Économie·

La formation professionnelle et le pari du marché : du retour d’expérience du terrain à la modernisation du système et à l’accompagnement du boom économique.

Celui qui se promène aujourd’hui dans les rues de la capitale Nouakchott et ses zones industrielles et commerciales remarque une flambée immobilière et économique rapide, incarnée par les installations en acier, les entrepôts modernes, les boulangeries automatisées, les stations‑service et les systèmes de réfrigération…

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Il ressort que mon expérience de terrain résume cette lacune structurelle; en tant que diplômé du Centre de formation et d’apprentissage professionnel promotion 2002, spécialité réfrigération et climatisation, classé premier avec une moyenne de 17,01 sur 20, les obstacles bureaucratiques ont empêché la poursuite de mon parcours académique et l’exploitation de la bourse qui m’était due, tandis que l’absence d’encadrement et d’accompagnement a conduit la majorité de mes camarades de promotion à abandonner la spécialité; la continuité sur le terrain ne s’est maintenue qu’à mon égard et celui d’un seul autre collègue sur vingt étudiants, dont quatre ont été envoyés par la direction de l’état-major, officiers sous‑officiers, pour la formation, tandis que le reste s’est orienté vers d’autres secteurs. Cela constitue un exemple vivant du phénomène de décrochage professionnel qui s’étend à toutes les filières, confirmant la profondeur de la crise d’absorption des compétences nationales et le fossé d’adaptation aux exigences du marché, en raison de facteurs multiples, notamment la lente adaptation des programmes aux technologies modernes et le recours, dans certains programmes de formation, à des modèles anciens qui ne répondent plus aux solutions automatisées avancées. S’ajoutent les défis d’infrastructure: la modernisation se heurte à un manque d’équipements d’ateliers dans les centres de formation, à la nécessité de développer les compétences des formateurs, ainsi qu’à la faiblesse des partenariats structurels directs avec les entreprises du secteur privé et les grands ateliers, privant ainsi le stagiaire national d’un contact précoce avec le terrain.

Si l’on regarde le voisinage régional, on constate que la formation professionnelle et technique dans de nombreux pays du Maghreb et d’Afrique voisine constitue un pilier essentiel de l’économie, surpassant souvent l’enseignement universitaire traditionnel en termes de rapidité d’insertion et d’adéquation des résultats; les instituts y bénéficient de classements élevés grâce à des partenariats directs avec le secteur privé et à un focus sur les filières technologiques. Ces modèles se manifestent clairement au Maroc, à travers les villes de métiers et de compétences et les instituts d’aéronautique et d’automobile, au Sénégal via les centres d’excellence en ingénierie et en technologies pétrolières et gazières qui garantissent des contrats de travail aux diplômés avant même l’obtention du diplôme, et en Tunisie à travers le système de formation en alternance qui assure compétence et compétitivité. Ces pays s’appuient sur une équation réussie: conception des programmes en partenariat avec les usines, délivrance de diplômes reconnus internationalement et mise l’accent sur les compétences transversales.

Investir la flambée urbaine et la transformer en emplois durables pour les jeunes nécessite de passer du diagnostic à l’institutionnalisation des solutions et à la mise en œuvre d’une feuille de route pratique où les efforts du secteur tutélaire s’intègrent à l’expérience des praticiens et du secteur privé. Cela commence par la création d’un observatoire national d’adéquation de la formation aux exigences du marché, reposant sur une veille de terrain pour actualiser périodiquement les programmes en fonction des besoins réels, suivi de la mise à jour des ateliers pédagogiques et du lancement de formations continues pour qualifier les formateurs aux techniques de construction et aux systèmes intelligents, le formateur à jour étant la base d’une méthode réussie. Il faut également adopter des programmes interactifs basés sur les compétences, révisés en partenariat avec les acteurs économiques des domaines du bâtiment, de la maintenance et des services industriels, ainsi que rendre obligatoire un nombre d’heures de formation pratique pour les diplômés des instituts au sein des entreprises et ateliers existants comme condition de graduation, afin de briser la barrière de la peur et de faciliter le remplacement progressif et sécurisé des travailleurs étrangers par les compétences nationales.

La localisation des métiers et l’harmonisation formation‑marché restent un investissement stratégique garantissant la durabilité de la flambée économique et faisant des compétences nationales le moteur principal de la renaissance du pays.

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