorer le rôle de la facilité de diffusion et de la prise de vue dans l’amplification de ce phénomène, ni l’absence d’un cadre réglementaire clair pour les plateformes de réseaux sociaux, qui engendre le chaos dans le partage d’images et de scènes, même si le cœur du problème ne réside pas dans la technologie elle‑même, mais dans la manière dont nous l’utilisons, et dans une culture sociale qui mesure certains devoirs à l’aune de leur visibilité et de leur diffusion.

Félicitations et condoléances Le deuxième phénomène concerne les félicitations aux ministres et aux responsables nommés; c’est le plus récent, et peut‑être le plus répandu que son « sœur ». Jusqu’à récemment, il se limitait surtout aux connaissances, collègues et alliances politiques, ainsi qu’à ceux qui partageaient un lien direct ou un intérêt commun, mais il s’est, malheureusement, étendu à tout le monde, au point que même un opposant félicite le politicien favorisé qui ne suit pas la même voie et ne s’appuie pas sur son influence. J’ajoute que des divergences de positions politiques n’empêchent pas la reconnaissance humaine, ni n’imposent la rupture ou l’animosité.

Ce qui mérite réflexion, c’est que la félicitation a commencé à se transformer, dans de nombreux cas, d’une expression volontaire d’amitié ou d’appréciation en un devoir social imposé, difficile à ignorer sans s’exposer à des interprétations; si l’on félicite, on le perçoit comme de la flagornerie ou du courtisanage; si l’on ne félicite pas, le silence est considéré comme une position, voire classé comme de la jalousie, de l’hostilité ou du mécontentement à l’égard de la nomination de telle ou telle personne. L’embarras a atteint son paroxysme, au point que l’on attend de chacun qu’il prouve sa bonne foi à chaque occasion, même s’il n’est pas concerné à l’origine. Il ne suffit plus d’avoir ses positions politiques et ses convictions personnelles; il faut expliquer, par action ou par abstention, son rapport à chaque nomination, chaque promotion, chaque départ de fonction.

Le même principe s’applique à la compassion lorsqu’un responsable est relevé de ses fonctions ou prend sa retraite; l’absence de message de condoléance, de visite à domicile ou de post peut être interprétée comme de la moquerie, tandis que la félicitation à une nomination peut être lue comme une déclaration d’allégeance absolue. Ainsi, des mots qui devraient être spontanés, laissés à la sincérité de leurs auteurs, deviennent de petites déclarations politiques, dont on scrute le timing, la formulation et les auteurs à la recherche d’indications non dénuées de calcul. Le problème, donc, ne réside pas dans la condoléance, la félicitation ou la compassion; ce sont toutes des vertus de la vie en société, des manifestations de solidarité et de reconnaissance indispensables.

Le grief porte sur la transformation de la coutume en obligation, du devoir moral en pression sociale, de la position personnelle en matière de classification, faisant de l’individu un prisonnier de ce que les autres attendent de lui, et non de ce que son sentiment et sa conviction dictent. Il ne s’agit pas de s’opposer à nos normes sociales, de mépriser la place des gens, ou de fermer nos portes aux condoléants et aux félicitants; ce n’est pas le propos. Il s’agit de retrouver le sens originel de ces pratiques, de les libérer de l’excès imposé par les réseaux sociaux, et de la culture de la visibilité qui pousse certains à prouver qu’ils ont accompli le devoir plus qu’ils ne se sont réellement occupés de le faire.

Tout le monde n’est pas un condoléant artificiel, tout le monde n’est pas un photographe prétentieux, tout le monde n’est pas un félicitant intéressé; les intentions restent diverses, et il n’est pas juste de réduire les gens à une seule motivation. Mais il est légitime de s’interroger sur la coutume lorsqu’elle devient lourde, sur la politesse lorsqu’elle se change en contrainte, sur l’image lorsqu’elle prime sur le sens, sur la présence lorsqu’elle l’emporte sur le sentiment qu’elle devait exprimer. Les gens ont leurs chagrins qui n’ont pas besoin de caméras, leurs joies qui ne requièrent pas de foules, leurs relations qui ne doivent pas être testées à chaque publication, commentaire ou photo.

Il n’est pas juste de leur imposer, au‑delà de leurs charges, le fardeau de prouver l’amour, d’exiger la preuve de fidélité, ou de les juger sur un silence qui peut être plus sincère que de nombreux discours. Nous avons besoin d’un peu d’allègement: présenter nos condoléances quand nous ressentons réellement le besoin de soutenir, féliciter quand la félicitation a du sens, et laisser aux gens la liberté d’exprimer ou de se taire, sans transformer l’un ou l’autre en preuve de condamnation ou en certificat de recommandation. Toutes les occasions ne sont pas des tests de relations, aucune absence n’est forcément une hostilité, aucune présence n’est forcément de l’amour, aucun silence n’est forcément de la moquerie.

En fin de compte, il ne faut pas oublier que la condoléance est d’abord une compassion avant d’être une présence, que la félicitation est d’abord une reconnaissance avant d’être une courtoisie, que la compassion est d’abord un acte humain avant d’être une publication; tout le reste n’est que le bruit des coutumes qui gonflent, le poids de la politesse qui écrase les gens, les démonstrations d’une époque où la caméra, parfois, préfère enregistrer le moment plutôt que de le vivre pleinement. Si nous nous jugeons équitablement, nous devons apprendre à accomplir nos devoirs sociaux sans les exhiber, à préserver la dignité des gens sans conditionner nos positions aux attentes d’autrui, à laisser la condoléance garder la sacralité du deuil, la félicitation la spontanéité de la joie, la compassion la sincérité du sentiment: certains devoirs se suffisent à être accomplis, sans qu’il faille les annoncer; certaines positions restent dans le cœur de leurs auteurs, et leur valeur ne diminue pas par le manque de témoins.

PartagerWhatsAppFacebookX
Sur le même sujet