Politique·

Lorsque les images parlent : l’unité nationale entre le slogan et la pratique.

Chaque fois qu’une image officielle choque le bon goût public dans la pratique politique, blesse le sentiment de l’unité nationale et suscite l’inquiétude quant à la stabilité du pays et à son avenir, les réactions se sont diversifiées. Certains d’entre nous se taisent à cause de la douleur intense. D’autres parlent sous…

AI
Alakhbar.infoTraduit de l'arabe
Lire sur Alakhbar.info
Photo Alakhbar.info

D'après les sources officielles, un troisième groupe, face à la virulence des propos, trouve un prétexte pour s’éloigner du fond du sujet; il se concentre sur la façon de parler de la douleur, tandis que le locuteur se focalise sur l’erreur dont il parle. Je ne minimise pas l’impact des mots, ni les blessures que certaines méthodes peuvent laisser. Je reconnais l’importance de choisir une formulation qui rassemble plutôt que qui divise, qui construit plutôt que qui détruit.

Mais juger les paroles est une chose, juger la réalité en est une autre. L’ardeur de l’expression ne doit pas masquer la douleur du réel, ni détourner le regard des images qui blessent l’unité nationale. Ce sont des pratiques qui font souffrir beaucoup de gens et nourrissent le sentiment d’être moins présent dans leur pays et ses institutions.

L’autorité et le gouvernement, avec leurs institutions, leurs symboles et leurs images officielles, doivent être le reflet de l’État mauritanien: exprimant sa diversité et incarnant son unité. Il n’est pas acceptable qu’ils deviennent, intentionnellement ou non, une source d’images stéréotypées ou de pratiques alimentant le sentiment d’exclusion et creusant les fossés de confiance entre les citoyens d’une même nation. Ce que nous avons observé au cours des sept dernières années n’est pas anodin; des images récurrentes dominées par un seul composant, ou réduisant la diversité nationale à une représentation limitée, se sont multipliées.

Il est donc légitime de s’interroger sur les critères de sélection et de représentation, ainsi que sur la façon dont la pluralité mauritanienne se reflète dans les institutions de l’État et leurs événements officiels. Il s’agit simplement d’une question, pas d’une accusation. La poser ne nécessite pas de présumer d’une mauvaise intention; il suffit que l’image se répète pour que la définition de ses critères devienne une obligation pour ceux qui détiennent le pouvoir de décision.

Prenons l’exemple du ministère de la Culture, des Arts, de la Communication et des relations avec le Parlement. Ce ministère regroupe des domaines vitaux, directement liés à l’identité nationale: la culture, les arts, les médias, la communication et le lien entre l’État et la société. Comment la représentation peut‑elle être univoque, et comment le riche patrimoine culturel et linguistique de notre pays peut‑il être réduit à une seule image?

J’ai un jour dit à l’ancien ministre de la Justice, sous la coupole du Parlement, que ce qui fait le plus mal dans les délégations ministérielles et les représentations officielles qui se rendent au Parlement, c’est que certaines images peinent à exprimer l’identité et la diversité de cette nation. Cette diversité doit être une source de force et de fierté, non un sujet de concurrence ou d’exclusion. Le problème devient encore plus aigu lorsqu’il s’agit de ministères souverains et d’institutions centrales comme l’Intérieur, les Affaires islamiques, la Justice et la Culture.

Ces institutions, par leur nature et leurs responsabilités, sont censées être un titre commun à tous les citoyens, incarnant l’égalité et l’appartenance partagée. Dès lors, des questions incontournables se posent: qui présente l’image complète du ministère de l’Intérieur, avec ce qu’il représente en termes de souveraineté de l’État et de sécurité des citoyens? Qui représente les Affaires islamiques dans un pays dont les enfants partagent l’islam, et dont les valeurs supposées de justice, de miséricorde et de fraternité doivent être un facteur d’unité, non de distinction?

De quelle culture parle‑t‑on si notre culture officielle ne parvient pas à englober la diversité qui constitue une part essentielle de notre identité? Quelle justice recherchons‑nous si chaque citoyen ne sent pas que les institutions de l’État le représentent, que ses droits et sa dignité sont protégés à égalité avec les autres? Ce ne sont pas des questions qui concernent les personnes ou les noms, mais la nature même de l’État que nous voulons, et notre capacité à transformer l’unité nationale d’un slogan en une réalité vécue par le citoyen dans l’administration, l’école, l’université, les médias et tous les espaces de la vie publique.

