Taziyazat a versé 1,7 milliard de dollars à l’État sur 16 ans… Combien +Kin Ros+ a-t-il gagné avec l’or de Mauritanie ?
La société Taziazat, filiale du groupe canadien Kinross Gold, confirme qu’elle a versé à la trésorerie mauritanienne plus de 1,7 milliard de dollars depuis 2010, un total cumulé que l’entreprise met en avant à un moment où le débat sur la part…

Selon le site Afrimagh, la contribution de la mine de Taziazat en 2025 s’élevait à environ 266,1 millions de dollars, sous forme de taxes, redevances et royalties. Ce chiffre reflète l’importance de l’activité minière pour les finances publiques, mais il ne suffit pas à lui seul à déterminer la part de l’État dans la valeur totale générée par l’extraction et la commercialisation de l’or. Depuis 2023, les prix du métal jaune ont connu une hausse notable, dépassant les 5 000 dollars l’once en janvier 2025.
Malgré cela, des interrogations subsistent quant à la réelle bénéfice que le Mauritanie retire de ce bond, les accords contractuels, conclus dans des contextes différents, indiquant que lorsque le prix de l’once dépasse 1 800 dollars, l’État ne reçoit qu’environ 6 % de la hausse, selon le mécanisme en vigueur. Ainsi, entre la hausse des cours de l’or et les annonces de versements à la trésorerie, il demeure nécessaire de disposer de données financières plus complètes permettant d’évaluer l’équilibre réel entre le revenu de l’État et les profits de la société. Les chiffres de contribution ne révèlent pas à eux seuls l’ampleur des bénéfices; l’annonce d’un transfert de plus de 1,7 milliard de dollars à l’État ne suffit pas, à elle seule, à juger de la rentabilité économique de l’exploitation de la mine de Taziazat, ni de l’avantage que l’économie nationale tire de la richesse produite.
Une évaluation intégrale exigerait de comparer les montants versés à la trésorerie avec le chiffre d’affaires réalisé par la mine sur quatorze ans, les quantités d’or extraites et vendues, les coûts d’exploitation, le volume des investissements réalisés, ainsi que le bénéfice net obtenu. Sans ces informations, il est difficile de déterminer la part réelle de la valeur générée par l’exploitation de l’or qui revient à l’État, ou d’estimer le niveau de rentabilité atteint par Kinross durant la même période. En d’autres termes, les montants que la société affirme avoir versés à la trésorerie sont publics, mais les chiffres disponibles ne donnent pas une image complète de ses revenus et bénéfices issus de l’activité minière en Mauritanie.
Cette disparité d’informations rend l’évaluation du partenariat économique entre l’État et l’investisseur plus ardue, et limite la capacité à déterminer si le pays obtient une part proportionnelle à la valeur de ses ressources extraites. De même, le total cumulé des paiements sur quatorze ans ne prouve pas, en soi, que le Mauritanie obtient la part optimale de la valeur générée par son or. Le montant de 1,7 milliard de dollars reste un indicateur important du volume des flux financiers vers la trésorerie, mais il ne révèle pas les bénéfices de la société, ni la proportion globale de la richesse minérale dont le pays bénéficie.
Ainsi, le cœur du débat ne porte pas seulement sur le montant versé par Taziazat à l’État, mais aussi sur les revenus et profits réalisés, et sur la manière dont la valeur économique issue de l’exploitation de cette ressource nationale est répartie. **Rencontre du ministère des Finances: le dossier de contribution remis au premier plan** La contribution de Taziazat à l’économie nationale a occupé une partie de la réunion tenue à Nouakchott le 20 octobre, où le ministre des Finances, Kodiro Moussa Anginori, a reçu une délégation de Kinross Gold dirigée par Daniel Fombon, premier vice‑président chargé des relations extérieures du groupe. Les discussions ont porté sur les moyens de renforcer les retombées économiques de l’activité de la société, et d’accroître ses effets positifs sur l’économie nationale et le budget de l’État.
Cette rencontre reflète l’intérêt des autorités pour la rentabilité de l’exploitation de l’or et les recettes qu’elle peut apporter à la trésorerie. Elle soulève toutefois, simultanément, une question plus large concernant les outils et critères utilisés pour mesurer la contribution économique globale de la société. Taxes, redevances et royalties ne constituent qu’une partie du tableau.
L’évaluation devrait également inclure ce qui reste dans l’économie mauritanienne: salaires, achats locaux, investissements, emplois créés, et retombées indirectes dont bénéficient les entreprises et activités économiques nationales. Néanmoins, le communiqué officiel relatif à la rencontre ne comportait pas d’objectifs chiffrés précis pour augmenter les recettes, ni n’annonçait de nouvel accord ou de modification du régime fiscal en vigueur. **Production en hausse, mais profits incertains** Une hausse de la production ne signifie pas nécessairement une hausse des bénéfices opérationnels.
La mine de Taziazat a enregistré une augmentation de sa production au premier semestre 2026. Selon les résultats semestriels publiés par Kinross, la production de la mine a atteint 263 325 onces d’or équivalent entre janvier et juin, contre 256 870 onces sur la même période en 2025. Bien que cette progression reflète le développement de l’activité de la mine, elle ne suffit pas à elle seule à déterminer le niveau des recettes ou des bénéfices.
Cela dépend également des prix de vente de l’or, des coûts de production et d’exploitation, du volume des dépenses et des investissements, ainsi que des résultats financiers propres aux opérations minières en Mauritanie. Par conséquent, comprendre la véritable rentabilité de la mine nécessite la mise à disposition de données financières détaillées permettant de relier le volume de production, la valeur des ventes, les coûts, les bénéfices réalisés et les montants reversés à l’État. **Au‑delà des 1,7 milliard de dollars: qui profite de la richesse minérale?** En définitive, le débat autour de Taziazat dépasse la simple annonce de 1,7 milliard de dollars transférés à la trésorerie sur quatorze ans.
La question centrale porte sur la transparence des données financières et sur la façon dont la richesse issue de l’exploitation d’une ressource nationale non renouvelable est répartie. Dans ce contexte, un autre dossier est apparu lors de la visite du ministre des Mines le 22 octobre, concernant l’exploitation par la société de l’ensemble de la superficie couverte par la licence minière qui lui a été accordée, à un moment où le secteur connaît des réformes censées revoir plusieurs aspects de la gestion et de l’exploitation des ressources minérales. Ainsi, entre le volume des paiements annoncés, l’absence d’une image financière complète des bénéfices, et les interrogations sur l’exploitation de la licence, le principal défi reste de fournir les informations nécessaires pour évaluer le revenu réel que le Mauritanie tire de sa richesse aurifère.
La question ne se limite pas au montant versé à la trésorerie, mais s’étend à la valeur créée au sein de l’économie nationale, à la part des citoyens qui en bénéficie, et à l’impact de l’exploitation de l’or sur le développement, l’emploi et l’investissement local.