Économie·

Aux commerçants et agriculteurs : les eaux souterraines de Mauritanie sont une responsabilité pour les générations.

L'expansion de l'agriculture irriguée et l'exportation des produits agricoles représentent une opportunité importante pour la Mauritanie ; elle crée des emplois, diversifie l'économie et ouvre de nouveaux marchés pour la production nationale. Mais cette opportunité exige une vigilance collective afin de ne pas…

AI
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Selon l’agence mauritanienne de presse, le 13 mars 2026, citant le président de l’Union nationale des employeurs mauritaniens, les exportations de pastèque vers les marchés européens ont atteint environ 30 000 tonnes au cours des trois premiers mois de 2026, avec des recettes dépassant 120 millions de dollars. Ce sont des chiffres qui reflètent l’importance de l’activité et rendent indispensable la connaissance de la source d’eau d’irrigation et de son volume de consommation, une nécessité nationale. Ces données proviennent d’une déclaration publiée par l’agence officielle et concernent l’année 2026, pas l’année précédente.

La question qui doit accompagner chaque expansion agricole est: utilisons‑nous une eau qui se renouvelle suffisamment, ou puisons‑nous dans un stock qui se reconstitue lentement et difficilement? Une étude scientifique publiée en 2024 sur le réservoir de Trarza indique que son alimentation par les infiltrations de pluie est limitée, estimée à environ quatre millimètres par an, avec une contribution du fleuve Sénégal. Bien que l’étude relève une stabilité régionale à long terme dans la saison, elle ne garantit pas qu’une nouvelle expansion du pompage serait durable.

Un grand stock ne signifie pas un renouvellement rapide de l’eau, ni que le pompage illimité serait sans conséquences. Les expériences d’autres pays offrent un avertissement précoce. Au Maroc, la Banque mondiale a estimé que le prélèvement d’eaux souterraines dépassait leurs ressources renouvelables d’environ 1,1 milliard de mètres cubes par an.

À Zagora, depuis octobre 2022, des mesures ont été prises pour restreindre la culture de la pastèque et du melon, protéger les zones d’eau potable et surveiller les puits. Il s’agit de restrictions locales, et non d’une interdiction générale de l’agriculture irriguée au Maroc. En Jordanie, le ministère de l’Eau et de l’Irrigation a enregistré en 2023 un prélèvement des aquifères d’environ 699 millions de mètres cubes, contre une limite de prélèvement sûre d’environ 419 millions.

Ce prélèvement couvre divers usages, mais montre le danger de laisser s’accumuler le déficit hydrique d’une année sur l’autre. Ces comparaisons ne signifient pas que la Mauritanie se trouve dans la même situation, ni qu’elle prouve que toutes ses exploitations épuisent les eaux souterraines. L’irrigation à partir du fleuve Sénégal diffère du pompage de puits, chaque bassin ayant ses propres caractéristiques.

Elles offrent toutefois une leçon claire: la protection de l’eau doit commencer avant la crise, pas après le dessèchement des puits. Ainsi, l’appel aux commerçants, investisseurs et agriculteurs est de faire de la protection de l’eau une partie intégrante du succès de leurs projets: mesurer les quantités de pompage, respecter les licences et les quotas d’eau, surveiller la salinité et la qualité, et éviter toute expansion avant de s’assurer que la ressource peut le supporter. Le goutte‑à‑goutte et l’énergie solaire, bien que bénéfiques, ne remplacent pas la maîtrise de la consommation.

La facilité et le faible coût du pompage peuvent inciter à étendre les surfaces cultivées, augmentant ainsi la consommation totale au lieu de la réduire. Les autorités compétentes doivent accompagner l’investissement par l’inventaire des puits, l’installation de compteurs, la diffusion des données sur les ressources en eau et l’exigence d’une évaluation d’impact hydrique pour les grands projets, tout en donnant la priorité à l’eau potable et aux besoins essentiels de la population. Nous voulons une agriculture qui réussisse et perdure, des agriculteurs qui prospèrent et dont les enfants puissent envisager l’avenir avec confiance.

Les eaux souterraines ne sont pas la propriété exclusive de ceux qui peuvent creuser un puits et le pomper; elles sont un patrimoine commun, une confiance placée dans nos épaules et un droit pour les générations futures. Nous ne devons pas laisser à nos enfants une terre que nous avons cultivée aujourd’hui, mais dont nous leur aurons privé l’eau demain.

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