Parler de ce déséquilibre n’est ni un reproche, ni une offense à quiconque, ni une diminution de la place d’une langue parmi nos langues nationales. C’est la défense du droit de tous à être présents, reconnus et représentés équitablement. Le problème ne réside pas dans une langue ou un composant en particulier, mais dans le fait que l’un d’eux devienne un critère d’exclusion ou un moyen de faire sentir aux autres qu’ils sont hors du cadre national.

Les slogans n’ont jamais pu masquer la réalité ni en cacher les contradictions. Il existe un fossé entre les slogans que nous élevons et les pratiques que nous observons, un fossé que les mots seuls ne peuvent combler. Il ne faut pas que le « Charte de Joule », ou auparavant le slogan de la rue de l’unité nationale, restent de simples titres levés lors d’événements.

Ils doivent devenir un comportement institutionnel et une pratique politique: justice dans la représentation, équité dans les opportunités, respect réel de toutes les composantes de la société mauritanienne. Le diagnostic ne peut être complet sans interroger le responsable. Quatre explications se présentent, aucune ne rend l’autre superflue: - Héritage du colonisateur: il a consolidé son pouvoir en fragmentant les sociétés et en attisant les contradictions entre elles selon la politique « diviser pour régner », dont certains effets subsistent dans les schémas de pensée et les méthodes de gestion de la différence.

- Corruption de certains régimes: ils utilisent l’alimentation des tensions identitaires et les conflits pour dissimuler leurs échecs. - Ignorance de certains responsables: ils croient bien faire, sans percevoir les sentiments d’exclusion et de tension que leurs décisions engendrent. - Tendance raciste chez certains citoyens: elle les pousse à se croire plus légitimes sur le territoire et la patrie que leurs partenaires de foi, d’histoire et de destin.

Quel que soit le poids de chaque cause, le résultat est le même: affaiblissement de la confiance, érosion du sentiment d’appartenance commune et ouverture de portes aux conséquences néfastes pour la stabilité du pays et son unité. Le plus dangereux pour les nations, c’est que les différences naturelles entre leurs enfants deviennent des outils de conflit, ou que la lutte pour le pouvoir et la représentation devienne un prétexte à saper la confiance mutuelle. Plus grave encore, c’est de reproduire de nos propres mains les méthodes employées par le colonisateur pour nous affaiblir.

Nous disposons, dans la vie du Prophète (paix et bénédiction sur lui), d’un repère moral clair: sa méthode repose sur la sagesse, la justice, la réconciliation des cœurs, la préservation de la dignité et le traitement des causes de discorde plutôt que leur approfondissement. Les différends qui surgissent ne concernent ni la croyance ni les postulats, mais le sentiment accumulé d’injustice, d’exclusion ou d’absence d’équité. Il ne suffit alors plus de parler de points communs; il faut reconstruire la confiance par une pratique équitable, une reconnaissance mutuelle et le respect des droits.

Dieu nous a créés peuples et tribus pour nous connaître, non pour nous renier, et a fait de la diversité de nos langues et de nos couleurs un signe de Sa création, une source d’enrichissement et de complémentarité, jamais un prétexte à l’exclusion ou à l’arrogance. La Mauritanie doit accueillir tous ses enfants. La force d’un État ne se mesure pas à la capacité d’une composante à dominer les autres, mais à sa capacité à accueillir tout le monde, à garantir une présence équitable, à protéger la dignité de chacun et à ancrer le sentiment d’être partenaires égaux dans une même patrie.

Nous n’avons pas besoin de nouveaux slogans autant que nous avons besoin de sincérité dans l’application de ceux que nous avons déjà proclamés. Nous n’avons pas besoin de davantage de chartes autant que nous avons besoin de transformer nos engagements en politiques et pratiques concrètes. L’unité nationale ne se construit pas en niant les déséquilibres, ni en réduisant au silence les souffrances, ni en accusant chaque personne qui signale le problème de nuire à la patrie.

Elle se bâtit par le courage de reconnaître le problème, la sagesse de le traiter, la justice dans la répartition des opportunités et des responsabilités, afin qu’aucun citoyen ne se sente étranger dans son propre pays. Les mots peuvent varier, les méthodes diverger, mais les images et les faits parlent plus fort que les slogans, et la réalité est le témoin le plus fidèle de ce que nous croyons et pratiquons. Soit nous faisons de notre diversité le fondement de notre unité et de notre force, soit nous la laissons comme une blessure ouverte qui épuise notre confiance mutuelle et menace notre avenir commun.

PartagerWhatsAppFacebookX
Sur le même sujet